La diaspora africaine comme moteur du développement du continent.

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La notion de « diaspora africaine » illustre l’idée que des peuples africains ou d’origine africaine ont, à différentes périodes, de gré ou de force, migré vers d’autres continents (Europe, Amériques, Asie) et s’y sont établis. Cette notion sous-entend l’idée d’un lieu commun de départ, qui est l’Afrique. La notion de diaspora, classiquement employée pour désigner la diaspora juive ou la diaspora chinoise, a été employée pour qualifier les descendants d’Africains.

Le terme diaspora dérive du grec et a été éminemment utilisé pour faire référence à la dispersion des Juifs de Palestine après la captivité babylonienne. Son étymologie en grec, du mot diaspeirein, suggère l’idée d’une dispersion. Elle en est venue à signifier la dispersion de tout groupe de gens en dehors de sa mère patrie. Il est donc possible de parler d’une diaspora africaine dans un contexte large, qui est un contexte continental, ou d’une diaspora au sens national, telle que la diaspora gabonaise en France.

L’évocation de la place de la diaspora dans le processus de développement économique en Afrique suscite à la fois appréhension et engouement. La question de fond se pose en ces termes : comment la diaspora peut-elle contribuer aux efforts de développement et d’intégration sur le continent africain ?

Une première difficulté c’est d’identifier ces « diasporas » dont les frontières de leur présence en Europe recoupent souvent celles de l’histoire. Selon certaines statistiques, l’Europe accueille environ 8 millions d’africains [dont 3-5 millions en France, 2 millions au Royaume-Uni et 337 000 en Italie] (sur 30 millions de migrants dans le monde) ayant différents profils (diplômés, créateurs de richesses, start up, ouvriers, entrepreneurs, formateurs etc).

L’apport de cette diaspora est donc considérable tant dans le transfert des compétences de ses membres que la mise à disposition temporaire de ses experts. Renforcer la mobilisation des ressources financières de la diaspora pour participer au développement demeure une véritable préoccupation.

Selon l’African Institute for Remittances (AIR), la diaspora africaine a transféré près de 65 milliards de dollars vers l’Afrique en 2017. Cette somme représente plus du double de l’aide publique au développement pour l’Afrique, estimée à 29 milliards en 2017.

La diaspora est reconnue aujourd’hui comme un investisseur incontournable pour l’Afrique mais aussi comme créatrice d’entreprises et de richesses avec des intérêts sur les deux continents. Une priorité consiste à la mise en place de ce circuit financier fiable pour la collecte de l’épargne des membres de la diaspora (exemple des transferts en 2017 : 20 milliards pour l’Egypte et 22 milliards pour le Nigeria) et sa valorisation dans les petites et moyennes entreprises en Afrique, afin de favoriser la croissance, facteur de lutte contre le chômage.

Les défis de développement devront également faire face au déficit d’information, aux coûts des transferts des fonds (estimés à plus de 7% et loin de l’objectif des 3% fixé par l’Union Africaine) et la construction d’un réseau local afin de contribuer à une intégration réussie des membres de la diaspora qui décident de retourner au pays.

Dans l’imaginaire des jeunes diplômés de la diaspora, l’Afrique s’installe donc, parée de ses taux de croissance alléchants, et de l’idée que ce continent a besoin de bras et de cerveaux. Rien de béat dans tout ça puisque chaque recruté est conscient que tout n’est pas pour autant idyllique et que leur arrivée nécessitera un vrai temps d’adaptation. S’il reste difficile de mesurer l’ampleur du phénomène des retours, il est bien réel.

En 2006, l’Union africaine (UA) décide d’ériger la diaspora africaine en sixième région du continent, au même titre que l’Afrique australe, l’Afrique centrale, l’Afrique du Nord, l’Afrique orientale et l’Afrique de l’Ouest. La diaspora africaine est constituée des personnes d’origine africaine vivant hors du continent désireuses de contribuer au développement et à la construction de l’Union africaine, quelles que soient leur citoyenneté et leurs nationalités.

Ainsi définie, la diaspora africaine intègre très clairement les fils et filles d’Africains déportés hors du continent par l’esclavage, soit, d’après les chiffres avancés par la Commission de l’Union africaine : 112,65 millions de personnes en Amérique latine, 39,16 millions en Amérique du Nord, 13,65 millions aux Caraïbes et 3,51 millions en Europe. A part quelques tentatives éphémères et inabouties, cette immense diaspora n’a jamais réussi à s’organiser pour siéger dans son fauteuil de sixième région.

Derrière cet échec à se fédérer se cache en réalité l’ambiguïté des rapports entre les diasporas africaines et leur pays d’origine. Les Etats africains doivent, sans doute, d’abord commencer par reconnaître à leurs ressortissants de la diaspora les mêmes droits que ceux qui vivent au pays. C’est plus faisable et plus concret que l’hypothétique programme de consacrer la diaspora en sixième région du continent.

Il faut pallier la faible implication des diasporas dans la conception et la mise en œuvre des politiques de développement. Ensuite, il est important de combattre la stigmatisation de la migration et des Africains vivant en Europe. Sur le Vieux Continent, beaucoup de personnes confondent les réfugiés, les migrants économiques, les personnes venues faire leurs études en Europe et ceux qui travaillent dans leurs pays d’accueil comme experts. En tant qu’acteurs de développement, les diasporas ont un énorme potentiel inexploité en matière de création d’emplois et de renforcement de capacités, en matière d’entrepreneuriat aussi, de financement du développement, de transfert de connaissances, de compétences et de technologies. Il faut associer les diasporas à la recherche des solutions durables. Il est donc primordial de créer des outils pour mettre en place des synergies et mener un dialogue structuré avec les partenaires de développement dans les pays d’accueil et dans les pays d’origine.

Beaucoup de personnes de la diaspora veulent lancer des projets de développement durable dans leur pays d’origine, mais il n’y a pas assez d’instruments pour faciliter cette contribution. Il faut accompagner ceux qui veulent repartir en les aidants à se connecter aux écosystèmes locaux, pour investir, joindre une entreprise ou une administration, etc.

Les diasporas connaissent les cultures et les contextes sociaux de leur pays d’origine. Elles maîtrisent également plusieurs compétences obtenues en Europe. Elles peuvent participer de façon constructive au dialogue et à l’élaboration de politiques de développement.

Il serait judicieux de créer une base de données d’experts de la diaspora africaine qui servira de ressource centralisée pour différents projets de développement. Des personnes qualifiées, où qu’elles soient, pourront ainsi participer au renforcement de capacités des institutions publiques, des entreprises, des hôpitaux, des industries, des écoles et des universités, etc. En Afrique, les entrepreneurs issus de la diaspora développent des solutions innovantes adaptées aux besoins des populations. De nombreuses start-up innovantes émergent dans la diaspora pour créer des solutions qui améliorent le niveau de vie des populations et les rapprochent des services publics (santé, éducation, énergie, transport).

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