L’hôpital de Mekambo à l’abandon.

Construit en 2008, l’hôpital de Mekambo dans la province de l’Ogooué-Ivindo est aujourd’hui dans l’herbe, pourtant il est toujours en bon état. Verdoyant, cet ensemble de bâtiments chargé d’histoire semble avoir été quitté d’un seul coup. Par les fenêtres, on distingue des chaises ou du linge entreposé.

À l’horizon imaginaire du nouvel hôpital miroitait une nouvelle organisation, témoignant de la victoire de la raison gestionnaire sur les féodalités médicales, au sein d’un espace éternel, pas d’horloge publique dans la rue hospitalière de l’hôpital, et une végétation exotique ne marquant pas clairement les saisons où la maladie, la décrépitude et la mort seraient pour de bon vaincues. Propriété de l’État, ce site toujours surveillé attend une nouvelle vie depuis plus d’une décennie. Dans de larges allées, bâtiments historiques en pierre y côtoient des constructions en béton plus récentes.

En effet, la carte sanitaire gabonaise, qu’il s’agisse des cliniques privées ou des hôpitaux publics, se présente depuis une dizaine d’années comme un tissu de plus en plus mouvant, tout agité de flux, de dilatations et de rétractations, respirations et expirations, ouvertures et fermetures, fusions, transferts. Certes, un tel frémissement n’est pas spécifique aux établissements hospitaliers. Il obéit parfois à des logiques analogues à celles qu’on voit à l’œuvre depuis plus longtemps, dans les industries ou les entreprises. Mais à l’hôpital, même lorsque les restructurations en cause ne sont pas synonymes de perte d’emploi, elles engagent des affects violents dont la coloration particulière tient en partie à la singularité des métiers hospitaliers, c’est-à-dire à leur rapport spécifique aux corps et aux personnes.

Il n’est pas sûr que les décideurs, en matière de délocalisation hospitalière, mesurent toujours la nature et la profondeur de l’attachement que les personnels portent à un lieu de travail peut-être plus fortement investi que d’autres, entreprises ou usines, parce qu’y sont directement en question la vie et la mort. Non seulement l’hôpital tire sa raison d’être et sa légitimité sociale du soin donné aux personnes, mais les corps y sont dans tous leurs états, en même temps que la parole des patients comme celle des professionnels y a été longtemps et y est encore souvent cadenassée.

Mais se représenter spontanément la fermeture de l’hôpital de Mekambo comme une fermeture de porte signifiait malgré tout qu’était bien en cause la fin de quelque chose, à peu près aussi radicalement que, lors d’un prélèvement d’organes à des fins de transplantation.

Fermer l’hôpital de Mekambo, c’est ouvrir la porte à l’angoisse de mort. Angoisse d’autant plus forte que la mort, précisément, est la mauvaise fée redoutée, contre laquelle ont été établies par les hospitaliers toutes sortes de chicanes et de dénégations défensives. Aussi, dans cette restructuration, s’il y a eu des points de non-retour franchis cet hôpital a bien fermé.

Obone Flore

Journaliste

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