Le Gabon et le groupe minier ERAMET ont signé un protocole portant sur la transformation locale du manganèse. Si l’annonce est présentée comme une avancée vers l’industrialisation, l’analyse des engagements montre un accord de principe, dont la concrétisation dépend d’une condition clé : l’accès à l’énergie.
Le document signé n’est pas un engagement d’investissement ferme. ERAMET maintient ses activités d’extraction et d’exportation de minerai brut à Moanda, activité actuellement rentable.
La construction d’une usine de silico-manganèse, projet évalué à plusieurs centaines de milliards de FCFA, n’interviendra que si l’État gabonais remplit au préalable ses obligations, notamment en matière de fourniture d’électricité.
Le groupe a posé comme préalable la disponibilité de 200 à 300 MW, avec une échéance évoquée à l’horizon 2031.
Du point de vue du groupe, le protocole présente trois avantages immédiats :
1. Sécurisation : Aucun investissement industriel lourd n’est engagé tant que les conditions ne sont pas réunies.
2. Transfert de responsabilité : La condition énergétique déplace la pression sur l’État. En cas de blocage, la justification officielle sera l’insuffisance d’offre électrique.
3. Positionnement : ERAMET apparaît publiquement comme un partenaire favorable à la transformation locale, premier producteur mondial de manganèse à haute teneur à la table des négociations.
Pour l’État gabonais, l’accord représente également des acquis sur le plan politique et stratégique :
1. Avancée politique : Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema peut afficher l’obtention d’un accord écrit pour la transformation du manganèse, au-delà des déclarations d’intention.
2. Partenariat crédible : Associer ERAMET à un projet de transformation locale donne une assise industrielle au projet, plutôt que de repartir de zéro avec un nouvel investisseur.
3. *Effet de levier* : Le projet met la question énergétique au centre de l’agenda. Il impose à l’État de planifier et d’accélérer les investissements dans les barrages, le gaz et la production électrique.
À ce jour, aucun investissement industriel n’a été réalisé par ERAMET dans le cadre de ce protocole. Le Gabon ne dispose pas encore d’usine de transformation, ni des recettes fiscales liées, ni des emplois directs annoncés.
Comme le souligne l’analyse de Papa Koumba Mboula, notable de la Vallée de la Nyanga : « Dans un projet industriel, on ne gagne que quand les fours s’allument et que les jeunes ont un bulletin de salaire. »
L’équation est désormais claire. Le protocole a fixé un cadre et un calendrier. La responsabilité de la phase suivante incombe à l’État : garantir la production d’électricité nécessaire.
Si l’objectif de 200-300 MW et l’usine ne sont pas atteints d’ici 2031, le risque est celui d’un accord resté lettre morte. Dans le cas contraire, le Gabon pourrait enclencher une nouvelle étape de valorisation de sa ressource minière.
En résumé : le protocole ERAMET-Gabon marque la fin du discours et le début d’un test. Un test de crédibilité énergétique pour le Gabon, et un test de passage à l’acte industriel pour ERAMET.
La balle est désormais dans le camp de l’offre d’électricité.
Source DDK.
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