La place prépondérante de la femme lors d’un rituel : le cas du Mbuanda : une réflexion de Sandrine NGUÉMÉBÉ ENDAMANE.

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Sandrine Nguemebe Endamane, Vice- présidente du PSD.

Je vais tenter, sans aucune prétention, restituer mon analyse sur la danse ritualisée appelée MBUANDA (chez les punu). Sans aucune prétention, j’insiste humblement. Et j’espère ne pas heurter la sensibilité des conservateurs d’un tantinet austères.

Je serai un tout petit peu longue dans cette restitution. Je vous prie de terminer votre lecture.

Tout commence avec la préparation du danseur. Car, c’est une initiation exclusive, strictement réservée aux seuls initiés. Je ne peux dire que la femme y est exclue puisque juste derrière le futur danseur, encore néophyte, se tient une femme: « une ménopausée » (celle qui conduira le groupe de femmes qui chante, danse en transe autour du masque) ou « la mère des jumeaux ». Toutes deux initiées à un autre rite, celui réservé aux femmes.

Ainsi, avant le rituel la piste de danse est assainie, aseptisée par « une jeune fille vierge ». En effet, il lui faut balayer tout objet pouvant occasionner une chute (petits cailloux, peaux de banane…). Le MBUANDA, du haut de ses échasses allant de 4 à 5 mètres de hauteur, doit exécuter ses pas de danse symbolique sur un sol assaini, une piste saine, préparée de la main d’une « vierge ».

Ensuite, pendant le rituel l’entrée du MBUANDA dans la cour ou piste préparée est hautement attendue. Il est magistralement porté, comme un roi, un Fils particulier, prodige, atypique, qui a apporté un bouleversement cataclysmique (voir le Mythe Mumbuangue). Seuls les hommes, les initiés l’accompagnent. Ces derniers, dans la cour, tiennent délicatement ses échasses: les « Mimbingui ». Un chant bien précis motive ses touts premiers pas. Un cercle se forme autour de l’hôte: celui des initiés. Ce cercle est conduit par un homme, le plus gradé spirituel de ce groupe, il est plus proche du masque. Autour de ce cercle des initiés conduit par un initié plus gradé, il y a le cercle des femmes conduit également par une femme plus gradée (une ménopausée ou mère de jumeaux). Ensemble, elles chantent et battent des tiges de bambous, les « mikiékili ». Elles ravivent les émotions, stimulent l’euphorie, la transe… Bref.

Pour finir, lorsque le masque jette ses « mientsu » (ses deux balais en tiges, chasse- mouches), ce geste très révélateur marque la fin du rituel. Aussitôt, un chant accompagne cet acte. C’est une comptine, une berceuse ritualisée. L’enfant doit maintenant se reposer, dormir. Les deux cercles, celui des hommes et celui des femmes s’activent en tandem pour la fin du rituel. Il ne s’agit pas de n’importe quel chant. Dans tous les cas, tous les symboles, tout donne à penser, tout a un sens et une signification. Une question me vient: qui berce généralement un enfant en lui chantant des comptines ? Un homme ? Une femme ? Enfin ! Mâ sili nsili hein.

Qu’à cela ne tienne, retenons que les deux cercles autour du masque renvoient à l’ovule et au spermatozoïde. Les galettes mâle et femelle. Ces cercles sont, je peux le dire sereinement, des figures géométriques qui font référence au couple originel: Marundu et son frère jumeau Mbuangue Ma de Nzambi. Des figures symbolisées. Le masque au milieu de ces deux cercles apparaît comme le fœtus, c’est-à-dire le fils incestueux décédé dans le mythe/ récit Mumbuangue. De plus, les 9 losanges réunis, formant à leur tour un grand losange, est la figure géométrique du sexe de la femme et symbolise Marundu Ma de Nzambi, l’Ancêtre mère, la Matrice. En même temps, ce grand losange qui concentre 9 petits losanges, renvoie à l’Union de deux triangles partageant une même base (triangle ayant un sommet pointé vers le bas renvoie à l’homme du fait de ses larges épaules et celui ayant un sommet vers le haut, renvoie à la femme, du fait de son large bassin. C’est de l’herméneutique).

Sandrine NGUÉMÉBÉ ENDAMANE

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