« L’Île Mbanié : L’État Gabonais a-t-il perdu? Rien n’est moins sûr. Décryptage d’une situation géopolitique et énergétique. » Par Jean Frederic Ndong Ondo

L’opinion publique gabonaise s’est légitimement émue de l’épilogue territorial concernant l’île Mbanié. Après des décennies de contestation, la décision de la Cour internationale de justice (CIJ), suivie de l’accord historique signé sous l’égide de l’Union africaine à Addis-Abeba, a attribué la souveraineté de ce morceau de terre à la Guinée équatoriale.
« Pour certains, le verdict sonne comme un renoncement. C’est pourtant tout l’inverse : en faisant le choix du pragmatisme juridique et de la diplomatie économique, l’État gabonais a transformé une impasse frontalière héritée de la colonisation en une victoire stratégique majeure.
UNE ILLUSION GÉOGRAPHIQUE FACE À LA RÉALITÉ ÉNERGÉTIQUE
Il faut d’abord dissiper une illusion nationaliste : le problème n’a jamais été ce bout de terre de 30 hectares, inhabité et stérile.
L’enjeu réel réside dans le sous-sol marin qui l’entoure, une zone du golfe de Guinée regorgeant de blocs pétroliers et gaziers non exploités. Or, en droit international, perdre la terre ne signifie pas perdre la mer.
Si la CIJ a tranché la question de la souveraineté terrestre, elle n’a pas tracé la frontière maritime. C’est précisément là que l’État gabonais a magistralement déplacé le curseur de la négociation.
LES VERROUS JURIDIQUES DE LA CONVENTION DE MONTEGO BAY
En investissant le terrain diplomatique de l’Union africaine, l’action de l’État gabonais s’appuie désormais sur les verrous techniques de la Convention de Montego Bay.
Le droit de la mer offre à Libreville les outils parfaits pour neutraliser l’impact de cette perte territoriale:
En exigeant l’enclavement de Mbanié dans une mer territoriale réduite à 12 milles marins, le Gabon peut empêcher Malabo d’étendre sa Zone Économique Exclusive (ZEE) au détriment des intérêts gabonais. La géométrie maritime et le principe d’équité protègent nos façades maritimes.
LE MODÈLE PRAGMATIQUE DU PARTAGE DES RICHESSES
L’histoire pétrolière regorge de ces conflits gelés où les États préfèrent la ruine à la négociation, laissant des milliards de dollars de ressources dormir sous les océans.
L’État gabonais a choisi une autre voie, celle dont s’étaient inspirés le Nigéria et Sao Tomé-et-Principe en 2001. Face à un chevauchement frontalier identique, ces deux nations avaient créé une Zone de Développement Conjoint, préférant un partage rationnel des revenus (60/40) à une guerre de positions stérile.
CONCLUSION : LA VICTOIRE DE LA SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUE
Pour les compagnies pétrolières internationales, le risque géopolitique qui paralysait la zone Mbanié est désormais levé.
En stabilisant ses relations juridiques avec son voisin, l’État gabonais sécurise les futurs investissements, l’exploration et les concessions. Les gisements transfrontaliers feront l’objet d’accords d’unitisation et de partage des richesses.
Mbanié sera équato-guinéenne sur les cartes géographiques, mais l’avenir de l’énergie dans cette zone se conjuguera indéniablement avec le Gabon.
Loin d’avoir tout perdu(malgré 30 hectares qui étaient en litige ) l’État gabonais vient de sécuriser l’essentiel : les dividendes de sa souveraineté économique.
Jean Frederic Ndong Ondo Acteur de la Société Civile




Assistant Edu Gabon

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