La chronique de Fidèle AFANOU ÉDÉMBÉ

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Ali Bongo Ondimba, le Président déchu

Pas de commission vérité et réconciliation pour les bourreaux des Gabonais. L’émotion serait-elle gabonaise ? On dirait ! Car depuis quelques jours, une certaine opinion, relayée parfois par voie de presse, essaye d’attendrir les cœurs des Gabonais pour qu’ils s’apitoient sur le sort d’Ali Ben Bongo Ondimba, gardé, selon cette opinion, en résidence surveillée, et réduit à une extrême précarité par le blocage de ses comptes bancaires au point de ne plus être capable de s’acquitter de ses factures auprès de la Société d’Energie et d’Eau Gabon.

Les psychologues décrivent le syndrome de Stockholm comme un phénomène psychologique étrange qui peut se produire entre une victime et son bourreau. Certains otages ou victimes peuvent développer pendant leur captivité une certaine empathie, voire sympathie, à l’égard de leur geôlier. En serions-nous rendus là ?

Il faut espérer que non, car de nombreux Gabonais, qui n’ont pas fini de s’interroger sur l’attitude du CTRI vis-à-vis du donneur d’ordres des massacres postélectoraux de 2016, attendent avec impatience les mécanismes qui leur seront proposés pour que tous les responsables (théoriciens, donneurs d’ordres, exécutants, complices) des tueries qui ont endeuillé plusieurs familles gabonaises répondent de leurs actes.

Au lendemain de la prise de pouvoir par l’armée, on a cru comprendre que l’état de santé du président déchu avait conduit à envisager de le laisser « libre de ses mouvements », quitte à ce qu’il aille se faire soigner dans le pays de son choix. Aujourd’hui, alors qu’il va mieux, on évoque une proposition d’exil qu’il aurait refusée. Il parait qu’il veut même se rendre utile. Allons donc ! Toutes ces contorsions sont de nature à laisser penser que des arrangements d’arrière-cour sont à l’étude pour soustraire Ali Ben Bongo Ondimba des foudres de la justice. Et ce ne sont pas les déclarations de certains acteurs complices des massacres postélectoraux de 2009 promettant ne pas s’opposer à la mise en place d’un tribunal d’exception qui vont balayer les doutes légitimes des Gabonais.

Ne pas juger et condamner Ali Ben Bongo Ondimba, ce serait une injustice vis-à-vis du peuple gabonais et une offense à la mémoire des nombreux martyrs tombés pendant son règne. Et il n’est pas le seul à devoir répondre des actes de barbarie subis par les Gabonais.

Certains criminels de notre pays rêvent d’une commission vérité et réconciliation, terminologie mise à la mode dans l’Afrique du Sud postapartheid, qui les absoudrait. Leur réveil risque d’être brutal car le peuple gabonais, seul juge suprême après Dieu, aura son mot à dire. Car même ceux qui ont la rancune passagère ont la mémoire longue ; et il y a eu, dans ce pays, des blessures qui ne se refermeront jamais. Et qu’on le veuille ou non, il y a des crimes imprescriptibles, c’est-à-dire qui ne sont pas effacés par l’écoulement du temps. A la fameuse Cour Pénale Internationale (CPI), on les classe en trois catégories : les génocides, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité. Les crimes de guerre ne nous concernent pas. Les génocides, non plus. Il nous reste les crimes contre l’humanité ; cette humanité que le Tout-Puissant a insufflée en chaque homme et en chaque femme qu’Ali Ben Bongo Ondimba et ses complices ont fait passer de vie à trépas. Oter le souffle de vie ne devrait être réservé qu’à celui qui l’a donné, quel que soit le nom qu’on lui attribue à travers les communautés et les civilisations. Ceux qui, sur terre, se sont auto octroyé ce droit, même s’ils bâtissent des églises et des cathédrales, sont appelés, d’une manière ou d’une autre, à en payer le prix. Ceux qui croient en l’au-delà leur donneront peut-être rendez-vous de l’autre côté du miroir. Les autres veulent que justice soit faite ici et maintenant.

Le président de la transition a sûrement un grand cœur et se trouve actuellement, par rapport à cette problématique, dans la situation des Chefs d’État qui disposaient du droit de la grâce présidentielle dans les pays où étaient pratiquée la peine de mort. C’est en effet un lourd fardeau que de décider seul, en son âme et conscience, de la vie ou de la mort d’un être humain. C’est pourquoi nous comprendrions que le président Brice Clotaire Oligui Nguéma laisse le peuple gabonais se prononcer lors du dialogue national. De toutes les façons, la peine de mort n’existe plus chez nous et personne ne songe à la rétablir. Mais il faut se donner les moyens pour que justice soit rendue au peuple gabonais. C’est la moindre des choses.

Fidèle Afanou Edémbé
Chroniqueur libre

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