Le débat de Missélé eba’a: Qui dirige le Gabon?

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Ali Bongo Ondimba n'est plus que l'ombre de lui-même

En parcourant les différentes présidences de la République française, on retrouve des noms et des visages qui incarnent le pouvoir de leur premier responsable. C’est ainsi que, sous le général de Gaulle, on pouvait compter parmi les acteurs politiques en vogue, des anciens résistants qui avaient accompagné l’homme du 18 juin dans son ambition de libérer la France.

Michel Debré, Jacques Foccart, Alain Peyrefitte, Pierre Guillaumat, André Malraux, Antoine Pinay étaient comptés parmi ceux qui constituaient le noyau dur du pouvoir de De Gaulle.

Sous Georges Pompidou, ce sont  les figures de Marie France Garaud, Pierre Juillet, Pierre Messmer, Jacques Chirac et Edouard Balladur qui ont fortement impacté et incarné le pouvoir du successeur du grand général. Par leur présence et leurs actions durant la période de maladie du président de la République, nul n’a d’ailleurs ressenti son absence. Mieux, ils ont même réussi à conditionner et à déterminer la suite des événements ayant favorisé l’accession de Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée.

Pour conquérir le pouvoir et le renforcer, François Mitterrand s’était appuyé sur tous les cercles d’amitié et de réflexion qui gravitaient autour de lui depuis 1965 quand déjà, pour la première fois, il était candidat à l’élection présidentielle face à De Gaulle qu’il parvint à mettre en ballottage. On pouvait nommer, Pierre Joxe, Edith Cresson, Pierre Mauroy, Pierre Bérégovoy, Jean Louis Bianco, Jacques Attali, Robert Badinter, Roland Dumas, Claude Estier, André Rousselet, François de Grossouvre et bien d’autres.

Ce même exercice historique peut être fait pour tous les autres présidents qui les ont succédé, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande ou Emmanuel Macron. La démarche de conquête du pouvoir demeure quasiment la même: un homme, des idées, des compagnons, une stratégie politique et des moyens financiers.

Ali Bongo Ondimba, dans son ambition légitime de conquête du pouvoir présidentiel, avait développé le même mécanisme. Un homme, lui-même. Des idées et des hommes, inclus dans l’appellation “Les rénovateurs “. Une stratégie politique, celle de bousculer les caciques, trop bien enracinés dans les arcanes du pouvoir. Des moyens financiers, bien heureusement, ils étaient quasi illimités, Omar Bongo était là pour réaliser cette ambition que lui-même nourrissait pour son fils.

Malheureusement, le péché originel du président Ali Bongo Ondimba, une fois l’objectif commun atteint, fut celui de s’isoler en marginalisant ou en écartant des sphères décisionnelles du pays ceux qui avaient durement cheminé avec lui. Il préféra les services et les conseils de vendeurs d’illusions qui n’ont pas hésité à se terrer aux premiers soubresauts politiques apparus en 2016 notamment. La conséquence immédiate de cette posture politique extraordinaire et suicidaire a été l’instabilité permanente de son pouvoir. Et ce, jusqu’à ce jour. Celle-ci s’est empirée avec la crise économique et sanitaire, en plus de son AVC.

Cette maladresse politique aux allures de fautes a eu ceci de positif est qu’il a contribué à renforcer le pouvoir et la place des derniers dinosaures du pouvoir d’Omar Bongo Ondimba. Ces derniers incarnent, plus que jamais, grâce à leur expérience, la sécurité et dans une outre mesure, la stabilité du régime. Aussi, à bien regarder, ceux qui occupent la plupart des institutions de notre pays appartiennent à l’écurie ou à l’école d’Omar Bongo Ondimba.

Faustin Boukoubi à l’assemblée nationale, Lucie Milebou-Aubusson épouse Mboutsou au Sénat. Rappelons que cette dernière y jouait déjà un rôle important sous l’ère Omar Bongo Ondimba. Marie Madeleine Mborantsuo épouse Mombo, à la cour constitutionnelle. René Ndemezo’Obiang au Conseil Économique Social et environnemental. Eric Dodo Bounguendza du PDG surfait déjà dans les couloirs du pouvoir sous Omar Bongo. René Aboghe Ella à la cour des comptes y était déjà durant le règne de l’ancien président. Brice Clotaire Oligui Nguema à la garde républicaine.

C’est dire que ceux qui dirigent le Gabon actuellement répondent encore bien de l’ADN ou de l’état d’esprit du grand maître parti. Aussi, ils ne peuvent se plaire et s’épanouir dans l’état d’esprit malsain pour la stabilité de notre pays que les collégiens du bord de mer et les apprentis sorciers politicards du gouvernement tentent de faire régner.

D’ailleurs, à bien observer la composition de l’actuel exécutif, on se demande, qui répond d’Ali Bongo Ondimba, en dehors de Michael Moussa et le demi directeur de cabinet, désormais symbole de la légion étrangère bien qu’en miniature?  Très peu peuvent prétendre d’une quelconque proximité avec le président de la République avant et peut-être même après son AVC.

Autrement dit,  plus de 70%  des ministres OVNI du gouvernement d’Édith Cresson du Gabon ne sont ni des compagnons politiques d’Ali Bongo, ni des gens avec qui il aurait déjà eu à échanger avant leur nomination au gouvernement ou avant son AVC à Ryad.

Au regard de ces réalités énoncées vérifiables par tous, c’est bien parmi ceux qui gardent les codes de gouvernance, selon Omar Bongo Ondimba, que la succession sera assurée. Plus de 10 ans après sa mort, Omar Bongo Ondimba reprend bien la main et continue de diriger le Gabon. Quoi de plus rassurant pour s’éviter une nouvelle erreur de casting? Seuls des acteurs expérimentés et porteur d’un bilan, selon la gouvernance d’Omar Bongo Ondimba, pourront prétendre à la succession.

La présidence de la République n’est pas une crèche ou un collège pour adolescents rêveurs.

Par Télesphore Obame Ngomo

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