Le débat de Missélé eba’a: Le pouvoir d’Ali Bongo se fissure davantage.

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La Présidence de la République
Les événements graves de cette saison sèche n’ont pas fini de pleuvoir, de fissurer et de fragiliser encore un peu plus le pouvoir d’Ali Bongo Ondimba.
En effet, les changements brusques réalisés au sein du parti démocratique gabonais (PDG) où le directoire nommé ne bénéficie d’aucune légitimité et notoriété, selon l’esprit même qui guide cette mouvance politique depuis sa création, ne peut que justifier les craintes de nombreux observateurs et cadres de ce parti politique à un an de l’élection présidentielle.
Le nouveau secrétaire général du PDG, Steeve Nzegho Dieko, reste un grand inconnu du landerneau politique de façon générale. Or, à ce niveau de responsabilité, il convient d’avoir fait ses classes et d’avoir de l’épaisseur. La question électorale dans notre pays, souvent très sensible, commande expérience et sagesse. Pour l’heure, l’historique du nouveau secrétaire général du PDG ne prêche nullement pour sa paroisse. A un an de l’élection présidentielle, ce choix peut être considéré comme du suicide politique programmé ou de la grande irresponsabilité.
Après ce constat fait, traduisant une fragilité certaine du parti d’Omar Bongo Ondimba, on tombe sur les errements du gouvernement transparent d’Édith Cresson du Gabon. Si au niveau des réalisations annoncées lors de sa déclaration de politique générale, le bilan n’appelle aucun commentaire car il est inexistant, au niveau du management humain, c’est la véritable cour du roi Pétaud. Les récentes révélations graves faites par Alain Claude Bilié by Nzé ont fini de faire la démonstration de la chienlit qui règne au sein de cette équipe sans leader.
Les cercles du pouvoir ayant plusieurs portes, voici que dans la franc-maçonnerie, l’installation de Maixent Accrombessi dans sa nouvelle fonction qui est celle de gérer les hauts grades, ne pourra que susciter des remous voire une scission du même genre Héritage et Modernité contre le Mogabo.
En offrant cette place à son ancien directeur de cabinet, très contesté depuis toujours et comparé à Raspoutine de Russie, le grand maître de la grande loge du Gabon et chef de l’État, Ali Bongo Ondimba, vient une fois de trop de frustrer tous ceux qui, dans le pouvoir, ont toujours oeuvré avec loyauté et fidélité pour son maintien sur le fauteuil présidentiel. Or, en ramenant Maixent Accrombessi à ce niveau du pouvoir, nombreux sont conscients de l’influence que ce dernier aura et craignent que le retour de la légion étrangère au sommet de l’État n’entraîne son isolement et par voie de fait, sa chute.
D’ailleurs à ce sujet, il faut dire que dans les éléments qui avaient justifié son sursis au sommet de l’État en 2016, il y avait l’accident vasculaire cérébral hémorragique de Maixent Accrombessi. En effet, la présence et l’hégémonie du chef de file de la légion étrangère durant le premier septennat agaçait de nombreux cadres du pouvoir en place. Aussi, ils appelaient à jeter l’eau du bain avec le bébé qui s’y trouvait. Mais dès l’instant où celui qui était accusé de toutes les dérives d’Ali Bongo avait fait cet accident cérébral, nombreux avaient alors opté pour sauver le soldat Ali Bongo, désormais éloigné des griffes mystificatrices de Raspoutine. Cependant, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est clair qu’Ali Bongo pourrait ne pas se tirer d’affaire une seconde fois avec un Maixent Accrombessi à ses côtés.
A peine cet élément amer fut récemment servi à l’opinion publique que les fraîches révélations de Patrichi Tanassa n’offrent aucun répit à la famille présidentielle en vacances en Corée. Selon l’ancien directeur général de Gabon Oil Company (GOC), les détournements dont il est accusé auraient été effectués avec la complicité de la première dame, Sylvia Bongo Ondimba et son fils, Noureddine Bongo Valentin.
Patrichi Tanassa dit avoir payé des prestations des cabinets divers sur ordre de l’épouse du président de la République dont Africa Practice qui a géré la communication présidentielle au début du premier septennat. Ce type de révélations graves met la justice gabonaise face à ses réalités et ses responsabilités. Elle ne peut pas dire qu’elle n’a rien entendu et que l’opinion publique fera régner le silence.
Autrement dit, Sylvia Bongo Ondimba et son fils aîné qui ne bénéficient d’aucune immunité devraient faire valoir leurs droits en répondant à ces accusations de détournements de fonds publics et organisation de malfrats en bande organisée. Les cabinets privés et internationaux qui ont été cités devront être convoqués et peut être condamnés pour complicité de détournements de fonds publics ou de recel.
Cette situation qui n’honore nullement la République dans ses symboles justifie bien le fait que nous rappelions jadis aux différents acteurs à la manœuvre des arrestations tout azimut dans notre pays la notion de “raison d’état”. Aussi, nous demandions la libération de ces cadres qui ont vu la nudité de la République selon la gouvernance en présence.
Maintenant que la femme du président de la République a été citée dans une affaire aussi sulfureuse et puante, que va faire la justice si ce n’est appliquer le droit et la loi? A ce stade des choses et à un an de l’élection présidentielle, il faut arrêter ce feuilleton à cet épisode. Il pourrait tirer en longueur et discréditer toute forme d’ambition injustifiée en gestation. Et là encore ce n’est que Patrichi Tanassa qui aurait parlé. Qu’en sera-t-il des révélations de Brice Laccruche Alihanga? Que la sagesse règne.
Dans le même ordre d’idées, on peut profiter de cette occasion pour se demander si le retour de Maixent Accrombessi aux premières loges du pouvoir vise l’accalmie ou la chienlit? En d’autres termes, son retour aux affaires à ce très haut niveau vise t-il un foisonnement de Patrichi Tanassa ou à tenter de sauver le régime d’Ali Bongo en grande difficulté?
Par les temps qui courent, la sagesse commande de libérer ces gens qui ont commencé à parler malgré les tortures subies. C’est dire que psychologiquement ils sont prêts à vivre le pire. Dans ce bras de fer, les véritables perdants seront tous ceux qui seront cités et qui n’auront pas encore connu les horreurs de la prison. Une chose reste certaine, les dégâts révélés peuvent être plus nocifs si l’hémorragie n’est pas arrêtée maintenant.
Au-delà de ces informations d’un niveau explosif, on note une radicalisation dangereuse chez ces compatriotes détenus et torturés depuis près de trois ans. Le terrorisme dont nous entendons parler à longueur de journée n’est rien d’autre que cette attitude de gens qui sont devenus radicaux face à ce qu’ils considèrent comme injuste et anormal. Faut-il rappeler que le printemps arabe avait commencé par l’expression d’un homme radicalisé, Mohamed Bouazizi en Tunisie, qui s’était immolé par le feu?
Le sénateur français, Claude Malhuret, dans un discours au sénat sur la question des gilets jaunes rappelait au gouvernement que ” taguer l’arc de triomphe, casser ses bas-reliefs, c’est comme donner une gifle à sa mère. Car, ce monument fait partie de l’histoire de la France”. En août 2016, l’assemblée nationale de notre pays avait été brûlée. C’est comme avoir mis le feu dans la cuisine de sa mère.
En janvier 2020, Patrick Eyeghe, un paisible citoyen gabonais a été lynché à mort par d’autres gabonais. C’est dire le niveau de radicalisation atteint par notre population excédée par les injustices. Aussi, elle décida de se faire sa propre justice quitte à tuer des innocents. Qu’en sera-t-il en 2023 si l’élection présidentielle se passe dans de mauvaises conditions? Des gabonais pourront en tuer d’autres. Prenons garde…
En octobre 2020, l’église catholique du Gabon, la première confession religieuse du pays en terme de fidèles, a dû sortir son crucifix pour affronter les démons du pouvoir qui voulaient, pour des raisons fallacieuses liées au covid-19, l’empêcher de poursuivre son ministère d’évangélisation. Une confrontation directe entre les forces de l’ordre aux ordres et les chrétiens dont des évêques, bergers de l’église, s’est faite à plusieurs endroits du pays. L’histoire retiendra que cette situation a froissé voire brisé la connivence souvent décriée entre l’église catholique et le pouvoir politique. Les temps ont véritablement changé.
En février 2021, le mouvement des casseroles dans notre pays a enregistré un fort succès. De façon spontanée et pacifique, des gabonais manifestaient chaque soir à 20h pour exprimer leur ras le bol quant à la vie chère et à la mauvaise gouvernance qui infeste leur quotidien. Le plus grand danger résidait dans le fait qu’il n’était plus question de coloration politique ou ethnique. C’était là la preuve que l’exaspération semblait avoir atteint son comble. Et si l’histoire se répétait en 2023 dans le contexte électoral chaud que nous avons déjà connu?
De même la paix se construit, de même le chaos se façonne. La lecture de ces diverses situations citées nous fait dire que, pour l’avenir, notamment les prochaines échéances électorales, le pire est à craindre. Toutes les conditions ont été construites pour justifier une explosion dans le pays. Les nombreuses injustices constatées font que la chienlit ne peut que s’installer. On ne peut jeter les enfants des autres en prison quand les vrais responsables ou leurs complices usent et abusent de leur statut pour échapper à la justice. Attention à l’overdose, nous ne sommes plus loin.
Avec tous ces éléments accablants pour la survie du pouvoir en place, accouplés aux choix hasardeux engagés dont l’adhésion du Gabon au Commonwealth et le soutien du pouvoir d’Ali Bongo à la la Russie lors de ses votes au conseil de sécurité de l’ONU, nul doute que les chances du président de la République, fragilisé par la maladie, de se maintenir au sommet de l’État s’amoindrissent de jour en jour.
Il est certain qu’à un moment donné, Ali Bongo Ondimba pourra tenter un revirement à 180 degrés en revenant aux fondamentaux et en rappelant à la dernière minute ceux qui savent faire ou dire. Malheureusement, comme dans le film Titanic, il sera trop tard pour éviter l’obstacle fatal. La gestion du pouvoir répond à des codes bien spécifiques. La légion étrangère durant le premier septennat et les collégiens du bord de mer, bien que devenus silencieux du fait de leurs turpitudes, continuent de faire exploser les mécanismes de conservation du pouvoir. De jour en jour on note les fissures qui pleuvent dans le pouvoir d’Ali Bongo Ondimba. Le chant du cygne est déjà entendu par les initiés.
Sauvons encore ce qui peut l’être.
Par Télesphore Obame Ngomo

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