À quelques jours du Conseil des ministres délocalisé prévu le 17 septembre à Port-Gentil, une question s’impose dans le débat public en Ogooué-Maritime : qu’est-il advenu des 7 milliards de FCFA consacrés aux chantiers de la province pendant la Transition ? Une interrogation d’autant plus pressante que plusieurs infrastructures annoncées n’ont toujours pas été achevées.
Le Conseil des ministres délocalisé de Port-Gentil intervient dans un contexte particulier. Au-delà des annonces et des nouveaux projets que pourrait porter cette réunion gouvernementale, les populations de l’Ogooué-Maritime souhaitent désormais regarder dans le rétroviseur. Elles veulent savoir ce qui a été fait des ressources déjà mobilisées pour améliorer leur quotidien.
Dans une déclaration rendue publique le 13 septembre, des élus et représentants de la commune de Port-Gentil et des départements d’Etimboué, de Bendjé et de Ndougou interpellent ainsi les pouvoirs publics sur l’utilisation d’une enveloppe de 7 milliards de FCFA destinée notamment au désenclavement et à l’amélioration du cadre de vie.
Un bilan qui interpelle
Selon les signataires de la déclaration, le bilan des travaux réalisés est loin des attentes. Sur six principaux axes routiers programmés dans la commune de Port-Gentil, un seul aurait été livré, à savoir l’axe tournant SEEG, situé derrière la station de pompage d’eau dans le 3e arrondissement.
Les cinq autres opérations citées dans le document demeurent inachevées ou à l’arrêt. Il s’agit notamment des routes Transfo–Mini Prix, Antenne Massuku–Boulangerie de l’Aéroport, Boulangerie Matanda–Nouveau Marché Moukala et Carrefour Camp Boiro–Nouveau Marché Moukala. À cela s’ajoute la réfection du Lycée d’État, pour laquelle 3 milliards de FCFA auraient été décaissés, avec un niveau de réalisation jugé insuffisant par les signataires.
Si ces chiffres sont confirmés par un contrôle administratif, technique et financier, ils poseraient une véritable question d’efficacité de la dépense publique. Comment expliquer qu’une enveloppe aussi importante puisse produire des résultats aussi limités ? Les entreprises attributaires ont-elles respecté leurs cahiers des charges ? Les décaissements ont-ils correspondu au niveau réel d’avancement des travaux ? Les contrôles techniques et financiers ont-ils été suffisamment rigoureux ?
Autant de questions auxquelles les populations souhaitent désormais obtenir des réponses précises.
Au-delà des routes, la question de la confiance
Le dossier des 7 milliards dépasse donc la seule problématique des infrastructures. Il touche directement à la confiance entre l’État et les citoyens.
À Port-Gentil, plusieurs quartiers restent confrontés aux difficultés de circulation et au mauvais état des voies, particulièrement pendant la saison des pluies. Pour les habitants concernés, l’inachèvement des travaux ne constitue pas seulement un désagrément quotidien : il nourrit le sentiment que les annonces publiques ne sont pas toujours suivies d’effets.
La situation pose également la question de la responsabilité des différents acteurs de la chaîne de la commande publique. Lorsqu’un marché est attribué, des fonds décaissés et des travaux non achevés, il appartient à l’administration de pouvoir expliquer, documents à l’appui, les raisons de cette situation et, le cas échéant, d’identifier les responsabilités.
C’est précisément sur ce terrain que la demande d’audit physique et financier prend tout son sens.
Le Conseil des ministres, une occasion de clarification
Le déplacement du gouvernement à Port-Gentil pourrait ainsi constituer une occasion de clarification. Les populations ne réclament pas uniquement de nouveaux investissements. Elles demandent que les engagements antérieurs soient évalués et que les chantiers abandonnés trouvent une issue.
Cette démarche rejoint d’ailleurs une exigence plus large de gouvernance publique : avant d’engager de nouvelles dépenses, il convient de s’assurer que les précédentes ont été correctement exécutées et ont produit les résultats attendus.
L’audit demandé permettrait notamment de mettre en parallèle les montants engagés, les montants effectivement payés, le niveau physique d’exécution des travaux, les éventuels avenants, les délais contractuels ainsi que les responsabilités des différents intervenants.
Une telle démarche aurait également le mérite d’éviter que le débat ne se réduise à des accusations sans preuves. La reddition des comptes exige des faits, des pièces justificatives et des conclusions vérifiables.
Pas de nouveaux milliards sans bilan des anciens ?
La formule lancée par les signataires de la déclaration résume l’enjeu : les populations de l’Ogooué-Maritime ne demanderaient pas nécessairement de nouveaux milliards, mais souhaiteraient d’abord savoir ce que sont devenus ceux déjà mobilisés.
Le message adressé au pouvoir exécutif est donc clair : le développement ne peut pas reposer uniquement sur l’annonce de nouveaux projets. Il doit également s’appuyer sur le suivi, le contrôle et l’évaluation des investissements déjà réalisés.
À Port-Gentil, le Conseil des ministres du 17 septembre pourrait dès lors être plus qu’une étape institutionnelle. Il pourrait devenir un moment de vérité sur les engagements pris en matière d’infrastructures dans la province.
Entre les annonces de nouveaux chantiers et l’exigence de rendre compte des anciens, l’Ogooué-Maritime attend désormais des réponses. Les 7 milliards FCFA sont devenus le symbole d’une question plus large : comment garantir que chaque franc public engagé produise effectivement un résultat visible pour les populations ?
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