La disparité abyssale entre les budgets des capitales provinciales du Gabon devrait provoquer bien plus qu’un simple débat comptable. Elle devrait provoquer un électrochoc dans la conscience de ceux qui gouvernent notre pays.
Comment accepter que certaines communes disposent de budgets qui dépassent de plusieurs dizaines de fois ceux d’autres capitales provinciales, alors que l’État concentre déjà une part considérable de ses investissements dans les mêmes grands centres urbains ?
Libreville : environ 30,77 milliards FCFA.
Port-Gentil : environ 23,99 milliards FCFA.
Franceville : environ 2,51 milliards FCFA.
À elles seules, Libreville et Port-Gentil concentreraient environ 86 % du budget cumulé des neuf capitales provinciales.
Alors une question simple s’impose : QUELS SONT LES CRITÈRES DE CETTE RÉPARTITION ?
La population ? Les besoins sociaux ? La superficie ? La fiscalité locale ? La contribution économique ? Le déficit d’infrastructures ? Le niveau de pauvreté ?
Ou existe-t-il d’autres critères que les citoyens ne connaissent pas ?
Parce que si la République prétend organiser un développement harmonieux et équitable de ses territoires, elle doit pouvoir expliquer publiquement pourquoi les écarts sont aussi vertigineux.
Et c’est ici qu’une question beaucoup plus grave doit être posée.
LE TRIBALISME D’ÉTAT : UN TABOU QU’IL FAUT AVOIR LE COURAGE DE REGARDER EN FACE
Je persiste et je signe : le soupçon d’un tribalisme d’État existe dans une partie de l’opinion gabonaise et il serait irresponsable de faire comme s’il n’existait pas.
Ce terme est lourd. Il dérange. Il choque.
Mais justement : il faut que quelque chose choque lorsque l’injustice territoriale devient structurelle.
Le tribalisme d’État ne doit cependant pas être une accusation lancée sans preuves. Il doit être une question politique que le pouvoir doit avoir le courage de réfuter par les faits.
Publiez donc les critères.
Publiez les données.
Publiez les montants par commune.
Publiez les transferts de l’État.
Publiez les investissements publics par province.
Publiez les marchés attribués.
Publiez les recettes générées par les différents territoires.
Publiez la méthode de calcul.
Et que les chiffres parlent.
Car si les critères sont réellement républicains, transparents et objectifs, personne ne pourra raisonnablement reprocher au gouvernement de favoriser telle ou telle communauté.
Mais si les mêmes territoires sont systématiquement favorisés, dans les budgets, les investissements, les nominations, les infrastructures et l’accès aux opportunités économiques, alors la question du tribalisme d’État cessera d’être une simple polémique politique pour devenir une interrogation sérieuse sur le fonctionnement même de notre République.
ET MAYUMBA DANS TOUT CELA ?
Prenons le cas des territoires producteurs de richesses.
Mayumba, comme d’autres zones productrices de pétrole et de gaz, pose une question essentielle : quel retour concret les territoires qui contribuent à produire la richesse nationale reçoivent-ils en matière d’infrastructures, de services publics et de développement local ?
Il ne s’agit évidemment pas de dire que chaque franc produit dans une commune doit rester dans cette commune.
La richesse nationale appartient à la Nation.
Mais la solidarité nationale ne peut pas devenir une justification pour que certains territoires produisent, tandis que d’autres concentrent durablement l’essentiel des investissements et des ressources.
Une République équitable doit redistribuer selon des règles connues de tous.
MONSIEUR LE PRÉSIDENT, RÉVEILLEZ-VOUS AVANT QUE LA FRACTURE NE DEVIENNE IRRÉVERSIBLE
C’est précisément pourquoi cette interpellation s’adresse directement au président Brice Clotaire Oligui Nguema et à ceux qui exercent aujourd’hui le pouvoir.
Vous avez promis une rupture.
Vous avez promis de refonder le Gabon.
Vous avez promis de bâtir une République plus juste.
Alors ne reproduisez pas les mécanismes qui ont nourri hier le sentiment d’abandon de certaines populations.
Le Gabon n’a pas besoin d’un développement concentré dans quelques villes privilégiées.
Il a besoin d’un développement territorial équilibré, où Makokou, Koulamoutou, Tchibanga, Oyem, Mouila, Lambaréné, Mayumba, Ndendé, Lastoursville, Bitam et toutes les autres villes ont une véritable perspective d’avenir.
LE MOMENT EST VENU DE CHOISIR
Soit le pouvoir démontre, chiffres à l’appui, que la répartition actuelle répond à des critères objectifs, rationnels et républicains.
Soit il accepte de revoir profondément le mécanisme de redistribution territoriale.
Mais continuer à laisser prospérer le doute serait une erreur politique majeure.
Parce que lorsque les citoyens commencent à penser que leur lieu de naissance, leur province ou leur communauté détermine leur accès aux ressources de la République, ce n’est plus seulement un problème budgétaire.
C’est le pacte républicain lui-même qui est en danger.
Et c’est précisément pour cela que le mot « TRIBALISME D’ÉTAT » doit provoquer un électrochoc chez ceux qui gouvernent.
Non pas pour diviser davantage les Gabonais.
Mais pour obliger le pouvoir à démontrer, par les actes et par les chiffres, que la République appartient réellement à tous ses enfants.
Le Gabon n’a pas besoin d’une République des privilégiés.
Il a besoin d’une République des territoires.
Une République de l’équité.
Une République où aucun Gabonais ne se demande si son origine détermine sa part de la richesse nationale.

