« L’hôpital du Gabon est-il entré en dissidence avec sa mission? » Par Prinxe Essone Mfoulou-Zé.

Il y a quelques mois de cela, décédait une jeune enseignante gabonaise enceinte d’un garçon qu’elle espérait avec une très grande joie. Et cette affaire, aujourd’hui, bouleverse l’opinion depuis que la justice a procédé à quelques arrestations parmi les personnes visées par les enquêtes en cours.

« Selon les témoignages, la jeune femme enceinte qui s’était présenté au CHU de Libreville à la suite d’une rupture des membranes amniotiques. Mais celle-ci aurait été renvoyée à deux reprises. Il est également rapporté que des stagiaires, au CHU d’Owendo, lui auraient administré des comprimés sans encadrement médical, avant que son état ne se dégrade rapidement. Quelques heures plus tard, l’enfant serait décédé, suivi de la mère. La famille affirme avoir été humiliée, privée du carnet de santé de la victime et du compte rendu de l’intervention médicale.

Ces faits et les responsabilités y attenant, restent bien entendu à être confirmés par les enquêtes en cours. Mais dans le cas où ceux-ci s’avéraient, ils poseraient une question brûlante : comment un hôpital peut‑il oublier sa mission première, celle de protéger la vie ?

Pour être clair, disons tout de suite que cette histoire n’est pas celle d’une tragédie individuelle. Elle est la révélation, en cas de confirmation, d’une crise systémique qui se caractérisent par : des négligences présumées, un dysfonctionnement grave de la supervision, des pratiques qui pourraient être contraires aux règles, des familles laissées dans l’incompréhension et la douleur…

Mais bien au‑delà de ces faits, ce qui est en jeu ici, c’est le serment d’Hippocrate qui préside à l’exercice de la médecine. Un serment qui n’est pas une formule symbolique, mais un engagement sacré. Et si ces manquements étaient avérés, ils constitueraient, d’une part, une trahison de ce serment et, d’autre part, un point de rupture de la confiance des citoyens dans le système de santé mis en place par l’État.

À titre de rappel, le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire OLIGUI NGÉMA, a récemment inauguré plusieurs structures de santé modernes, destinées à améliorer l’accès aux soins et à renforcer la prise en charge des patients. Ces investissements témoignent d’une volonté politique claire : relever le niveau de la santé publique et traiter avec dignité le patient.

Mais à quoi serviraient des bâtiments neufs si les pratiques ne suivent pas ? À quoi servirait une modernisation matérielle si la culture professionnelle reste inchangée ? À quoi servirait un hôpital rénové si l’accueil, la prise en charge du patient, la vigilance, la supervision et l’éthique ne sont pas au rendez‑vous ?

Qu’on s’entende bien, il n’est pas question ici de condamner indistinctement tous les praticiens du monde médical. Beaucoup parmi eux travaillent avec courage dans des conditions difficiles. Cependant, disons-le avec force : une partie du personnel médical semble avoir oublié pourquoi leur profession existe.

La médecine n’est pas un commerce. La santé n’est pas une rente. Le patient n’est pas une variable d’ajustement. Chaque vie perdue par une négligence éventuelle est une faute lourde commise contre la République.

L’État, en tant que premier responsable de la mise en place des politiques publiques, ne peut pas rester spectateur dans une telle situation. Il est ainsi tenu de réorganiser la gouvernance hospitalière, renforcer les inspections et les contrôles, sanctionner les dérives avérées, valoriser les pratiques exemplaires, garantir la transparence et la dignité des patients.

La santé publique est un des piliers centraux de la confiance nationale. Un pays qui laisse mourir ses citoyens par négligence est un pays qui se condamne lui‑même.

Le drame de cette jeune compatriote, sous réserve des conclusions judiciaires, doit servir de signal d’alarme. Nous ne pouvons plus accepter que des vies soient brisées par des erreurs évitables. Nous ne pouvons plus tolérer que le serment d’Hippocrate soit piétiné dans notre pays. Nous devons refuser la fatalité et reconstruire un système de santé « digne d’un peuple considérable comme nous. ]Parce que[ tout peuple est considérable ».

Prinxe Essone Mfoulou-Zé. Acteur de la Société Civile.




Assistant Edu Gabon

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