Le débat de Missélé eba’a: Sans Brice Laccruche Alihanga, l’affaire semble foutue…

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Brice Laccruche Alihanga, l'ex directeur de cabinet du Chef de l'Etat.

Vouloir le pouvoir est une chose. Développer des stratégies efficaces pour le prendre en est une autre. Il est tout à fait légitime qu’un père ait de l’ambition pour son fils. Mais tout cela devrait être pensé et construit sur du très long terme. Par ailleurs, il est également légitime pour un système ou pour une population libre de refuser une conception dynastique du pouvoir, surtout en République.

Qui ne se souvient de la levée de bouclier de la classe politique française lorsqu’en octobre 2009, Nicolas Sarkozy a voulu placer son fils, Jean Sarkozy, à la tête l’epad, c’est-à-dire l’établissement public d’aménagement du quartier d’affaires de la Défense? Le garçon était en 2ème année de droit et avait à peine 23 ans. Du délit de patronyme à l’inexpérience rappelée en passant par la violation du principe d’égalité des chances, tout y est passé pour Jean Sarkozy qui a dû renoncer à l’ambition légitime que son père nourrissait pour lui.

L’histoire politique du monde est pourtant riche d’exemples et d’enseignements en ce qui est des successions de pouvoir de père en fils. Ce qui fait que, le modèle gabonais en cours pourrait être la goutte d’eau qui susciterait le rejet, non pas du système en place, mais essentiellement la galaxie Ali Bongo au sommet. On note une forte accumulation de fautes politiques qui ne rassure pas pour l’avenir et ne plaide pas pour une souscription sincère  et automatique au projet perceptible. D’où le concept l’avenir en confiance d’Ali Bongo en 2009 après le décès d’Omar Bongo.

Actuellement, les artisans reconnus comme tel pour la réalisation d’un tel projet accuse et comptabilise trop frustrations générées par des méthodes de gouvernance incompatibles avec l’esprit qui a toujours prévalu dans le système Omar Bongo. Ne dit-on pas, qui veut le foin, fais l’âne? A bien observer, c’est cet exercice difficile voire humiliant qu’Omar Bongo avait imposé à son fils Ali afin de l’épargner des morsures mortelles des réfractaires à cette ambition qu’il voulait pour lui.

En regardant ce qui se passe au sommet de l’État, Ali Bongo donne l’impression d’avoir voulu expérimenter une nouvelle manière de faire. Malheureusement, celle-ci peine à convaincre les initiés. En plus, ce type de projet qui exige la plus grande des discrétions, tend désormais à être démasquée par les profanes de l’univers politique.

Plus on approchera l’année électorale, plus les auteurs des fautes politiques constatées seront amenés à goûter à l’amertume de leurs impertinences décidées. A voir l’activisme politique de Brice Laccruche Alihanga, tout continue de laisser penser qu’il était au cœur d’une stratégie de conquête du pouvoir selon les volontés  et les orientations de son chef.

Aussi, constatant qu’il voulût changer les plans arrêtés, il aurait été judicieux (1) de le neutraliser en le mettant hors état de nuire. C’est-à-dire, ne pas le mettre en prison mais loin des fonctions et tous les privilèges possibles qui lui donnaient la posture de chef. Rappelons une réalité naturelle qui s’applique bien à la politique: “les abeilles suivent le miel et non l’arbre qui le porte”.

De plus, (2) il aurait été pertinent de maintenir les structures politiques et associatives mises en place pour les besoins de la cause. L’AJEV n’aurait pas dû disparaître. Il aurait tout simplement fallu changer le maître d’orchestre qu’était Brice Laccruche Alihanga en gardant la dynamique qui faisait en sorte que les jeunes et les femmes y adhéraient massivement. Un Yves Fernand Mamfoumbi aurait été un excellent maître de chœur. Il est jeune, dynamique, intelligent, avenant et expérimenté en la matière. La vivacité de son mouvement Renaissance parle encore pour lui.

(3) L’impétrant identifié aurait dû rester dans le cabinet de réflexion tout en demeurant l’ami du riche et du pauvre. A travers des consultations discrètes et généreuses, les anciens se seront sentis honorés et respectés. En alimentant les orphelinats et tous types d’établissements à caractère social par des gestes d’un humanisme recherché, la nouvelle méthode aurait correspondu à l’ADN d’un acteur séduisant et conquérant. Tout cela agrémenté par un parricide politique légitime bien argumenté dans les médias.

Malheureusement, il n’en n’a rien été. Tout ce qui a été servi depuis la chute de BLA rend improbable voire impossible tout projet de succession de type monarchique. Il convient de faire le bilan d’une gestion fortement guidée par les émotions.

Les Task forces mises en place ne rassurent personne. Mes détournements de fonds sont encore plus nombreux et opérés par ceux qui ne peuvent être jugés. Comprendra qui pourra. Les arrestations de hauts cadres de la République ne rassurent personne. Qui peut comprendre pourquoi le scandale Elf, le plus important que la France ait eu n’a fait qu’un seul prisonnier, Loik le Floch Prigent? Le principe  de la chaîne d’union est l’âme même d’un système comme celui qui gouverne le Gabon.

Les humiliations de hauts fonctionnaires et des dignitaires de la République ne rassurent personne. Celui qui insulte un père n’a pas de limites. Aujourd’hui c’est le père des autres, demain et si c’était le mien? La brimade subie par ceux qui savent et qui ont participé au maintien du président de la République au sommet de l’État ne rassurent personne. N’est-ce  pas un vibrant hommage rendu à l’ingratitude et à la méchanceté gratuite? Beaucoup n’en veulent pas.

Maintenant avec autant de tares politiques accumulées, on compte faire avec qui? Comment et où? Au lieu de se faire apprécier par l’opinion publique et la majorité des acteurs qui compte, c’est plutôt la déception et la répulsion qui ont été suscitées et entretenues. Bien évidemment qu’on ne peut que tomber dans l’état d’esprit qui avait poussé le général De Gaulle à s’exclamer devant le général Massu à Baden Baden:” Tout est foutu, Massu”. Par conséquent, il faut savoir quitter la merde avant d’y être englouti. En toute chose, faisons attention à l’état d’esprit qu’on construit.

Si le clan Ali Bongo devait se lancer à la recherche de ceux qui ont fait échouer la mise en place de son ambition politique familiale légitime, il constatera en toute objectivité que, pas plus que BLA, se sont tous ceux qui ont favorisé à construire une image négative et répulsive de son héritier politique qui l’ont sérieusement boycotté.

Près de deux ans au sommet de l’État, quel est l’état de son image sur la plan national, international et familial? Quel est son bilan visible selon le mode de gouvernance que nous connaissons? Quel est son dispositif politique pouvant rivaliser avec les dynamiques politiques existantes? Quel est son discours politique et social? Quand a-t-il pris la parole pour convaincre ou séduire l’opinion publique? Combien de hauts cadres a-t-il personnellement placé dans la haute administration et dont les actes parleront pour son ambition?

Perdre sa virginité politique sans en tirer le moindre bénéfice est tout simplement mortel. Les principaux coupables sont à ses côtés. De ce pas, qu’on ne cherche pas les vrais ennemis du clan. BLA avait su faire manger le PDG dans sa main. Ce qui est compliqué ou improbable aujourd’hui. BLA avait su créer une dynamique avec des hommes identifiables. Ce qui est inexistant aujourd’hui. BLA avait su pénétrer les quartiers populaires. Ce qui n’est pas le cas de ceux qui disent nourrir l’ambition du chef de l’État. BLA avait su mobiliser autour de lui des acteurs politiques divers, des citoyens de toute catégorie et des différents genres d’hommes d’affaires. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. BLA avait su travailler en bonne intelligence avec les médias nationaux et internationaux. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui pour ceux qui disent alimenter une ambition politique. BLA avait su attirer le regard de l’extérieur. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Finalement à quoi ont-ils servi si ce n’est faire échouer un projet longuement mûri par le clan d’Ali Bongo? Précisons que lors des accords d’Angondjé, l’âge pour être candidat à l’élection présidentielle avait été ramené à 18 ans. Si certains n’avaient pas compris le sens d’une telle modification, alors il faut laisser le débat politique aux hommes avertis.

L’affaire semble compliquée pour ne pas dire foutue.

Par Télesphore Obame Ngomo

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