Le Syndicat des Médecins Fonctionnaires du Gabon (SYMEFOGA) a dénoncé l’arrestation de deux praticiennes du Centre Hospitalier Universitaire de Libreville (CHUL) dans le cadre d’une affaire de décès maternel et fœtal survenue le 18 avril 2026.
Dans une adresse solennelle à ses membres datée du 15 août 2026, le président du syndicat, Dr Alami Pascal BITEGHE BI NZENG, est revenu sur les faits et a appelé à une réforme du cadre juridique de la profession médicale.
Selon le courrier du syndicat, après plusieurs mois d’auditions internes, trois professionnels – un médecin senior, une résidente et une sage-femme – ont été convoqués le 7 août devant le procureur.
Le médecin senior a été relaxé. Les deux autres praticiennes ont été menottées, placées en garde à vue puis déférées devant un juge d’instruction. Leur avocat, contacté tardivement, n’aurait obtenu un mandat que le lundi suivant. Elles ont ensuite bénéficié d’une mise en liberté provisoire.
Le Dr BITEGHE qualifie cette procédure de « vicieuse » et « humiliante ». Il estime que « ce scénario n’aurait jamais eu lieu dans un hôpital militaire » et y voit une « mise en danger de l’ensemble du corps médical ». Il rappelle qu’un cas similaire s’était déjà produit au CHUL l’année précédente.
Au-delà du cas individuel, le SYMEFOGA souligne des failles dans le système de santé : rapports contradictoires entre responsables intermédiaires, absence de traçabilité fiable des dossiers médicaux, et tendance de l’opinion publique à assimiler toute complication à un homicide volontaire.
« Notre système de santé est encore trop politisé. Les médecins travaillent au sacerdoce, sous-payés, sans protection juridique, matérielle ni financière, mais on exige d’eux la perfection des pays développés », dénonce le président du syndicat.
Le SYMEFOGA réclame en urgence la mise en place d’un statut particulier pour les médecins titulaires, stagiaires, internes et paramédicaux. L’objectif : garantir une protection juridique et définir des procédures disciplinaires claires.
Le syndicat plaide également pour un « état des lieux sans complaisance » afin de préparer des solutions adaptées. « Un scientifique qui n’est pas honnête, qui n’accepte pas ses lacunes, ne peut pas développer un système de santé », écrit le Dr BITEGHE.
Le SYMEFOGA a adressé ses « condoléances les plus attristées » aux familles des victimes, en rappelant que « tout décès est un décès de trop ». Le syndicat félicite les autorités ayant œuvré à la libération provisoire des deux collègues.
À l’approche de la fête de l’Indépendance 2026, le président du SYMEFOGA invite les praticiens à une « réflexion introspective » pour « bâtir une médecine gabonaise plus juste, plus sûre et enfin reconnue à sa juste valeur ».
« Le développement n’est pas un vain mot. Il se construit par une planification rigoureuse, évolutive et sincère », conclut-il.
L’affaire est désormais entre les mains de la justice. Elle relance le débat sur la refonte du cadre juridique et éthique de la profession médicale au Gabon.

