80 000 FCFA de salaire, des dossiers d’intégration bloqués depuis 8 mois, une retraite imposée à 55 ans. La main-d’œuvre non permanente de l’État brise le silence et lance un cri du cœur au Président de la République.
Ce ne sont pas des demandeurs d’emploi. Ce sont des agents de l’État. Des femmes et des hommes qui, chaque jour, font tourner l’administration gabonaise. Ils disent aujourd’hui leur ras-le-bol.
Dans une déclaration solennelle devant la presse, le collectif de la Main-d’Œuvre Non Permanente (MONP) a interpellé l’opinion et les plus hautes autorités sur trois urgences qui minent leur avenir.
I. INTÉGRATION À LA FONCTION PUBLIQUE : LE GRAND FLOU
Tout avait pourtant bien commencé. En janvier 2026, le Conseil des Ministres décide d’intégrer les agents diplômés de la MONP dans la Fonction publique. Une note du Ministère de la Fonction publique demande aux administrations de remonter les dossiers.
Les agents s’exécutent. Ils constituent les dossiers, fournissent toutes les pièces. Huit mois plus tard, rien. Les dossiers dorment dans les tiroirs.
Le collectif pose les questions qui fâchent :
Où sont bloqués les dossiers ? Dans les Directions des Ressources Humaines ? Dans les Secrétariats Généraux ? Combien ont réellement été transmis au Ministère de la Fonction publique ? Combien ont été retenus, rejetés, et pour quels motifs ?
« Nous demandons simplement que les décisions prises en Conseil des Ministres soient effectivement mises en œuvre », clament-ils.
II. 80 000 FCFA : LE SALAIRE DE LA HONTE ?
C’est le cœur du malaise. Comment l’État peut-il payer ses propres travailleurs avec un salaire de base de 80 000 FCFA et une prime de logement de 18 000 à 35 000 FCFA ?
Dans le Gabon de 2026, le collectif pose une question brutale et légitime :
Comment se loger, nourrir sa famille, payer l’école des enfants et se soigner avec ça ?
Ces agents occupent des postes indispensables. Pourtant, ils survivent dans une précarité indigne. Ils exigent du Ministère du Budget une revalorisation immédiate et substantielle du salaire et des indemnités. Pour eux, la précarité ne peut pas être une politique de gestion de l’État.
III. RETRAITE À 55 ANS : DEUX POIDS, DEUX MESURES
Dernière aberration dénoncée : l’âge de départ à la retraite fixé autoritairement à 55 ans pour toute la MONP, alors que le Code du travail prévoit 60 ans.
Le Code prévoit bien des dérogations à 55 ans pour les métiers pénibles. Mais le collectif refuse l’amalgame : tous les agents de la MONP ne font pas un travail pénible.
Ils s’interrogent; Sur quelle base juridique l’ensemble de la MONP est-elle envoyée à la retraite à 55 ans ? Un décret par secteur est censé exister. Où est-il ?
Pire, une fois retraités, le calvaire continue. Certains attendent jusqu’à 5 ans à la CNSS avant de toucher leurs droits, certains meurent même avant d’avoir touché un franc de leur pension.
L’APPEL DÉCHIRANT AU PRÉSIDENT
La déclaration s’est achevée sur un moment fort. La présidente du collectif a enlevé sa casquette de syndicaliste pour parler en tant que femme et mère :
« Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement… Depuis trois ans nous vous interpellons. Derrière chaque dossier, il y a une mère, un père, une famille qui compte sur ce salaire pour vivre dignement. Nous ne vous demandons pas de regarder des dossiers, mais de regarder les femmes et les hommes derrière ces dossiers. Aujourd’hui, ce sont des hommes et des femmes qui vous parlent avec le cœur. Nous espérons que votre cœur saura nous répondre. »
Le collectif demande par ailleurs l’ouverture immédiate d’un cadre de dialogue sincère avec le Gouvernement pour sortir de l’impasse.
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