Quand les postes de contrôle deviennent des péages par Papa Koumba

Dans la zone CEMAC, on nous le répète : libre circulation, pas de visa, fraternité des peuples. Sur le papier, un Camerounais peut aller à Libreville, un Gabonais à Brazzaville, un Tchadien à Bangui sans entrave. 
Sur le terrain, la réalité est autre. Aux entrées des villes, dans les villages, aux frontières et même sur les axes entre pays voisins, les postes de contrôle des forces de défense et de sécurité se sont transformés. Ils ne sécurisent plus. Ils taxent.
Le racket est devenu la norme. Les montants varient entre 2.000 frs et 10.000 frs CFA_ »pour le café » « pour le carburant » . Le tarif dépend de la tête du client, de la plaque d’immatriculation, de l’heure de la nuit. Refuser, c’est risquer des heures d’attente, la saisie des papiers, l’humiliation.
Le plus grave : tout le monde sait. Les usagers, les transporteurs, les chauffeurs de taxi-brousse, les commerçants. Et les autorités aussi. Elles sont interpellées régulièrement dans les médias, dans les réunions, dans les plaintes. Pourtant, les barrages restent. Les mêmes visages y reviennent.
Ces agents ont un salaire. Ils ont un uniforme, une mission, un serment. Mais ils ont fait du racket un business. Et le business prospère parce que le laisser-aller est toléré.
Faut-il attendre un incident regrettable ? Une bavure, une mort, un scandale filmé pour que l’État mesure la gravité ? La dignité dont parlent nos dirigeants dans les discours, où est-elle quand une mère qui rentre au village doit négocier avec un fusil pour passer ? Où est-elle quand un étudiant vide son portefeuille pour traverser une frontière qui, légalement, ne devrait rien lui demander ?
À force de silence, on installe une complicité insidieuse. Pas forcément celle qui ordonne. Mais celle qui regarde, qui mute, qui recase, qui ne sanctionne pas. Une complicité de ceux qui se servent de leur position sociale pour faire régner la peur plutôt que la loi.
La zone CEMAC ne tiendra pas si la libre circulation est tuée par 20 barrages à *_2.000 frs, 5.000 frs ou 10.000 frs_* entre deux capitales. L’économie informelle suffoque. La confiance entre peuples s’érode. Et l’image de nos forces de défense et de sécurité, censées protéger, se fissure.
Que faire ?
1.  *Sanctionner publiquement* : Une arrestation, un conseil de discipline diffusé, vaut 100 circulaires. L’impunité nourrit le racket.
2.  *Contrôler les contrôleurs : Des brigades d’inspection inopinées, des numéros verts qui répondent, des caméras aux postes sensibles.
3.  *Simplifier et numériser* : Moins de paperasse, plus de traçabilité. Un usager qui sait ses droits est moins vulnérable.
4.  *Rappeler la mission : Le salaire est pour servir, pas pour prélever. La sécurité n’est pas une marchandise.
La dignité d’un pays ne se décrète pas dans les discours. Elle se vit au premier barrage, à la première frontière, au premier regard d’un agent sur un citoyen.
Si la libre circulation est une promesse, alors tenons-la.
Sinon, fermons les traités et assumons que nos routes sont devenues des marchés.
*Et vous, combien vous coûte la « libre circulation » la prochaine fois que vous prendrez la route ?



Assistant Edu Gabon

Paul Essonne

Journaliste

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