Journée mondiale de la liberté de la presse : des mesures pour assurer la viabilité des médias d’information.

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Désiré ENAME, Journaliste Echos du Nord

Le Gabon a célébré ce lundi, la journée mondiale de la liberté de la presse.  Lors de cette journée, les hommes des médias ont exhumé les problèmes inhérents à la profession  et à son environnement. Désiré Ename, le Directeur de publication du journal Echos du nord s’est penché sur les questions liées au cadre économique et environnemental  de la presse au Gabon.

INTRODUCTION : Notre sujet recoupe divers aspects : le cadre économique, légal, et  L’environnement de la presse. Je me suis permis de m’attarder beaucoup plus sur le cadre  Économique et n’évoquer les autres aspects que succinctement.

Anecdote vécue aux USA (Nashville)

Cette anecdote pour montrer que si à ses débuts la presse à travers le monde, notamment aux Etats-Unis où on enregistre les premiers journaux, en France et ailleurs en Europe, la presse n’a pas la fonction commerciale qu’on lui connaît aujourd’hui (Elle est destinée à des batailles du moment Ex Le journal Le Monde), les choses ont évolué depuis lors.

Les médias au-delà de leur vocation d’information, sont également des entreprises qui emploient et sont voués à faire des bénéfices et donc à être rentables.

Par conséquent les médias reposent sur un modèle économique. Que ce soit la presse écrite, l’audio-visuel (Radio ou TV) ou les médias en ligne (WebTV-édition en ligne), le modèle est identique.

Dans la presse écrite ce modèle repose sur le triptyque : éditeur/lecteur/annonceur.

En quoi se résume-t-il ?

L’éditeur offre un produit papier,

Dans l’audio-visuel : le directeur présente un format de programme, le tout destiné à un consommateur qu’on désigne par lecteur ou téléspectateur.

En réalité, que vend l’éditeur ou le producteur ? De l’espace dans ses colonnes ? NON.

Il vend un public aux annonceurs. L’espace en soit ne veut rien dire ce n’est pas ce qui intéresse l’annonceur.  Ce dernier est intéressé par la force de pénétration d’un média dans un public. Plus l’on a  des lecteurs ou de l’audimat, mieux cela intéresse l’annonceur.  Un journal qui a une forte circulation est censé retenir l’attention de l’annonceur vu que son public est large.

A nuancer : la quantité de journaux imprimés et la circulation.

(10 000 ex= Tx de circulation de 50000 lecteurs en moyenne. Aujourd’hui ce taux est multiplié par 2 à cause de la vitesse de distribution dans les réseaux sociaux).

Voici pourquoi dans d’autres pays ce modèle économique est partie intégrante de l’activité  productrice vu sa contribution au PIB.

I- De quoi vit la presse au Gabon ?  (Commencer par une question au public)

Quel est selon vous le taux d’investissement publicitaire dans les médias au Gabon ?

J’entends tous médias confondus (Donnez un chiffre). 20%, 30% … ?

Ce tx ne dépasse pas 2%. Le gros de la pub passe sur ce qui reste du réseau d’Affichage (JC DECAUX) et à GabonTV ; ensuite à L’Union, et une infime partie dans deux journaux en ligne Gabonreview et GMT.

Le reste des médias survit quand bien même ils remplissent les critères qui, sous d’autres cieux, attireraient des annonceurs chez eux.  La presse écrite, en dehors de l’Union, tire sa ressource financière principalement de la commercialisation par le réseau de distribution. Autrement dit de la vente au numéro.

II- Les écueils

En cause plusieurs facteurs :

La nature du tissu économique, constitué en grandes parties d’entreprises en position de monopoles.

Dans la plupart des pays, après la mise au ban des compagnies de Tabac sur le circuit publicitaire, les plus grands annonceurs sont :

L’industrie alimentaire ;

Les cosmétiques,

L’industrie textile,

La haute couture,

La haute horlogerie,

La haute maroquinerie,

L’industrie automobile et ses chaînes ;

Les produits des brasseries (Bières, sodas etc).

Même si ces annonceurs sont fonction d’un marché donné, il subsiste des déclinaisons de  ces produits sur le marché gabonais. Toyota, Nissan, Peugeot, Caterpillar vendent chez  nous ; Géant Casino, le groupe agroalimentaire CECA-GADIS sont installés et ont des parts de marché considérables etc. SOBRAGA pour les brasseries et les grandes marques de soda.

Ces groupes communiquent pourtant. Mais leurs positions de quasi-monopole ne les y contraigne pas  Une société comme SOBRAGA est la seule brasserie au Gabon, et donc elle n’a pas de concurrents. On en dira autant de CECA-GADIS ou de Géant Casino.

Le secteur bancaire, réellement concurrentiel, ne communique que sur l’audiovisuel public, et de temps à autre dans le seul quotidien ; et en grande partie sur les réseaux d’affichage.

La nature du tissu économique réduit les potentiels annonceurs à une infime quantité ;  La catégorisation des médias et leur positionnement ;  Une presse est dite proche du Gouvernement (Audiovisuel public et l’Union)

Une autre est dite de l’opposition (Lever l’équivoque) Après la mort des grands partis de  l’opposition, les médias de ces partis politiques ont disparu.

A l’heure où nous sommes, les médias de l’opposition n’existent plus.

Or cette catégorisation est à l’origine de l’ostracisme de ces organes, pourtant  performants, par les gros annonceurs. La réalité est la peur d’être perçu comme un  soutien de l’opposition là où il n’y a rien de l’opposition.

Aucun de nos organes n’émarge dans un parti de l’opposition. Une presse par essence est d’opposition, en ce sens qu’elle est un contre-pouvoir. La nature du pouvoir gabonais. On guette à la loupe qui s’en approchera pour la soutenir.  C’est le couperet qui tomberait.

III- Quelles perspectives

Mon propos va paraître ambivalent. Il n’y aura pas de recette miracle. En même temps  qu’il n’y a pas de fatalité.  Dans ce contexte-ci la clé pour la survie de la presse reste l’Etat. Dans cet ordre, la  subvention est à la fois une nécessité et une obligation.  Nécessité parce qu’on ne peut pas laisser un secteur entier disparaître qui plus peut  accroître son potentiel en matière d’emplois et surtout qui est le témoin de notre  démocratie en construction.  Obligation, pour les valeurs de liberté que porte la constitution de la République  gabonaise.

Notamment la promotion de la liberté d’expression qui a deux volets : le droit de dire, et  le droit de savoir autrement dit, le droit du peuple à l’information.  Rappelons que le mécanisme de la subvention existe pour la presse française. L’Etat a le  devoir de soutenir la liberté de la presse.

Autres possibilités

A travers divers mécanismes, l’Etat peut mettre à contribution les entreprises en situation  de monopole et même celles qui ne le sont pas. Le mécanisme qui a été utilisé pour financer la couverture sociale par une ponction sur les sociétés de téléphonie mobile peut  être appliqué pour financer la subvention ou le Fonds de la presse. (Un argument objectif à brandir).

L’extension du mécanisme de la RAC

La distribution doit être soutenue par l’Etat par une subvention exceptionnelle.

Avec la crise du papier c’était évident que la seule société de distribution allait connaître des  difficultés à assurer la couverture à l’échelle nationale. Le contrecoup est son retrait de  nombreuses zones et donc un accroissement des méventes des journaux et en conséquence  la baisse des recettes, et la mort des journaux.  Ce ne serait pas abusif de dire que le secteur de l’impression, notamment celui qui traite  des journaux, doit bénéficier d’un régime de taxe exceptionnel avec effet induit sous le coût de l’impression.

Par Désiré ENAME, Journaliste Echos du Nord

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