Il fallait une sacrée imagination pour réussir à faire de l’échec un produit commercial. On laisse un service public se dégrader jusqu’à l’insupportable, on habitue les citoyens à la pénurie, puis on leur présente la facture de la solution provisoire. Il fallait y penser.
Vous payez déjà une eau qui se fait désirer et dont la qualité est régulièrement contestée. Désormais, on vous demande de payer encore pour que des camions-citernes viennent vous livrer ce que vous étiez censés recevoir en ouvrant simplement votre robinet.
En résumé : vous payez pour un service qui ne fonctionne pas, puis vous repayez parce qu’il ne fonctionne pas. Deux paiements, une seule défaillance.
La cerise sur le gâteau ? On mobilise des militaires, salariés de l’État, pour compenser les insuffisances d’autres services de ce même État… et c’est encore le citoyen qui finance l’opération. Une logique qui relève davantage de la pirouette que de la gestion publique.
Et puisqu’il est question d’argent, une interrogation s’impose : à qui sont réellement destinés les paiements perçus ? Au Trésor public ? À une structure dédiée ? À quel compte ? Les citoyens ne demandent pas un privilège ; ils demandent simplement de savoir où va leur argent.
Le plus inquiétant, c’est qu’on finit presque par trouver cela normal. C’est sans doute le plus grand exploit : faire accepter l’exception comme une règle, l’échec comme un service, et la double facturation comme une fatalité.
On appelle cela une réponse à la crise. D’autres y verront surtout une façon ingénieuse de faire payer aux citoyens le prix des dysfonctionnements dont ils sont les premières victimes.
Du grand art… ou du grand cynisme. À chacun d’en juger.

