La célébration du troisième anniversaire de la Journée nationale de la Libération, à Makokou, aura été marquée par une annonce particulièrement significative : le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, entend consacrer 44 milliards de francs CFA au renforcement du plateau technique national. À cette enveloppe s’ajoutent 6 milliards destinés à la réouverture des restaurants dans les structures hospitalières et plus de 5 milliards supplémentaires pour les prestations de la CNAMGS.
Au-delà des montants annoncés, ces mesures traduisent une volonté de faire de la santé l’un des piliers de la transformation du Gabon. Car la véritable question n’est pas seulement de construire des hôpitaux ou d’augmenter les budgets : il s’agit désormais de faire émerger un système de santé performant, accessible, moderne et capable de répondre efficacement aux besoins des populations.
De la libération politique à la libération sociale
Le chef de l’État établit un lien direct entre la notion de Libération et l’amélioration des conditions de vie. « La libération se mesure également dans l’amélioration de la qualité de vie des citoyens », a-t-il déclaré.
Cette conception élargie de la Libération mérite d’être soulignée. Une transformation politique n’a véritablement de sens que si elle produit des résultats concrets dans le quotidien des citoyens. Pouvoir se soigner correctement, accéder à un médecin, bénéficier d’un équipement adapté, être pris en charge dans des délais raisonnables et disposer d’un environnement hospitalier digne constituent autant d’éléments essentiels du bien-être collectif.
L’annonce présidentielle apparaît ainsi comme une volonté de traduire le discours politique en investissements susceptibles de produire des effets directement perceptibles par les populations.
Le plateau technique, maillon essentiel de la performance sanitaire
L’un des principaux défis du système sanitaire gabonais demeure la disponibilité et la modernisation des équipements. Un établissement hospitalier ne peut être véritablement performant sans un plateau technique adapté.
Les 44 milliards de FCFA annoncés doivent donc être considérés comme un investissement stratégique. L’enjeu sera de permettre aux structures sanitaires de disposer d’équipements modernes, régulièrement entretenus et effectivement opérationnels.
L’objectif doit être clair : réduire les évacuations sanitaires lorsqu’elles peuvent être évitées, améliorer la capacité de diagnostic et de traitement, renforcer les services spécialisés et permettre aux professionnels de santé de travailler dans de meilleures conditions.
La performance d’un système de santé se mesure précisément à cette capacité à diagnostiquer rapidement, traiter efficacement et assurer la continuité des soins.
Restaurer la dignité dans les établissements hospitaliers
L’annonce de 6 milliards de FCFA pour la réouverture des restaurants hospitaliers peut sembler secondaire face aux investissements consacrés au plateau technique.
Elle ne l’est pourtant pas.
La qualité des soins ne dépend pas uniquement des médecins et des équipements. Elle repose également sur l’environnement dans lequel les patients sont accueillis. L’alimentation, l’hygiène, l’accueil, la disponibilité des services et les conditions de séjour participent à la qualité globale de la prise en charge.
Cette mesure peut donc être interprétée comme une volonté de replacer la dignité du patient au centre du système hospitalier.
La CNAMGS, autre levier de la réforme
L’enveloppe supplémentaire de plus de 5 milliards de FCFA destinée aux prestations de la CNAMGS vient compléter cette stratégie.
Il ne suffit effectivement pas de disposer d’hôpitaux et d’équipements modernes si les populations ne peuvent pas accéder financièrement aux soins. Le financement de la couverture sanitaire constitue donc un autre élément déterminant de la performance du système.
L’enjeu consiste désormais à rechercher un meilleur équilibre entre l’investissement dans les infrastructures, le financement des soins, la disponibilité des médicaments et la qualité de la prise en charge.
Mais l’argent devra être transformé en résultats
Ces annonces importantes appellent cependant une exigence : celle de l’efficacité dans l’utilisation des ressources publiques.
Les milliards annoncés devront être accompagnés d’une programmation rigoureuse, d’un mécanisme de suivi et d’évaluation et d’une réelle transparence dans l’exécution des projets. L’achat d’équipements ne suffit pas. Encore faut-il assurer leur installation, leur maintenance et la formation des personnels capables de les utiliser.
La question des ressources humaines sera également déterminante. Un hôpital performant est d’abord un établissement animé par des professionnels compétents, suffisamment nombreux, correctement répartis sur le territoire et bénéficiant de conditions de travail attractives.
La réforme du système de santé devra donc dépasser la seule logique des investissements matériels.
Aller vers un véritable système de santé national
L’ambition affichée pourrait, à terme, permettre au Gabon de franchir une nouvelle étape : passer d’une politique essentiellement centrée sur les infrastructures à une véritable politique intégrée de performance sanitaire.
Cela suppose de renforcer les hôpitaux de référence, mais aussi les centres de santé de proximité ; de développer la prévention ; d’améliorer la prise en charge des maladies chroniques ; de renforcer les urgences ; de moderniser les systèmes d’information sanitaire et de mieux répartir les professionnels de santé entre Libreville et l’intérieur du pays.
La santé ne doit plus être pensée uniquement comme une dépense publique. Elle doit être considérée comme un investissement dans le capital humain et dans le développement national.
Une ambition qui devra être évaluée dans la durée
À Makokou, le président de la République a donc posé un jalon important de son ambition pour le secteur sanitaire. Les enveloppes annoncées témoignent d’une volonté politique forte. Mais le véritable jugement appartiendra aux populations.
Ce sont elles qui devront, demain, constater une réduction des délais d’attente, une amélioration des diagnostics, une meilleure disponibilité des médicaments, des équipements effectivement fonctionnels, des hôpitaux mieux entretenus et une prise en charge plus humaine.
La réussite de cette politique se mesurera moins au volume des milliards annoncés qu’aux résultats obtenus sur le terrain.
La Libération, telle que la conçoit le chef de l’État, devra donc également être une libération des Gabonais face aux difficultés d’accès aux soins. L’ambition est désormais de construire un système de santé qui ne soit pas seulement plus coûteux ou mieux équipé, mais plus performant, plus équitable et davantage tourné vers le patient.
C’est à cette condition que les investissements annoncés à Makokou pourront devenir l’un des marqueurs sociaux les plus significatifs de la transformation engagée depuis le 30 août 2023.

