Gabon/Education/Déclaration de la Coalition SENA/CONASYSED : Poursuite de la grève illimitée.

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Le Secrétaire Général du SENA, Fridolin MVE MESSA et le Délégué Administratif, Délégué Général par intérim CONASYSED, Alfred Désiré ENGONE durant la déclaration

Un proverbe bien de chez nous dit je cite : « si la tortue n’arrive pas à traverser un tronc posé en travers du sentier, elle accuse la panthère d’avoir tué sa mère ». Cette maxime cadre bien avec la posture prise par le Ministre de l’Education Nationale qui se fait désormais passer pour une victime de la grève que lui impose injustement la Coalition SENA-CONASYSED.

En effet, dans sa déclaration lue sur Gabon Première le lundi 6 décembre 2021 à 20H30, le Conseiller Technique qui a peiné à convaincre, a affirmé que la grève qui s’est étendue sur l’ensemble du pays a une orientation politique évidente.

La coalition SENA-CONASYSED lui rappelle que cette allégation sans fondement est un aveu d’incapacité du Gouvernement à trouver des solutions aux revendications légitimes posées par notre regroupement. Ce disque qui nous a toujours été servi à pareil moment est déjà rayé, il est donc temps pour le Gouvernement de changer de paradigme.

C’est pourquoi, aux fins de fixer l’opinion nationale et internationale, la Coalition SENA-CONASYSED tient à préciser que la commission du dialogue social dont l’arrêté avait été signé le 16 mars 2020, n’a commencé son travail qu’au mois d’octobre 2021, bien après le lancement de la grève, et ce sur demande des partenaires sociaux.

A titre de rappel, la grève observée par la coalition SENA-CONASYSED est intervenue bien avant le lancement officiel du Dialogue social et ce conformément aux dispositions de la loi n° 18/92 du 18 mai 1993 fixant les conditions de constitution et le fonctionnement des organisations syndicales des agents de l’Etat en son article 20 qui précise que : « Le préavis doit être remis huit jours au moins avant le déclenchement de la grève à l’autorité administrative. Il fait état des revendications qui sont la cause du mouvement de grève projeté, fixe sa durée et désigne les agents délégués par leurs collègues pour les représenter dans les négociations à entreprendre. L’autorité administrative les convoque dans les quarante-huit heures qui suivent le dépôt en vue de trouver une solution au conflit. Pendant toute la période du préavis, les agents concernés continuent à assurer normalement le fonctionnement de leur service. » démarches que nous avons d’ailleurs respectées.

Malheureusement, la coalition constate pour le regretter que ni pour la CONASYSED, qui avait suspendu sa grève le 13 mars 2021, ni pour le SENA qui avait déposé son préavis de grève le 1er octobre 2021, de véritables négociations ne s’étaient pas ouvertes pour empêcher la crise qui se profilait pourtant à l’horizon.

A la lumière de ce qui précède, il apparait clairement que seul le Gouvernement est responsable de la grève actuelle.

Mesdames et messieurs,

Pour rappel et pour rester collés au textes : « est qualifiée de grève tout arrêt collectif et concerté de travail, tout comportement collectif de nature à perturber le fonctionnement normal d’un service, décidés pour défendre une revendication professionnelle », article 18 de la Loi 18/92.

La déclaration du Conseiller technique du ministre de l’Education nationale d’hier, vient finir de convaincre les sceptiques puisqu’il reconnait finalement l’effectivité de la grève circonscrite dans un premier temps dans le grand Libreville, puis généralisée à l’intérieur du pays, paralysant ainsi le fonctionnement des établissements scolaires au point d’envisager le réaménagement du calendrier pédagogique.

Par ailleurs, en dépit des démarches entreprises, du dépôt de tous les procès-verbaux des Assemblées générales organisées, des sit-in au niveau de la fonction publique, le gouvernement n’affiche aucune volonté politique réelle pour apporter des solutions aux préoccupations légitimes des enseignants. Bien au contraire, il est resté muet face aux six points de revendications prioritaires retenues par la coalition SENA/CONASYSED à savoir :

  1. La signature de l’arrêté organisant les concours internes d’entrée à l’ENI et à l’ENS ;
  2. La décision ministérielle créant la commission de l’examen des dossiers des enseignants en activité dans le cadre du recrutement direct, initiée par la tutelle ;
  3. L’audience avec le premier ministre ;
  4. La mise en place d’un guichet spécial chargé de l’accélération du traitement des situations administratives des agents du secteur Education, au regard de leur nombre ;
  5. Le renforcement du dispositif sanitaire dans les établissements pour mieux lutter contre la COVID-19
  6. Les nominations des autres personnels notamment les responsables administratifs y compris le décret du Président de la République pris en conseil des ministres conformément aux textes en vigueur y relatifs.

S’agissant cette fois de la rétention des bons de caisse ou de l’éventuelle coupure de salaires des enseignants grévistes, il est prouvé que le Gouvernement est en totale violation des dispositions des articles 71 de la loi 1/2005 du 04 février 2005 qui précise que : « sans préjudice des prestations familiales ou suppléments pour charges de famille, les journées de grève ne sont pas rémunérées sauf lorsque la grève résulte du non-paiement de la rémunération due. » Pour ceux qui ont tendance à l’oublier, les rappels solde, les recrutements, les intégrations constituent les éléments de rémunération dues et réclamés par les enseignants.

Pis, en décidant de retenir nos bons de caisse, le ministre de l’éducation nationale viole dans le même temps les dispositions de l’article 25 de la loi 18/92 du 18 mai 1993 qui dispose que : « les journées de grève ne sont pas rémunérées. Seules sont versés aux agents en grève les prestations familiales, les suppléments pour charges de famille et l’aide au logement… », qui ne cadre pas avec le cas qui est le nôtre. A ce sujet, nous exigeons la restitution des bons de caisse des Enseignants retenus illégalement

Mesdames et Messieurs,

Si le Ministre de l’Education peut se féliciter de promouvoir un dialogue permanent avec les partenaires sociaux sans exclusive, il ne doit cependant pas perdre de vue que le dialogue social ne saurait se circonscrire à des échanges d’informations, encore moins à des joutes oratoires.

Aussi, parlant des situations administratives, il ressort clairement que le Gouvernement fait dans la mauvaise foi en affirmant qu’il ne reste que quelques cas résiduels dans les dossiers de recrutement et de reclassement pris en exemple.

Pour notre part, nous affirmons haut et fort que la proportion d’enseignants en attente de régularisation nécessite la mise en place d’un guichet spécial aux fins d’accélérer le processus. Aussi, pour plus de transparence dans le traitement de dossiers, la coalition SENA/CONASYSED demande la mise à disposition des listings des dossiers traités et ceux en instance.

Pour illustration, et ne prenant que le cas des sortants école, il ressort :

– ENS 2018-2019 : sur 687 dossiers, seuls 104 dossiers ont été traités en novembre 2021 ; il reste donc 583 en attente ;

– ENSET 2017-2018, sur 55 dossiers, 50 dossiers ont été traités, reste 5 dossiers.

– ENS 2016-2017 ; sur 102 dossiers, 8 dossiers sont traités, il reste 94 en attente.

Contrairement aux 390 dossiers non traités, annoncés par le conseiller du ministre, il reste en réalité 682 dossiers en attente, sans compter ceux des promotions 2015 et 2020.

Enfin abordant le pan reclassement après stage, le Gouvernement navigue à vue, puisque nous relevons sur le terrain plusieurs promotions d’instituteurs, de professeurs, de Conseillers pédagogiques et inspecteurs en attente de reclassement pour certains depuis plus de 10 ans après leur passage à l’ENI, à l’ENS et à l’ENSET.

Oui, monsieur le Ministre, les enseignants désabusés, attendent des réponses concrètes. Votre projet de radier les enseignants relève de la pure démagogie, car il risque de heurter lourdement les dispositions légales qui encadre la gestion de l’agent public. Dans cette veine, il n’est pas inutile de rappeler que la grève n’est ni une faute professionnelle, ni un délit encore moins un crime.

Oui, vous ne parviendrez donc nullement par les menaces, les intimidations à endiguer la vague de colère, d’indignation et de protestation qui gagnent l’ensemble des enseignants du Gabon. Mesdames, Messieurs,

Chers collègues, chers camarades,

Comme nous vous disions en Assemblée Générale, nous tenons débout, nous tenons le bon bout, la victoire est là. Notre détermination, notre engagement a eu raison du mépris du Gouvernement qui reconnait à demi-mot le succès de notre mouvement de grève. Ne cédons donc pas à la peur !!

Vue des autres membres de la Coalition SENA/CONASYSED

Aux menaces nous répondrons par la menace. D’ailleurs, lors de l’Assemblée Générale du samedi 04 décembre 2021, nous avons acté du déclenchement cette semaine des actions relatives aux plaintes contre le Secrétaire Général Mr Théodore KOUMBA et les autres responsables du ministère de l’Education nationale suite à l’opération de mise sous bons de caisse des enseignants et leur détention illégale par les autorités ministérielles.

Pour terminer, la Coalition SENA/CONASYSED, tient à féliciter tous les enseignants pour le succès de notre mouvement de grève, et vous exhorte à rester mobilisés jusqu’à la victoire finale.

Aussi, c’est le lieu de vous annoncer la grande Assemblée générale de riposte le samedi, 11 décembre 2021 à 10h à l’Ecole Martine Oulabou.

LA GREVE CONTINUE !

Unis, nous sommes forts.

Pour la Coalition

Le Secrétaire Général du SENA, Fridolin MVE MESSA

Le Délégué Administratif, Délégué Général par intérim CONASYSED, Alfred Désiré ENGONE

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