Décès d’une mère et de son enfant  dans un CHU: le nécessaire sursaut de responsabilité dans nos hôpitaux

La décision des autorités de mettre en place un comité de suivi chargé d’examiner les conditions de prise en charge des patients dans les structures sanitaires constitue une initiative à saluer. Elle intervient dans un contexte marqué par une succession de témoignages de patients dénonçant des dysfonctionnements, notamment dans les services d’urgences et de maternité.
L’émotion suscitée par le décès d’une mère et de son enfant, dans des circonstances mettant en cause, selon les témoignages rapportés, un médecin et une sage-femme supposément impliqués dans leur prise en charge, rappelle surtout une évidence : la question de la qualité des soins ne peut plus être éludée.
Il appartiendra naturellement aux autorités compétentes et aux instances judiciaires de déterminer les responsabilités exactes dans cette affaire. La présomption d’innocence doit être respectée et aucune conclusion définitive ne saurait être tirée avant l’aboutissement des investigations.
Mais au-delà de ce cas particulier, une réflexion collective s’impose.
Des conditions de travail difficiles, mais pas une excuse à tout
Personne ne peut nier les difficultés auxquelles est confronté le personnel médical dans plusieurs établissements sanitaires du pays. Manque de médicaments et de consommables, insuffisance d’équipements, surcharge des services, déficit de personnel, manque de lits ou encore conditions matérielles difficiles : ces réalités peuvent lourdement peser sur la qualité de la prise en charge.
L’État doit donc prendre toute sa part de responsabilité en donnant aux professionnels de santé les moyens nécessaires pour exercer correctement leur mission.
Lorsqu’une femme enceinte arrive dans un état nécessitant une prise en charge urgente et qu’on lui demande d’acheter elle-même des produits ou médicaments qui devraient normalement être disponibles dans l’établissement, il existe manifestement un problème organisationnel et structurel qui ne peut être imputé au seul agent de santé.
De même, lorsqu’une femme enceinte de plus de huit mois, présentant une tension artérielle particulièrement élevée et des signes inquiétants, se voit renvoyer chez elle faute de place ou parce que le travail n’aurait pas encore commencé, la situation appelle une analyse sérieuse de l’ensemble de la chaîne de prise en charge.
Mais le personnel médical doit également regarder ses propres responsabilités
Reconnaître les difficultés du système sanitaire ne doit cependant pas conduire à exonérer systématiquement les professionnels de santé.
Il existe aussi, dans certains cas, des comportements qui interrogent : négligence, défaut d’écoute, absence de diligence, manque de professionnalisme ou indifférence face à la détresse d’un patient.
Être médecin, sage-femme, infirmier ou auxiliaire de santé ne signifie pas seulement exercer un métier. C’est également porter une responsabilité humaine considérable. Derrière chaque dossier médical se trouve une vie, une famille et parfois un enfant qui attend de naître.
Lorsqu’un patient se présente aux urgences, il ne demande pas un privilège. Il demande des soins. Il demande de l’attention. Il demande que sa vie soit considérée comme une priorité.
Le personnel médical doit donc aussi accepter de regarder ses propres pratiques, reconnaître ses erreurs lorsqu’elles existent et procéder, lorsque cela est nécessaire, à un véritable examen de conscience.
Le serment d’Hippocrate comme boussole
La médecine ne peut être réduite à l’administration de soins. Elle repose également sur une éthique, une vocation et un engagement envers la vie humaine.
Le serment d’Hippocrate doit rester une référence fondamentale. Il rappelle au professionnel de santé la primauté du patient, le devoir de conscience et l’obligation de mettre ses connaissances au service de la vie.
Il ne s’agit évidemment pas d’accuser collectivement le personnel médical. La grande majorité des médecins, sages-femmes, infirmiers et autres agents de santé accomplissent leur mission dans des conditions difficiles et avec dévouement.
Mais ceux qui manquent à leurs obligations doivent pouvoir être identifiés et, lorsque les faits sont établis, répondre de leurs actes.
Un comité de suivi, mais surtout des résultats
La mise en place d’un comité de suivi est donc une bonne chose. Encore faut-il que celui-ci dispose des moyens nécessaires pour accomplir sa mission et que ses recommandations soient suivies d’effets.
Il devra notamment écouter les patients et leurs familles, recueillir les témoignages du personnel médical, identifier les dysfonctionnements, distinguer les responsabilités institutionnelles des responsabilités individuelles et proposer des mesures concrètes.
L’objectif ne doit pas être de chercher des boucs émissaires, mais de faire en sorte qu’une situation dramatique ne puisse plus se reproduire.
Les patients gabonais ont droit au respect, à la dignité et à une prise en charge médicale de qualité.
Et une chose est désormais certaine : les patients et leurs familles sont de plus en plus attentifs à leurs droits. Ils témoignent, interpellent et demandent des comptes.
Les choses ne seront donc plus jamais tout à fait les mêmes.
Cette prise de conscience doit être accompagnée d’un sursaut de tous : l’État, qui doit donner les moyens ; les responsables hospitaliers, qui doivent améliorer l’organisation ; et le personnel médical, qui doit assumer pleinement sa responsabilité professionnelle et humaine.
Parce qu’au bout de chaque urgence, de chaque maternité et de chaque lit d’hôpital, il y a avant tout une vie humaine à protéger.



Assistant Edu Gabon

Paul Essonne

Journaliste

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