L’Union des Bâtisseurs (UDB) est à un tournant décisif de son histoire. Jeune formation politique portée par la dynamique de la transition, elle bénéficie encore de l’élan des victoires électorales récentes. Mais derrière l’enthousiasme des débuts se profile un défi de taille : construire un parti solide, structuré, capable d’exister par lui-même au-delà de l’aura présidentielle.
La situation de Mays Mouissi illustre parfaitement cette tension. Être à la fois membre du gouvernement et secrétaire général d’un parti impose une gymnastique politique délicate. L’action gouvernementale exige solidarité, réserve et cohésion. La direction d’un parti, elle, demande animation permanente, prise de position, mobilisation des bases, structuration territoriale et expression idéologique claire. Ce double rôle rend la conciliation difficile, sinon périlleuse.
Or, l’UDB est encore un parti en construction. Son implantation sur toute l’étendue du territoire national demeure un défi majeur. Un parti ne vit pas seulement à Libreville ; il se consolide dans les provinces, les départements, les cantons, au contact des réalités sociales quotidiennes. Le travail de secrétaire général est un engagement de chaque instant : organisation interne, formation des cadres, communication politique, stratégie électorale. C’est une mission prenante qui exige disponibilité et constance. L’implantation territoriale du PDG grâce a la permanence, au parti, de ses secrétaires généraux (Faustin Boukoubi, Dodo Bounguedza, Steeve Negho Dieko) corrobore ce qui est dit ici. Un autre problème se pose : la confusion entre les prises de position du gouvernement et celles du parti. Un parti politique doit pouvoir exprimer une ligne, défendre des orientations, parfois même nourrir le débat interne, sans que cela soit perçu comme une dissonance institutionnelle. Dissocier clairement la parole gouvernementale de la parole partisane est indispensable pour éviter l’effacement progressif du parti derrière l’exécutif.
Aujourd’hui, l’UDB apparaît souvent aphone sur les grandes questions d’actualité. Cette discrétion peut être stratégique à court terme, mais elle fragilise la construction d’une identité politique forte. À une époque, le Parti démocratique gabonais (PDG) donnait l’exemple d’un parti structuré, omniprésent dans le débat public, capable d’articuler doctrine, communication et mobilisation militante. L’histoire politique montre qu’un parti qui ne parle pas finit par ne plus exister.
Les victoires éclatantes du président Brice Clotaire Oligui Nguema à l’élection présidentielle, suivies du raz-de-marée enregistré lors des législatives, sénatoriales et locales, constituent sans conteste un succès politique majeur. Mais elles peuvent aussi devenir un leurre si le parti s’installe dans une logique de confort. Ces triomphes se sont largement appuyés sur l’aura du chef de l’État, figure centrale de la transition et de la refondation institutionnelle.
Or, la politique est faite de cycles. La période de grâce laisse toujours place à la réalité exigeante de l’exercice du pouvoir : arbitrages difficiles, attentes sociales pressantes, contraintes économiques. Si l’UDB ne s’assume pas dès maintenant comme une véritable force politique structurée, capable de porter un projet autonome et d’animer le débat public, le réveil pourrait être brutal lors des prochaines échéances électorales.
Un parti ne peut vivre éternellement à l’ombre d’un homme, même populaire. Il doit construire sa propre colonne vertébrale idéologique, former ses cadres, consolider son maillage territorial et affirmer sa voix.
L’UDB a encore le temps d’anticiper. Mais le temps politique, lui, n’attend jamais longtemps.

