Ogooué-Maritime : où sont passés les 7 milliards de la « Tournée républicaine » ? L’heure de la reddition des comptes a sonné.

Lors de sa tournée républicaine dans la province de l’Ogooué-Maritime, le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait octroi une enveloppe de 7 milliards de francs CFA destinée à accompagner le développement local. Une somme importante, présentée comme un levier pour répondre aux besoins urgents des populations et accélérer la réalisation de projets dans les différentes localités de la province. 3 ans après cette dotation, une question légitime mérite désormais d’être posée : qu’est-il advenu de ces 7 milliards de francs CFA ?
La question n’est ni politique, ni polémique. Elle relève tout simplement de l’exigence de transparence dans la gestion des ressources publiques. L’argent engagé au nom du développement de l’Ogooué-Maritime appartient à la collectivité. Il doit donc pouvoir être retracé, justifié et évalué.
Des milliards, mais pour quels résultats ?
À ce jour, les populations de l’Ogooué-Maritime sont en droit de connaître, de manière précise, les projets financés sur cette enveloppe.
Combien de milliards ont effectivement été décaissés ? Quels projets ont été retenus ? Dans quelles communes, quels départements et quelles localités ? Quels montants ont été affectés à chaque opération ? Quels prestataires ont bénéficié des marchés ? Quels travaux ont été réalisés ? Lesquels sont achevés, en cours ou abandonnés ?
Autant de questions auxquelles les responsables de la gestion de cette enveloppe doivent apporter des réponses documentées.
Car 7 milliards de francs CFA ne sont pas une petite caisse destinée à financer quelques opérations ponctuelles sans traçabilité. Une telle enveloppe devrait laisser des traces visibles sur le terrain : routes réhabilitées, écoles rénovées, centres de santé équipés, réseaux d’eau et d’électricité améliorés, infrastructures économiques réalisées, marchés modernisés ou encore projets générateurs de revenus au bénéfice des populations.
Si ces réalisations existent, il faut les montrer.
Si certains projets sont en cours, il faut expliquer leur niveau d’exécution et les raisons des éventuels retards.
Et si une partie de l’argent n’a pas encore été consommée, les responsables doivent expliquer où se trouvent les crédits et dans quelles conditions ils seront utilisés.
La reddition des comptes n’est pas une option
La gestion conjointe de cette enveloppe par les autorités administratives et les responsables provinciaux ne saurait constituer une zone de non-droit financier.
Bien au contraire.
La Ve République, qui entend rompre avec les pratiques de l’ancien système, doit faire de la reddition des comptes un principe cardinal de l’action publique.
L’époque où l’on octroyait des milliards sans véritable bilan doit appartenir au passé.
Le changement attendu par les Gabonais ne se mesure pas seulement au nombre d’annonces faites par les autorités. Il se mesure également à la capacité de l’administration à démontrer, chiffres et pièces justificatives à l’appui, que les ressources publiques ont effectivement servi l’intérêt général.
Pour l’Ogooué-Maritime, un rapport public détaillé sur l’utilisation des 7 milliards serait donc particulièrement opportun.
Ce document devrait notamment présenter, projet par projet, le montant prévu, le montant décaissé, le taux d’exécution physique et financière, l’entreprise ou l’administration bénéficiaire, le lieu de réalisation ainsi que les résultats obtenus.
Cette transparence permettrait d’éviter les suspicions et de rétablir, lorsque cela est nécessaire, la confiance entre les populations et les pouvoirs publics.
Le gouverneur et les gestionnaires doivent rendre des comptes
La question de la responsabilité est également centrale.
Lorsque des fonds publics sont confiés à des responsables pour réaliser des projets précis, ceux-ci ont l’obligation de rendre compte de leur utilisation. Il ne devrait donc pas être considéré comme une attaque politique de demander aux gestionnaires de présenter leur bilan.
Au contraire, rendre des comptes doit devenir la règle et non l’exception.
Les gouverneurs, les responsables administratifs, les ordonnateurs, les gestionnaires et, le cas échéant, les entreprises ayant exécuté les travaux doivent pouvoir présenter les documents permettant de retracer l’utilisation de chaque franc.
L’administration doit pouvoir répondre à une question simple : où est allé l’argent ?
Et surtout : qu’a-t-il produit ?
La justice doit jouer pleinement son rôle
La transparence ne doit cependant pas s’arrêter à la publication d’un rapport.
Si les contrôles révèlent des irrégularités, des surfacturations, des prestations fictives, des marchés irrégulièrement attribués ou des détournements de fonds publics, les responsabilités devront être établies par les autorités compétentes.
Dans un État de droit, personne ne doit être présumé coupable avant qu’une procédure régulière ait établi les faits. Mais personne ne doit non plus être placé au-dessus de la loi.
L’argent public doit être protégé et ceux qui le détournent doivent répondre de leurs actes devant la justice.
C’est précisément là que se joue la crédibilité de la rupture annoncée avec les anciennes pratiques de gouvernance.
La décentralisation ne peut pas être seulement un slogan
L’enveloppe des 7 milliards s’inscrit par ailleurs dans un débat beaucoup plus large : celui de la décentralisation.
Le développement du Gabon ne pourra pas être durable si toutes les décisions, toutes les ressources et tous les arbitrages continuent d’être concentrés au niveau central.
La future loi sur la décentralisation devra donc donner aux collectivités territoriales davantage de responsabilités, mais également les moyens financiers, humains et techniques nécessaires à l’exercice de leurs compétences.
L’expérience des 7 milliards doit justement servir de leçon.
Décentraliser, ce n’est pas simplement transférer de l’argent vers les provinces. C’est aussi transférer des responsabilités, imposer des mécanismes de contrôle et rendre les gestionnaires locaux comptables de leurs résultats.
Ogooué-Maritime : montrer les réalisations, maintenant
La question posée aujourd’hui aux responsables de la gestion de cette enveloppe est finalement très simple : qu’ont produit les 7 milliards ?
Les populations de Port-Gentil et des autres localités de la province doivent pouvoir constater concrètement l’impact de cette décision présidentielle.
Il ne suffit plus d’annoncer des enveloppes. Il faut désormais publier les résultats.
Un état détaillé des projets réalisés, des dépenses engagées et des sommes restantes permettrait de couper court aux rumeurs et de consacrer une nouvelle culture de gouvernance fondée sur la transparence.
La transition avait promis de restaurer les institutions et de changer les pratiques. Cette promesse se mesure aussi dans la gestion quotidienne des deniers publics.
Les 7 milliards de l’Ogooué-Maritime constituent donc un test grandeur nature.
Un test pour les gestionnaires.
Un test pour l’administration.
Un test pour les mécanismes de contrôle.
Et, plus largement, un test pour la Ve République.
Car au-delà des discours et des annonces, une exigence demeure : chaque franc CFA destiné au développement des populations doit pouvoir être justifié.
Et si des malversations sont établies, la réponse doit être claire : la justice doit faire son travail, dans le respect des procédures et sans faiblesse.
Le temps de l’annonce doit laisser place au temps du bilan.
Les 7 milliards doivent parler. Les chiffres doivent parler. Les réalisations doivent parler. Et, surtout, les comptes doivent être rendus.




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Assistant Edu Gabon

Paul Essonne

Journaliste

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