Une décennie et demie après l’annonce, la question demeure : cette université verra-t-elle enfin le jour ? À Port-Gentil, certains projets finissent par devenir des symboles.
L’Université internationale de Port-Gentil est de ceux-là. Annoncée en grande pompe lors du Conseil des ministres délocalisé du 4 mars 2010, l’établissement devait incarner l’ambition de faire de la capitale économique du Gabon un pôle universitaire et de formation supérieure de référence. Seize ans plus tard, le projet continue pourtant de traîner derrière lui le lourd parfum des promesses non tenues.
À l’origine, il était question de construire une École supérieure de commerce capable d’accompagner le développement économique de la province de l’Ogooué-Maritime et de répondre aux besoins en compétences d’un tissu économique dominé par le pétrole, les services et les activités portuaires.
Les travaux avaient commencé deux ans après l’annonce présidentielle.
Puis vint l’arrêt. Pendant près de six années, le chantier est resté à l’abandon, victime, selon les explications avancées à l’époque, de difficultés de financement. En 2018, l’État annonçait une nouvelle impulsion et confiait la poursuite du projet à des entreprises chargées de conduire le chantier à son terme.
Mais là encore, les échéances se sont succédé sans que les étudiants ne franchissent les portes de cette université.
2010, 2018, 2023… et maintenant ?
C’est précisément cette succession de dates qui interroge. Chaque relance nourrit l’espoir, mais chaque échéance dépassée renforce le scepticisme.
Lors de la visite du premier ministre à Port-Gentil, l’objectif affiché était pourtant clair : vérifier l’état réel du chantier et s’assurer de sa livraison. Les responsables du projet promettaient alors de respecter le calendrier annoncé, avec une fin des travaux prévue en juin et une mise en service envisagée après l’ameublement.
Le chantier était présenté comme étant « hors d’eau », avec encore plusieurs lots architecturaux et techniques à achever : carrelage, menuiserie, électricité, espaces verts, fibre optique et autres équipements.
Sur le papier, le projet était donc proche de son aboutissement.
Mais c’est justement là que réside le problème : à Port-Gentil, le véritable enjeu n’est plus de savoir si le chantier est avancé. Il est de savoir quand les premiers étudiants pourront effectivement y suivre leurs cours.
Car entre un bâtiment presque achevé et une université fonctionnelle, il existe un monde : équipements pédagogiques, mobilier, connexion numérique, recrutement des enseignants, administration, budget de fonctionnement, logements, sécurité, maintenance et surtout accréditations académiques.
L’éléphant blanc de N’tchéngué
Le terme « éléphant blanc » n’est pas choisi au hasard. Il désigne un investissement lourd, coûteux, dont la réalisation s’étire dans le temps au point de perdre une partie de sa justification initiale.
L’Université internationale de Port-Gentil risque de devenir précisément cela si l’État ne transforme pas rapidement le chantier en véritable établissement d’enseignement supérieur.
Car le Gabon ne manque pas seulement d’infrastructures. Il souffre également d’un déficit de planification, de maintenance et de continuité dans l’exécution des grands projets publics.
Le cas de cette université est particulièrement révélateur. Décidée en 2010, relancée en 2018, annoncée comme devant être achevée à plusieurs reprises, elle demeure encore aujourd’hui une promesse architecturale davantage qu’une réalité universitaire.
Et pendant ce temps, une génération d’étudiants est passée.
Une promesse qui a changé de dimension
Le projet devait initialement répondre aux besoins de Port-Gentil et de l’Ogooué-Maritime. Il est désormais présenté comme une infrastructure pouvant accueillir près de 2 000 étudiants dans sa première phase et jusqu’à 5 000 après extension.
L’ambition est donc considérable.
Mais plus le projet grandit, plus les exigences augmentent. Une université de cette capacité ne peut être réduite à des bâtiments modernes. Elle doit être pensée comme un écosystème universitaire complet, capable de produire des formations adaptées au marché de l’emploi.
Port-Gentil, ville pétrolière confrontée depuis plusieurs années aux difficultés économiques et au chômage, a justement besoin d’un tel outil. Une université spécialisée dans le commerce, la gestion, les technologies, l’industrie, la logistique, les métiers portuaires et les hydrocarbures pourrait contribuer à diversifier l’économie locale et à retenir une partie de la jeunesse dans la province.
Encore faut-il qu’elle ouvre réellement ses portes.
La vraie question : quand ?
Aujourd’hui, la population de Port-Gentil est en droit de poser une question simple : quand l’Université internationale ouvrira-t-elle effectivement ses portes ?
Pas quand le bâtiment sera terminé.
Pas quand une nouvelle visite officielle aura lieu.
Pas quand une nouvelle promesse de livraison sera faite.
Mais quand le premier étudiant pourra s’asseoir dans une salle de cours et commencer son année universitaire.
C’est cette date qui doit désormais être communiquée, accompagnée d’un calendrier public, précis et vérifiable : fin des travaux, réception provisoire, équipement, recrutement du personnel, accréditations, inscription des étudiants et ouverture effective.
Car après seize années, les Port-Gentillais n’ont plus besoin de nouvelles annonces. Ils ont besoin de résultats.
L’Université internationale de Port-Gentil peut encore devenir un formidable outil de transformation de la capitale économique. Elle peut contribuer à la formation des cadres dont le Gabon a besoin et participer à la renaissance économique de l’Ogooué-Maritime.
Mais pour cela, il faut sortir définitivement du cycle annonce–chantier–arrêt– relance–nouvelle échéance.
L’éléphant blanc doit enfin devenir une université.
Et la question restera entière tant qu’aucune réponse définitive ne sera apportée : après 2010, 2018 et les différentes échéances annoncées, quelle est désormais la date certaine de la première rentrée universitaire à N’tchéngué ?
Port-Gentil attend la réponse. Et cette fois, elle devra être suivie d’actes.
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