Gabon/Dissolution des TP : Vers une démission d’Ossouka Raponda ?

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Premier ministre Rose Christiane Ossouka Raponda

Le 14 septembre dernier, à l’étonnement général, le Premier ministre Rose Christiane Ossouka Raponda a annoncé la dissolution du ministère des Travaux Publics (TP). Car, le décalage entre le discrédit dans lequel, en si peu de temps, le gouvernement était tombé et l’impossibilité pour l’opinion de s’y retrouver méritaient un électrochoc.

L’épisode de la dissolution du ministère des Travaux Publics traduit un affaiblissement du pouvoir d’Ali Bongo Ondimba et d’Ossouka Raponda, mais aussi une montée en puissance des tiraillements internes au sein de la majorité. L’actuelle grosse difficulté pour le Président de la République Ali Bongo Ondimba est que la base politique est de plus en plus étroite. Le mécontentement des Gabonais est réel, puissant. Pour autant, il n’y a pas, dans l’opinion, une croyance forte dans une politique alternative. Nous sommes donc dans le pire des schémas : un refus de la dissolution du ministère des Travaux Publics mis en place, et une défiance à l’égard de ses nouvelles prérogatives au sein de la Primature. Et du côté de l’opposition, il n’y a pas de projets particulièrement crédibles, et encore moins un leader affirmé. Le fond du problème n’est pas tant celui de la dissolution du ministère des TP que celui de la dissolution, de l’autodissolution du peuple, qui a perdu toute illusion sur la classe politique, qui a perdu même le goût d’être représenté.

C’est la première fois que la classe politique elle-même est prise de l’envie de se débarrasser du pouvoir. Que les représentants eux-mêmes se défaussent, alors c’est l’exercice même du pouvoir qui est en cause. Mais en 2023 ont lieu les élections générales. Le Président de la République Ali Bongo Ondimba a fait aussi plusieurs mauvaises analyses, qui lui coûteront chères ainsi qu’à tous les Gabonais. Mais cette dissolution est dangereuse. Si Ali Bongo ne l’a pas expressément voulu, il a manifestement tout fait pour cela ­ comme téléguidé par cet échec improvisé. En fait, sa décision de dissoudre est un faux acte manqué. Dans cette course-poursuite pour se débarrasser du pouvoir, le chef de l’Etat a parfaitement réussi. Il faut donc revoir de fond en comble, et à l’inverse de tout ce qui circule dans les médias, les analyses qui sont faites des conséquences de cette dissolution. La dissolution du ministère des TP par Ali Bongo n’a rien d’un acte manqué. Au contraire, déresponsabilisé, il reste au sommet de l’Etat. Cette fois, la classe politique ne veut même plus du pouvoir.

Si on peut créditer Ali Bongo Ondimba de l’intention profonde de ressusciter le gouvernement, alors le seul acte politique véritable, la seule chance pour lui de faire événement et de passer à l’histoire de façon originale, aurait été de se dissoudre lui-même et de remettre ainsi en jeu les données fondamentales du pouvoir et de son gouvernement. Faute d’une telle dissolution au sommet, c’est le peuple qui continuera de se dissoudre lentement, dans une sorte d’agonie démocratique. Faute d’une telle initiative, c’est non seulement la fracture sociale, mais la fracture du politique lui-même. Ainsi, le Gabon est devenu un pays où tout se perd dans une complicité interactive et une transparence diffuse de l’information. Pays où, du haut en bas de l’échelle, chacun ou presque fait sienne la distinction subtile: responsable, mais pas coupable. Pays de tolérance, mais d’abord de tolérance à ses propres infractions, à ses propres erreurs, à ses propres malversations, comme un corps aveugle à sa propre dégénérescence.

En effet, la dissolution du ministère des Travaux Publics est subie, par déficit du Premier ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda. Quand on a une contestation aussi forte au sein même du gouvernement, on peut s’interroger sur la suite des événements.

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