Port-Gentil n’est plus seulement confrontée à la dégradation de ses routes, de ses bâtiments et de ses infrastructures. Elle doit également faire face à une autre forme de dégradation, plus silencieuse mais tout aussi préoccupante : la progression de la drogue, des violences et de la criminalité dans certains quartiers.
Les récentes opérations menées par les forces de sécurité montrent que le phénomène n’est pas théorique. En février 2026, plusieurs affaires de trafic de stupéfiants ont conduit à des interpellations et à des placements sous mandat de dépôt. Une opération a notamment permis la saisie de près de 294 grammes de cocaïne, tandis qu’une autre affaire portait sur 126 plaquettes de tramadol.
En avril, deux présumés trafiquants ont encore été interpellés à Port-Gentil avec 50 bottes de chanvre.
Ces opérations démontrent à la fois la réalité du phénomène et la mobilisation des services compétents. Mais elles posent une question plus fondamentale : pourquoi la drogue trouve-t-elle un terrain aussi favorable dans une ville qui fut longtemps considérée comme l’une des cités les plus prospères du Gabon ?
Une ville fragilisée
La question de la sécurité ne peut être dissociée de l’état général de la ville.
Port-Gentil connaît depuis plusieurs années une dégradation de ses infrastructures, un affaiblissement de son tissu économique et une précarisation d’une partie de sa population. Dans certains quartiers, l’habitat précaire, le chômage des jeunes, l’absence d’activités structurantes et le manque d’espaces de loisirs créent un environnement propice à toutes sortes de dérives.
Il serait évidemment simpliste d’établir une relation automatique entre pauvreté et criminalité.
Mais une ville qui offre peu de perspectives à sa jeunesse laisse davantage d’espace aux réseaux clandestins.
La drogue prospère là où l’espoir recule.
Et le trafic de stupéfiants n’est pas seulement une question de consommation. Il constitue une économie parallèle capable de financer d’autres formes de criminalité.
Quand la drogue nourrit la violence
Les faits divers enregistrés ces dernières années illustrent parfois cette dangereuse connexion.
En janvier 2025, une affaire d’homicide à Port-Gentil avait ainsi été liée à une dispute autour d’un téléphone et du cannabis, débouchant sur la mort d’un jeune homme.
La drogue peut favoriser la violence, alimenter les règlements de comptes et contribuer à l’installation de petits réseaux criminels dans certains quartiers.
En août 2024, une trentaine de jeunes avaient été arrêtés après des épisodes de violences urbaines impliquant notamment des armes blanches. Les autorités avaient alors renforcé les patrouilles interforces afin de rétablir l’ordre.
Ces épisodes doivent servir d’alerte.
Port-Gentil ne doit pas attendre que les bandes s’organisent davantage pour réagir.
Une jeunesse en danger
Le véritable enjeu se trouve peut-être là : la jeunesse.
Ce sont les jeunes qui sont les premières victimes du trafic de stupéfiants. Certains deviennent consommateurs. D’autres servent de petites mains aux réseaux. D’autres encore basculent dans la violence ou abandonnent l’école.
La lutte contre la drogue ne peut donc pas se limiter aux arrestations.
Il faut frapper les trafiquants, démanteler les réseaux, saisir les avoirs issus du trafic et renforcer les contrôles.
Mais il faut aussi offrir aux jeunes une alternative.
Une jeunesse sans perspectives devient une proie facile pour les réseaux criminels.
Port-Gentil doit donc investir dans la formation professionnelle, le sport, la culture, les métiers de la mer, les activités industrielles, l’entrepreneuriat et l’apprentissage.
Chaque terrain de sport réhabilité, chaque centre de formation créé, chaque jeune accompagné vers un emploi constitue aussi un investissement dans la sécurité.
La réponse ne peut pas être uniquement policière
Les forces de défense et de sécurité ont un rôle essentiel. Elles doivent occuper le terrain, lutter contre les trafiquants, sécuriser les quartiers et démanteler les réseaux.
Mais leur action doit s’inscrire dans une stratégie plus globale.
La commune, les services sociaux, l’Éducation nationale, la Justice, les associations, les chefs de quartiers, les familles et les acteurs économiques doivent travailler ensemble.
Une initiative de sensibilisation contre les violences et les stupéfiants avait déjà réuni à Port-Gentil des acteurs judiciaires, policiers, gendarmes, associations et représentants de la jeunesse.
Ce type d’approche doit être amplifié.
La sécurité doit devenir une politique publique locale à part entière.
Reprendre le contrôle de certains quartiers
Il faut également regarder la réalité urbaine en face.
Une ville mal éclairée, mal entretenue et insuffisamment aménagée peut devenir plus difficile à sécuriser.
Les zones abandonnées, les bâtiments désaffectés, les espaces non éclairés et certains quartiers dépourvus d’équipements collectifs peuvent devenir des lieux favorables aux trafics.
La reconstruction de Port-Gentil évoquée comme une nécessité dans le débat public doit donc intégrer une véritable dimension sécuritaire.
Réhabiliter les routes.
Éclairer les quartiers.
Aménager les espaces publics.
Créer des équipements sportifs.
Réhabiliter les marchés.
Développer les transports.
Améliorer la présence des services publics.
Une ville mieux aménagée est aussi une ville plus facile à sécuriser.
Une police plus proche des populations
La lutte contre la criminalité passe également par la confiance entre les citoyens et les forces de sécurité.
Or, cette confiance peut être fragilisée lorsque les populations ont le sentiment que les contrôles sont excessifs ou que certaines pratiques policières donnent lieu à des abus. Des critiques sur les contrôles et des accusations de racket ont récemment été rapportées à Port-Gentil.
La réponse doit être claire : la fermeté contre les criminels doit aller de pair avec l’exemplarité des forces de l’ordre.
La police doit être respectée parce qu’elle respecte la loi.
Il faut donc renforcer la police de proximité, recueillir les renseignements auprès des populations et protéger ceux qui signalent les trafiquants.
La sécurité ne se décrète pas depuis un bureau.
Elle se construit dans les quartiers.
Port-Gentil doit retrouver son statut de ville sûre
La capitale économique ne peut prétendre à une renaissance économique sans sécurité.
Comment attirer de nouveaux investisseurs dans une ville où certains habitants ont peur de circuler la nuit ?
Comment développer le tourisme sans garantir la tranquillité des visiteurs ?
Comment demander aux jeunes de croire en leur avenir lorsque certains réseaux criminels leur proposent rapidement de l’argent ?
La reconstruction de Port-Gentil doit donc être économique, urbaine et sécuritaire à la fois.
Le futur plan de transformation de la ville devra intégrer un véritable programme de sécurité urbaine.
Cela pourrait passer par une cartographie des zones criminogènes, le renforcement de l’éclairage public, l’installation de dispositifs de vidéoprotection dans les secteurs sensibles, une présence accrue des forces de sécurité et une politique municipale de prévention de la délinquance.
Le défi de l’après-pétrole
Il existe enfin une
question plus profonde : quel avenir pour Port-Gentil après le pétrole ?
Pendant des décennies, l’or noir a façonné la ville, son économie et son mode de vie.
Aujourd’hui, Port-Gentil doit diversifier son économie.
Car la sécurité est aussi une question économique.
Créer des emplois, développer les PME, valoriser les métiers de la mer, moderniser le port, développer la transformation locale, soutenir les artisans et investir dans les compétences des jeunes, c’est aussi réduire l’espace laissé aux économies criminelles.
La ville doit donc passer d’une économie fondée principalement sur la rente à une économie fondée sur la production, l’innovation et la diversification.
Ne pas laisser la criminalité devenir une fatalité
Port-Gentil n’est pas condamnée à devenir une ville de drogue et de criminalité.
Il faut refuser cette image.
Les opérations des forces de sécurité montrent que les réseaux peuvent être démantelés. Les saisies réalisées en 2026 témoignent de cette capacité d’action.
Mais l’arrestation de quelques dealers ne suffira pas.
Il faut remonter les filières.
Identifier les financiers.
Saisir les biens issus du trafic.
Protéger les témoins.
Traiter les consommateurs, notamment les jeunes, avec des politiques de prévention et de prise en charge adaptées.
Et surtout, tarir le recrutement des nouveaux trafiquants.
Port-Gentil doit choisir son avenir
La bataille contre la drogue et la criminalité est finalement une bataille pour l’avenir de Port-Gentil.
Une ville qui veut se reconstruire doit également se protéger.
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, le gouvernement, les autorités locales et les forces de sécurité devront considérer cette question comme une priorité dans le futur programme de transformation de la capitale économique.
Mais la responsabilité est collective.
Les familles doivent reprendre leur rôle éducatif.
L’école doit renforcer la prévention.
La mairie doit occuper l’espace public.
La justice doit répondre avec célérité.
Les forces de sécurité doivent être présentes et exemplaires.
Les entreprises doivent participer à l’insertion des jeunes.
Et la société civile doit continuer à alerter.
Port-Gentil ne doit pas seulement reconstruire ses routes et ses bâtiments. Elle doit reconstruire son tissu social.
Car derrière le trafic de drogue et la criminalité, c’est une bataille beaucoup plus importante qui se joue :
celle du droit de toute une génération à vivre dans une ville sûre, digne et porteuse d’avenir.

