Makongonio : Une histoire particulière.

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C’est l’histoire de ces rescapés, miraculés d’un crash d’hélicoptère qui avait coûté la vie à dix Gabonais. Sept membres de la presse (Jean-Philippe Oyono; André Ofounda, Charles Ossouna Ngorogo, Eugène Bindindi, Marcel Ango, Paul Ollo’o Mombey et Mohamed Moungalat) et trois militaires (Faustin Biyogho, Eugène Dickombo et Antoine Ongnalanga). Ce n’est pas le premier accident aérien connu au Gabon, mais c’est sans doute le plus meurtrier et le plus douloureux. Cet événement choque le Gabon qui vit là le drame le plus important de sa jeune existence après le décès en 1967 du président Léon Mba.

En effet, sur le champ sont tués les reporters Paul Ollo’o Mombey, Charles Ossouna Ngorogo, André Ofounda, Marcel Ango, Mohamed Moungalat et les militaires Ognalaga et Faustin Ndong Biyoghe. Jean-Philippe Oyono, la figure de proue du journalisme de ce début des années 1980, ne meurt pas sur le champ. Mais il est mal en point. Coincé dans l’appareil, il est alors impossible de le sortir de là. Gravement blessé, il finit par rendre l’âme dans les trente minutes qui suivent. Le cas du jeune Eugène Bindindi est tout aussi triste. Ses jambes sont restées coincées sous l’appareil. Il finit par s’éteindre faute d’avoir été dégagé. Eugène Mickombo aussi meurt de suite de ses blessures. Son agonie dure neuf heures de temps. Bien que sorti de la carlingue, son état se dégrade au fil des heures. Hémorragies internes. Mais de façon visible il perd trop de sang.

Valentin Safou et Jean-Remy Mackaya sont les premiers à échanger. « Ne fuit pas », lance Mackaya à Safou qui a peur de mourir ou même d’être le seul survivant. Mackaya a réussi à sortir Huguette Goudjo, jeune gendarmette, de l’appareil. Elle aussi est gravement blessée, moins peut-être que les défunts Mikombo et Bindindi. Mackaya Jean-Rémy a aussi sorti Dieudonné Mbélé, cameraman à la RTG2, de l’appareil. Pierre Ndouong lui est encore coincé dans l’hélicoptère. Mais il n’est que légèrement blessé. Mackaya le sort aussi de l’appareil. Au sol, les survivants gravement blessés agonisent surtout que l’espoir de voir des secours est infime. Dans l’appareil, certains de leurs confrères et deux militaires sont bel et bien morts.

Trois décennies plus tard, le souvenir demeure dans les familles des victimes et le mystère tend à s’étoffer. Que s’est-il passé ce 28 Juin 1985 à Makongonio?

Ce fameux jour, Amiar Nganga, rappelle aux pilotes et journalistes à quel point il est difficile à cette période de l’année pour un avion et encore plus pour un hélicoptère de décoller avant 11h. Mais l’un des pilotes, le second en grade et commandant de bord Antoine Ognanlaga, décide de faire décoller l’appareil. Une fois de plus Amiar Nganga et le préfet tentent de dissuader l’équipe des pilotes. A 9h, les journalistes et les membres de l’équipage, sous la pression du co-pilote et second en grade, abandonne leur petit-déjeuner et embarque dans l’hélicoptère de type Bell de l’armée gabonaise. Selon certains témoignages, l’équipage aurait indiqué que si les hommes de médias refusaient de partir, ils les laisseraient à Mbigou. Il faut aussi ajouter qu’une autre équipe, celle-ci essentiellement constituée des journalistes de la RTG1, était à Libreville et devait prendre le relais de ceux qui étaient en expédition à Mbigou. Tous ces arguments ne suffisent pas et l’hélicoptère décolle à 9h.

Pierre Ndouong témoigne : « le temps n’était pas favorable et le pilote a essayé d’éviter les nuages en cherchant une ouverture mais nous avons été pris dans un tourbillon de nuage qui a entraîné l’hélicoptère vers un autre gros nuage qui cachait derrière lui une montagne couverte par la forêt ». Puis c’est le choc. L’appareil de l’armée de l’air dégringole alors avant de s’écraser avec violence à côté d’un ruisseau. Les cris montent, les pleurs et les prières aussi. Les passagers qui sont morts sont ceux qui étaient assis du côté de l’hélicoptère qui a heurté l’arbre. Pierre Ndouong continue : « J’ai vu Safou Valentin pleurant, Dieudonné Mbélé hurlant alors que Makaya réussissait de son côté à dégager Huguette Goudjo et Dieudonné Mbélé. »

Pour rappel, Omar Bongo est en tournée dans le Gabon. Il prépare la présidentielle de 1986 au cours de laquelle il n’aura pas d’adversaire, le Gabon étant en plein parti unique. Il boucle l’étape de Mbigou et se rend à Ndendé. Après que le président a décollé avec les membres du gouvernement, l’hélicoptère qui transporte les onze agents de la RTG2 et de l’Union ainsi que 3 militaires et une gendarmette décolle à son tour. Mais après 30 minutes, le pilote et ses hommes constatent que le plafond est très bas. Sur l’insistance de Valentin Safou qui parlait au mécanicien Eugène DIckombo qu’il connaissait depuis le lycée Léon Mba au milieu des années 1970, le pilote Faustin Biyogho décide de rebrousser chemin où plusieurs personnalités sont encore présentes dont Eloi Chambrier et Amiar Nganga, notable politique de Mbigou. Il est 16h quand l’hélicoptère atterrit à Mbigou. Les journalistes et militaires sont alors hébergés par José Joseph Amiar Nganga.

Selon les témoignages des survivants (Pierre Ndouong, Valentin Safou, Jean-Rémy Makaya, Dieudonné Mbélé et Huguette Gondjo), sans Pierre Ndouong, tous seraient morts. Pierre Ndouong, orginaire d’Okondja a le mérite de connaître la forêt, ses langages, ses vertus et ses pièges. Il a pratiqué la chasse dès le très jeune âge. La forêt n’a pas de grand secret pour lui. Grâce à lui, les survivants vont commencer plusieurs jours de combat contre la nature afin d’en sortir vivant. C’est lui qui prend la décision d’aller chercher des secours alors que la forêt est dense et habitée par des animaux sauvages de tout genre. C’est grâce à lui, accompagné de Jean-Rémy Mackaya et Valentin Safou, qu’ils vont trouver les chasseurs et non pas le contraire. Pendant leurs recherches, Huguette Goudjo et Dieudonné Mbélé veillent sur les corps. Pierre Ndouong soigne certains avec des feuilles et invite tous à se nourrir de plante qu’il connaît et même de la boue pour éviter l’épuisement.

Valentin Safou a fait lui aussi un témoignage saisissant: « Je me suis retrouvé dans un ruisseau, éjecté de l’hélicoptère. J’ignore combien de temps je suis resté inconscient. Alors que je reprends connaissance, je sens comme une espèce de liquide chaud me couler sur le visage. Ce liquide, c’était du sang qui giclait de ma tête. Je m’efforce de me relever, je me retourne et la première image qui me frappe, ce sont les couleurs du drapeau national peintes sur le cockpit de l’hélicoptère, le vert-jaune-bleu et tout me revient à l’esprit : je comprends que l’on vient d’avoir un accident. »

Le lendemain du crash, Pierre Ndouong, JR Mackaya et Valentin Safou qui sont allés chercher du secours reviennent bredouilles. C’est avant de repartir le lendemain pour une nouvelle expédition que JR Mackaya va se décider à prendre la tête du commandant de bord, décapité lors du crash, pour le poser à côté de la tête. Une scène qui a fait de lui le symbole du courage parmi les survivants.

La tâche est ardue. Il faut déplacer les blessés pour éviter d’attirer les charognards. Sur un kilomètre, Dieudonné Mbélé et Huguette Goudjo sont transportés. C’est l’effort à fournir pour sauver la vie des rescapés. Le 30 juin Pierre Ndouong et Valentin Safou repartent à la recherche de secours. Il longe la rivière Itava. Et surprise : un palmier abattu. Ils sont devant un campement. Une pirogue signale une présence humaine sur les lieux. « Ce n’est que vers 16h30 que nous avons entendu des gens arrivés. Il y avait trois hommes, deux femmes, un enfant et un chien », affirme Pierre Ndouong. C’est Valentin Safou qui s’adresse à eux. En langue. Les femmes éclatent en sanglot. Pierre Ndouong repart avec les trois chasseurs pour récupérer Makaya, Goudjo et Mbélé.

Du campement, les blessés, les chasseurs et les femmes rejoignent le village. Les pleurs, la stupéfaction et l’espoir se mêlent. Les premiers soins administrés aux blessés au campement se sont révélés efficaces. Au village, les femmes continuent de prendre soin des blessés. Puis arrive, enfin l’hélicoptère. Les villageois arrivent à attirer son attention. Il atterrit. Les rescapés sont embarqués pendant que des militaires s’enfoncent dans la forêt avec un des chasseurs pour aller chercher les corps de Jean-Philippe Oyono et les autres. Les rescapés sont conduits à Mouila en attendant d’arriver à Libreville.

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