Gabon : Les députés PDG défient Ali.

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Martin Mabala, Président du groupe parlementaire du PDG à l'Assemblée Nationale.

C’est par un communiqué du président du groupe parlementaire PDG à l’Assemblée nationale, Martin Mabala que le parti s’est insurgé contre l’acharnement dont « Sont victimes les hautes personnalités institutionnelles ». Mais, au-delà, ce communiqué semble être une réponse des députés  qui  ne veulent plus être pris de cours face aux décisions prises par le clan qui a pris possession du bord de mer depuis le 2 décembre. Une première.

« Non au remaniement», c’est le titre de la Une de l’hebdomadaire pro gouvernementale Gabon Matin paru le 17 février.  Ce titre reprend en substance, le contenu du communiqué adressé plus au palais qu’aux fameux réseaux sociaux et autres journaux accusés de publier «Des images mensongères et diffamatoires » susceptibles de « Déstabiliser les institutions de la République ».

Au-delà  de ces risques potentiels de déstabilisation vus par les seuls clercs du palais Léon Mba, il y a aussi la volonté du parlement de ne plus être pris de cours dans les décisions qui engagent la gouvernance du pays. L’assemblée nationale ayant une majorité obèse issue du parti gouvernant. Le Premier  ministre actuel, julien Nkoghe Bekale avait obtenu le quitus des députés à une large majorité lors de son discours de politique générale. Les retombées de cette politique ne sont  pas encore perceptibles qu’une cascade de remaniements, dont  huit au total pour la seule année 2019, est venue « recadrer » à chaque fois les lignes. Avec, au finish, les mêmes résultats. Ça fait désordre.

Pour les députés, cette gouvernance à la Sisyphe doit s’arrêter. Ce,  d’autant plus que les remaniements ne constituent en rien une solution aux difficultés quotidiennes des Gabonais. Martin Mabala, un vieux des vieilles ritournelles Omariennes a su habiller son speech pour ne pas heurter et paraître irrévérencieux.  Mais les députés, fussent-ils du pouvoir, ont-ils qualité à sommer l’exécutif de ne pas nommer un nouveau Premier ministre ?  N’eût-il pas été plus sérieux  de traiter de la question en interne, au sein du parti en allant rencontrer, par des voies officieuses ou pas, le chef de ce parti ? Car, la nomination d’un nouveau Premier ministre est  de la seule compétence du seul chef de l’Etat, qui juge de l’opportunité. Si le message est passé par un communiqué, peut-on alors penser Martin Mabal avait épuisé les voies de recours internes au parti pour porter le message à qui de droit ? Rien n’est moins sûr, tant l’acte apparaît comme de l’esbroufe et un  chantage  fait au chef de l’Etat. Qu’adviendrait-il alors si Ali nommait un nouveau premier ministre ? Le message est donc clair pour le trio qui a pris possession du bord de mer depuis le 02 décembre 2019.

Cette troïka, constituée de Sylvia Bongo, la première dame, Nourredin Valentin son fils et leur gourou, Mexan Accrombessi a un autre agenda aux antipodes du parti. C’est un secret de Polichinelle qu’Ali, depuis la dernière présidentielle, n’a plus du tout confiance en son parti après la félonie dont il a été victime. En 2023, il n’est pas dit que le même scénario ne se reproduira pas. L’agenda du palais se lit  dans l’immédiateté car une élection se prépare longtemps à l’avance. « Qui veut aller loin, prépare sa monture », a-t-on coutume de dire. Qui sont ceux qui accompagneront le futur candidat du parti en 2023 ?

La santé d’Ali étant un sujet délicat qui pourrait le mettre hors jeu, qui pourra faire avaler la couleuvre aux populations et au parti, la possible candidature de son fils qui aura alors 30 ans ?  Seul un « doberman » qui n’a pas peur d’aller au front et peut tenir tête aux anciens hiérarques du PDG passés de l’autre côté et dont l’influence en tant qu’ainés demeure, peut faire l’affaire. Julien, malgré toute sa sympathie,  ne saurait remplir cette mission. Son incapacité à « tenir » politiquement  le Komo Mondah lors des dernières  législatives couplées a montré ses limites. N’eût été la rescousse de BLA à travers l’un des satellites de l’Ajev, le SDG, le département et le deuxième siège tombaient dans l’escarcelle de l’opposition. Et le palais le sait.

L’agenda du palais bute contre et les préoccupations quotidiennes des populations et, celles du PDG. Les besoins restent immenses pour cette population : la route, l’eau, l’électricité, l’éducation, la santé, le chômage. Ces préoccupations, classées pourtant « urgences », ne sauraient attendre 2023. D’où le rappel à l’ordre et le retour aux usages républicains  par Martin Mabala, face à un palais dont les mauvaises langues accusent de tirer les ficelles dans  les affaires de tortures à la prison centrale. Une épine, au moment où le Gabon reprend langue avec l’Union Européenne qui s’hérisse  souvent face aux atteintes des droits de l’homme.

Le message du « Non au remaniement » sera-t-il entendu ? Pas si sûre. Il faut plutôt craindre l’effet inverse. Cette invite pourrait se comprendre comme une injonction du groupe parlementaire et, par extension,  celle du  parti, prêts à tourner casaque à l’autorité du bord de mer. D’autant que Nourredin n’a ni la prestance, ni l’influence politique de BLA. En son temps, pareille outrecuidance venant du PDG n’aurait été murmurée dans les médias. L’aura de l’homme (BLA) ayant franchi les frontières de Louis.  Qu’est-ce qui a donc poussé les députés à traverser le Rubicon en prenant faits et causes pour un Premier ministre choisi par le Président, selon son pouvoir discrétionnaire ?

Selon certains murmures qui viennent du Palais Leon Mba, Martin Mabala aurait roulé pour lui-même et aurait associé quelques membres du bureau. Certains députés avouent d’ailleurs leurs surprises et disent avoir découvert le communiqué au même moment que la population dans les médias et les réseaux sociaux, le vendredi 14 février. On s’interroge d’autant plus que les députés sont en vacance parlementaire.

Même l’influente Marie Madeleine Mborantsuo récemment  reçue au palais il y a quelques jours,  aurait soufflé mot à Ali sur les conséquences de l’instabilité de ses gouvernements. Cette préoccupation de 3M est en conformité avec la lettre du président du groupe parlementaire Martin Mabala. Bien plus, la présidente de la haute cour a, par le truchement de cette rencontre avec le président, défendu  son poulain Julien Nkoghe Bekale dont la proximité est connue. Au vue de ce lobbying actif, le frater Julien peut-il désormais dormir d’un sommeil de juste ? Difficile de répondre par l’affirmative.

A travers ce communiqué, le parti à la paume voudrait aussi marquer son indépendance. Ils ne veulent plus servir d’ornement comme ce fut  le cas lors du problème BLA. Aujourd’hui, plusieurs parlementaires avouent, sous le manteau, n’avoir pas vu venir la chute du faucon blanc et les conséquences collatérales auxquelles tous assistent en ce moment. Les décisions auraient  été prises par la troïka.  Quid de l’accord PDG-Ajev ? Du statut des députés et des conseillers municipaux élus sous la bannière Ajev, SDG, RV ? Quel impact pour les populations  de ces circonscriptions ?

Ces questions politiques qui exigent de la retenue, sont passées sous les fourches caudines des intérêts du clan actuel. On peut donc s’attendre à la même attitude face aux rumeurs fondées faisant état de la nomination d’un nouveau Premier ministre. Agenda oblige !

Nourredin, issu de la  prestigieuse  école d’Eton de Londres (le même que le prince William d’Angleterre) et dont on ignore jusqu’à ce jour, l’intitulé exacte des diplômes obtenus, sait désormais à quoi s’en tenir. Lui qui n’a aucune influence sur le parti,  doit  faire ses preuves et sortir de son bunker du palais où tout va mieux pour le meilleur des mondes. La première bataille, en 2023, sera celle-là. Et ce ne sera pas une longue marche tranquille devant un PDG  qui refuse de jouer les seconds rôles.

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