Port-Gentil : la reconstruction de la ville s’impose

Après des années d’abandon, la capitale économique doit bénéficier d’un véritable plan Marshall. Port-Gentil n’a pas seulement besoin d’un coup de peinture. Elle a besoin d’une reconstruction en profondeur.
Le ministre de la communication, Pascal Houangni Ambouroue, archives
Chef-lieu de la province de l’Ogooué-Maritime, ancienne capitale économique du Gabon et poumon historique de l’industrie pétrolière, Port-Gentil donne aujourd’hui le sentiment d’une ville qui a été progressivement abandonnée à elle-même. La crise économique est passée par là. Les investissements se sont raréfiés, certaines entreprises ont quitté la ville ou réduit considérablement leurs activités, tandis que les infrastructures héritées de plusieurs décennies n’ont cessé de se dégrader.
Le contraste est saisissant entre le rôle historique joué par Port-Gentil dans l’économie gabonaise et l’état actuel d’une partie de ses infrastructures.
Une ville qui s’est arrêtée
À Port-Gentil, le visiteur découvre une ville dont les signes de vieillissement sont partout visibles.
Les routes sont dégradées, les nids-de-poule se multiplient, certaines voies deviennent difficiles à pratiquer pendant les périodes de fortes pluies et la voirie secondaire demeure insuffisamment entretenue. À plusieurs endroits, la chaussée semble avoir été abandonnée à son propre destin.
Le problème ne concerne d’ailleurs pas uniquement les grandes artères.
C’est tout le système urbain qui paraît avoir perdu sa cohérence : drainage insuffisant, réseaux vieillissants, éclairage public déficient dans certains secteurs, espaces publics peu entretenus, problèmes d’assainissement et développement anarchique de l’habitat.
Port-Gentil est confrontée à une crise urbaine.
Et cette crise ne peut plus être traitée par des opérations ponctuelles.
L’héritage d’une époque révolue
La ville porte également les traces d’une époque où l’industrie pétrolière constituait son principal moteur économique.
De nombreux bâtiments, installations et logements construits à l’époque de l’essor pétrolier ont vieilli. Certains sont aujourd’hui dégradés, d’autres ne correspondent plus aux besoins d’une ville moderne.
Le départ ou la réduction des activités de certaines entreprises pétrolières a également laissé des espaces et des bâtiments qui interrogent sur l’avenir urbain de la cité.
Port-Gentil doit désormais apprendre à vivre au-delà du seul modèle économique qui a fait sa prospérité.
C’est tout l’enjeu.
Il ne s’agit plus de maintenir artificiellement une ville construite autour du pétrole, mais de reconstruire une ville capable de produire de nouvelles richesses.
L’habitat : l’autre urgence
La dégradation des infrastructures s’accompagne d’une autre réalité préoccupante : l’habitat précaire.
Des quartiers spontanés et des zones d’habitat sous-équipées se sont développés dans différents secteurs de la ville. Cette urbanisation sans planification suffisante traduit surtout l’incapacité collective à offrir à une population croissante des logements décents, accessibles et correctement desservis.
La réponse ne peut pas être uniquement la destruction des quartiers précaires.
Il faut construire.
Construire des logements sociaux.
Construire des réseaux d’eau et d’électricité.
Construire des écoles.
Construire des centres de santé.
Construire des routes.
Construire des systèmes d’assainissement.
La lutte contre l’habitat précaire doit être une politique de transformation urbaine et non une politique de déplacement des populations.
Port-Gentil mérite son plan Marshall
Lorsque viendra le moment de consacrer d’importants investissements nationaux à Port-Gentil, le gouvernement devra éviter la logique des interventions dispersées.
La ville a besoin d’un plan Marshall de reconstruction urbaine.
Un programme pluriannuel, financé, planifié et évalué, qui permettrait de traiter simultanément les infrastructures essentielles.
Ce plan pourrait s’articuler autour de plusieurs priorités :
réhabilitation massive du réseau routier ;
reconstruction et modernisation de la voirie secondaire ;
création d’un véritable réseau de drainage des eaux pluviales ;
modernisation de l’éclairage public ;
réhabilitation des bâtiments administratifs et des équipements publics ;
programme de logements sociaux et de rénovation urbaine ;
assainissement et gestion moderne des déchets ;
aménagement des espaces publics ;
développement des infrastructures sportives et culturelles ;
modernisation du port et renforcement de sa vocation économique ;
amélioration des liaisons avec Libreville et les autres pôles économiques ;
développement de nouvelles activités industrielles, logistiques, touristiques et numériques.
L’objectif ne doit pas être simplement de réparer Port-Gentil.
Il faut la réinventer.
Le prochain grand chantier de la Ve République ?
Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait de la transformation des infrastructures et de l’amélioration des conditions de vie des populations un enjeu majeur de son action.
Après les autres grands projets engagés ou annoncés à travers le pays, Port-Gentil devra nécessairement trouver sa place dans cette nouvelle dynamique.
Car il serait difficile de parler de transformation du Gabon sans s’attaquer au cas particulier de cette ville qui a longtemps financé, directement ou indirectement, une partie importante de la prospérité nationale.
Port-Gentil a donné au Gabon. Il est maintenant temps que le Gabon redonne à Port-Gentil.
Cette reconstruction devrait toutefois dépasser le seul cadre de l’État central.
La mairie doit changer de paradigme
La municipalité a également une responsabilité historique.
L’hôtel de ville ne peut plus être seulement une administration chargée de gérer les affaires courantes. Il doit devenir le moteur du développement local.
Cela suppose un changement profond de paradigme.
Une mairie moderne doit savoir identifier les opportunités, élaborer des projets, rechercher des financements, nouer des partenariats avec l’État et le secteur privé, mobiliser les investisseurs et anticiper les besoins de la population.
Port-Gentil possède des atouts considérables : son histoire industrielle, sa façade maritime, son activité portuaire, ses ressources humaines, sa position stratégique et son potentiel touristique.
Encore faut-il les transformer en projets.
Pourquoi ne pas imaginer une véritable stratégie de développement économique municipal ?
Pourquoi ne pas créer une agence municipale dédiée aux projets structurants ?
Pourquoi ne pas développer des partenariats public-privé pour la gestion des déchets, l’éclairage public, les marchés, les parkings, les espaces verts ou certains équipements sportifs ?
Pourquoi ne pas transformer certains espaces abandonnés en zones d’activités économiques, culturelles ou touristiques ?
La mairie doit passer d’une logique de gestion à une logique de développement.
Réinventer la capitale économique
Port-Gentil ne doit pas devenir une ville-musée du pétrole.
Elle doit devenir une ville tournée vers l’avenir.
Le pétrole restera un élément important de son histoire et de son économie, mais la ville doit préparer l’après-pétrole. Logistique, transformation industrielle, économie maritime, pêche, tourisme, services, numérique, formation professionnelle et entrepreneuriat peuvent constituer de nouveaux moteurs.
Cette transformation nécessite une vision à vingt ans.
Pas seulement un programme annuel de travaux.
Pas seulement quelques kilomètres de routes réhabilitées.
Pas seulement des opérations d’embellissement.
Il faut un projet de ville.
Un projet qui dise où Port-Gentil veut être en 2030, 2035 et 2040.
Redonner de la fierté aux Port-Gentillais
Le désarroi d’une population ne se mesure pas uniquement à l’état des routes.
Il se mesure également au sentiment d’abandon.
Lorsqu’un citoyen voit son quartier se dégrader année après année, lorsque les infrastructures publiques vieillissent sans être remplacées, lorsque les opportunités économiques se raréfient et que les perspectives d’avenir semblent limitées, c’est le rapport même à la ville qui se détériore.
La reconstruction de Port-Gentil doit donc aussi être une reconstruction de la confiance.
Il faut redonner aux Port-Gentillais la fierté d’habiter une ville qui compte.
Une ville propre.
Une ville éclairée.
Une ville bien desservie.
Une ville où les enfants peuvent étudier dans de bonnes conditions.
Une ville où les jeunes peuvent travailler et entreprendre.
Une ville où les familles peuvent se loger dignement.
Une ville qui regarde l’avenir plutôt que de vivre dans la nostalgie de son passé pétrolier.
Port-Gentil, le prochain défi
Le moment est peut-être venu de considérer Port-Gentil non plus comme une ville à entretenir, mais comme une ville à reconstruire.
L’État devra jouer son rôle en mobilisant les financements et les grands projets structurants. Les entreprises devront être associées à cette transformation. La municipalité devra faire preuve d’imagination, de rigueur et d’audace. Les populations devront être consultées et associées aux choix qui engagent leur avenir.
La reconstruction de Port-Gentil ne doit pas être une opération de circonstance.
Elle doit devenir un projet national.
Car derrière les routes défoncées, les bâtiments vieillissants et les quartiers précaires, il y a une ville qui refuse de mourir.
Une ville qui a longtemps été au cœur de la prospérité gabonaise.
Une ville qui attend désormais son nouveau départ.
Port-Gentil n’attend pas seulement des travaux. Elle attend une vision.
Et lorsque son tour viendra dans le grand programme de transformation du Gabon, il faudra lui donner bien plus qu’un simple programme de réhabilitation.
Il faudra lui donner un véritable plan Marshall.
Parce que reconstruire Port-Gentil, ce n’est pas seulement réparer une ville.
C’est réparer une partie de l’histoire économique du Gabon et préparer son avenir.



Assistant Edu Gabon

Paul Essonne

Journaliste

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