Le débat de Missélé eba’a: Madame le juge les irresponsables sont là et en forme…

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Une vue du tribunal de Libreville au Gabon.

Faire dire ou lire à un chef d’État certains mots qui peuvent choquer une partie de l’opinion n’est pas nouveau. Lors du sommet France-Afrique de juin 1990 qui se tenait à la Baule, l’écrivain Erik Orsenna qui avait été chargé de préparer le discours du président François Mitterrand avait profité pour y introduire des notions qui choquèrent les chefs d’état africains présents. C’est ainsi que des mots comme démocratie, liberté d’expression, droits de l’homme furent prononcés et donnèrent le las sur la vague de démocratisation qui s’en est suivie.

Dans notre pays, alors que la problématique du covid-19, version copil gouvernemental, ne cesse d’asphyxier l’économie et de paupériser encore un peu plus la majorité des gabonais, au lieu de surseoir aux détournements des fonds alloués à l’État pour lutter contre cette pandémie et d’arrêter de manipuler l’opinion publique, les collégiens du bord de mer ont préféré mettre dans la bouche du président de la République, lors de son discours  de vœux à la nation, un vocabulaire sulfureux, agressif et méchant à l’endroit des enseignants et des cadres des régies financières en les traitant d’irresponsables.

De ce qu’on sait, un irresponsable est quelqu’un qui se conduit sans assumer de responsabilités, sans envisager les conséquences des actes posés. Cette définition semble parfaitement convenir à l’attitude de certains collaborateurs et proches du président de la République qui simulent des maladies, en l’occurrence des AVC, pour ne pas aller répondre des actes qu’ils ont eu à poser.

En effet, l’opinion publique a suivi des déclarations ici et là qui faisaient état de la situation sanitaire critique d’un collaborateur du président de la République. Il n’en est rien en réalité. Certains collabos ont tout simplement compris que le vent a tourné et que l’heure des comptes à sonner. Le dossier des frères Laccruche Alihanga commence à faire des vagues au sein de la classe politique française. Il pourrait même devenir une question au cœur de la campagne présidentielle à venir en France.

Aussi, pour ne pas se trouver accabler par un quelconque vide juridique, il a d’abord été question de légiférer sur cette problématique qui voudrait que les ressortissants français incarcérés à l’étranger soient mieux accompagnés par l’État français. Autrement  dit, une nouvelle loi portée par le député Pierre-Alain Raphan de la majorité présidentielle a été votée pour venir en aide aux français détenus à l’étranger. Par conséquent, la justice française ne pourra plus ignorer les avis émis par le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire.

Dans le cas de Brice Laccruche Alihanga qui est un binational, le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire avait estimé que, au regard des éléments disponibles et fournis par les différentes parties, rien ne justifiait son arrestation et sa détention. Le Gabon qui est pourtant membre non permanent du conseil de sécurité de l’ONU n’a pas daigné reconsidérer sa position sur la question. N’étant plus dans la République héritée de Léon Mba et Omar Bongo Ondimba, mais dans la République des émotions, l’avis du groupe de travail de l’ONU a été complètement ignoré.

Voilà que des mois après, le juge français a décidé d’entendre tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cette parodie de justice. Des convocations ont commencé à pleuvoir sur les pétainistes de Libreville. Comme Pierre Laval, le chef du gouvernement du régime de Vichy, certains inventent déjà des maladies et autres stratagèmes pour ne pas être confronté au visage hideux de leur méchanceté et leur petitesse d’esprit. Qui finalement n’assume pas ses actes? Qui sont maintenant les vrais irresponsables?

Madame la juge, en dehors d’Ali Bongo Ondimba qui a été frappé par un AVC en octobre 2018, aucun nouveau cas d’AVC n’a été enregistré autour de lui. Que chacun vienne répondre de ses actes. Il n’y aura pas un deuxième René Bousquet, le quasi ministre de l’intérieur de Pétain, qui avait su passer entre les mailles du filet lors du procès du régime de Vichy.

Les enfants des autres ne sont pas des animaux. Brice Laccruche Alihanga ne peut pas avoir été arrêté pour détournement de fonds publics, sans qu’on ne nous en donne la preuve vérifiable, pour ensuite être jugé et condamné pour une affaire de faux papiers. C’est de l’irresponsabilité caractérisée. Certains juges gabonais n’ont pas honoré leur serment et ont bradé leur indépendance. Il convient de leurs rappeler que les juges zélés et véreux du régime de Vichy ont tous connu une triste fin. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Pour que nul n’ignore, fin novembre 2019, nous disions dans un article intitulé “Attention à la vacance du pouvoir” que cette manière de traiter le cas d’un ancien directeur de cabinet du président de la République est juste suicidaire. L’exemple de l’affaire Elf avait longuement été repris afin de comprendre le grand danger qui pèserait sur le régime d’Ali Bongo si certains ne faisaient pas appel à la sagesse ou à la raison d’état.  Maintenant que le juge français ordonne de venir expliquer la détention arbitraire des frères Laccruche Alihanga, pourquoi encore fuir si les actes posés sont légitimes et justifiables? Finie l’heure des petits arrangements et l’exploitation des informations choisies selon la tête du client. Ainsi s’exprime la justice spirituelle: le temps qui est l’autre nom du divin.

La fin de cette imposture indigeste est désormais en cours. Après le scandale des détournements de fonds publics alloués à l’État pour lutter contre le covid-19, voici le rebondissement de l’affaire Brice Laccruche Alihanga. Ces deux fers au feu appellent d’autres scandales de plusieurs genres. Quid des valises d’argent en devises étrangères, euros et livre sterling, et des kilos d’or arrêtés en Côte d’ivoire, en provenance du Bénin?

Chacun récoltera ce qu’il a semé. C’est tout.

Par Télesphore Obame Ngomo

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