Le village Ekarlong dans la province de l’Ogooué-Ivindo en proie à la pollution et au travail forcé.

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Le village Ekarlong

La pollution causée par l’exploitation du charbon à Ekarlong dans la province de l’Ogooué-Ivindo est l’un des exemples les plus dérangeants de la malédiction que peuvent constituer des ressources naturelles.

En effet, la pollution du village Ekarlong a privé de nombreuses personnes de leur droit le plus élémentaire à la nourriture, l’eau et la santé. Les habitants qui vivent dans ce village boivent de l’eau polluée, font la cuisine et lavent leur linge avec cette eau. Ils mangent des poissons, quand ils ont la chance d’en attraper, contaminés par le charbon et d’autres polluants, même les terres agricoles sont détruites. Les habitants se plaignent de problèmes respiratoires, de lésions cutanées, mais leurs plaintes ne sont pas prises au sérieux. La pauvreté de ces Gabonais, contraste avec la richesse générée par le bois exploité par l’entreprise chinoise. La maladie, le manque d’hygiène, l’accès à l’eau, les difficultés des communautés à mutualiser leurs efforts, l’épuisement des terres, sont des préoccupations à prendre en compte afin de soulager les familles en leur proposant des modèles alternatifs adaptés à leur mode de vie traditionnel.  D’ailleurs, le Chef du village Ekarlong, Honorine Amvame Boubebe « Depuis que la scierie est là, on n’a encore bénéficié de rien du tout, mais au contraire c’est la souffrance. On veut juste rencontrer le dirigeant de cette entreprise, afin qu’il puisse nous venir en aide. Malheureusement pour nous, les Chinois ont la tête dure et nous considère comme du bétail. Au lieu de cela, la rivière dans laquelle on buvait l’eau, lavait le linge, a été polluée par leurs charbons de bois. On ne peut même plus pêcher et manger les poissons qui ont vu leur couleur virée au bleue et au vert. On ne peut plus donner aux enfants, aux petits bébés cette eau car il y a le risque de contracter la gale.

On n’a donc fait la proposition aux Chinois de nous installer une pompe au village. Ce qui a été fait, mais on n’y puise de l’eau qu’entre 17 h 30 et 18 h 30. On veut que les Chinois nous laissent en libre-service la pompe comme c’était le cas avec notre rivière. Par ailleurs, si quelqu’un tombe malade et s’absente de son poste de travail, son salaire sera coupé. Quelqu’un peut travailler à la scierie deux à quatre mois sans contrat, c’est tout simplement de l’exploitation ».

Les habitants d’Ekarlong sont tous pour une amélioration de leur vie. Dans cette perspective, les problèmes liés aux conditions de travail difficiles des travailleurs de la scierie sont à relier aux difficultés de la vie rurale en général, qu’il faut amoindrir si l’on veut créer un cadre de vie et de travail décent autant pour les parents que pour leurs enfants, et préserver les atouts de protection socialisante.

D’ailleurs, Joel Ndong Biyogue (habitant d’Ekarlong) affirme « Le cahier des charges a été signé. L’entreprise aujourd’hui nous donne 150 litres de gasoil. Pour les Chinois, le premier point du cahier des charges sur l’électrification a été réalisé avec l’apport des 150 litres qui électrifient le village. Concernant l’eau de notre rivière, la rivière Mbè, ils l’ont pollué et gaspillé, du désordre total. Le poisson qu’on pêchait hier devient aujourd’hui bleu alors qu’ils étaient noirs. Si les autorités ont la solution qu’elles nous aident. Concernant les conditions de travail, les Chinois torturent les villageois. Les gars ne sont pas assurés, même après un an de contrat ils restent en CDD.  Il n’y a pas de CDI dans cette scierie chinoise, on peut en compter deux ou trois. Il arrive parfois en cas d’accident du travail, que les Chinois proposent un contrat et la modique somme de 300 000 francs CFA juste pour anticiper les choses. N’ayant personne pour défendre nos droits, tu es obligé d’accepter pour nourrir la famille. Pourtant, la loi est faite pour tout le monde. Mais par-dessus tout, les Chinois n’ont que le mot production à la bouche. Paradoxalement lorsqu’on en parle, les villageois ne sont payés qu’à 5000 francs/jours, c’est la connerie. Autant dire des clopinettes ».

Le travail forcé des habitants du village Ekarlong, fait l’objet depuis quelques années d’une attention particulière de la part des médias. Le sujet, traité largement sous l’angle de l’esclavage des Gabonais et de la pollution de l’environnement, émeut la presse alertée par les organisations non gouvernementales (ONG). Mais, les efforts en termes de prévention et de répression de ces phénomènes, d’identification des victimes et d’aide en leur faveur (protection immédiate, réhabilitation, solution durable) apparaissent inefficaces puisque les habitants travaillent toujours dans la scierie.

Aussi, la destruction des moyens de subsistance, le manque de responsabilité tant des autorités gabonaises que de l’entreprise chinoise, et l’échec du gouvernement à investir pour développer cette région, tout cela nourrit la frustration qui débouche de plus en plus sur une situation de conflit.

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