Makokou : le symbole d’un Gabon qui veut rattraper son retard.

Le choix de Makokou pour abriter, le 30 août 2026, la troisième édition de la Fête de la Libération n’est pas un simple choix protocolaire. À travers l’Ogooué-Ivindo, le pouvoir donne à cette commémoration une dimension à la fois historique, politique et territoriale. En célébrant la Libération dans une province longtemps confrontée au sentiment d’éloignement et de marginalisation, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, entend faire du développement territorial l’une des traductions concrètes du Gabon nouveau.
Dans son discours, le chef de l’État rappelle que l’Ogooué-Ivindo a toujours occupé une place particulière dans l’histoire de la résistance. Il évoque également les manifestations de femmes qui, avant le 30 août 2023, avaient exprimé leur mécontentement face à la précarité économique et au sentiment d’abandon politique de la province.
Trois ans plus tard, le décor que veut présenter le pouvoir est différent. Des infrastructures sont mises en avant : commissariats, mairies, marchés, logements, établissements scolaires, équipements administratifs, banque, château d’eau et voiries. À travers cette succession de réalisations et de projets, le gouvernement veut démontrer que l’Ogooué-Ivindo n’est plus condamnée à rester à la périphérie du développement national.
Le choix de Makokou, un message politique
Le déplacement de la célébration vers l’intérieur du pays traduit une volonté de rompre avec une vision du développement trop concentrée autour de Libreville et des grands centres urbains.
Le développement national ne peut être durable si certaines provinces disposent des infrastructures essentielles tandis que d’autres restent confrontées à des déficits chroniques en matière d’eau, d’électricité, de routes, de santé, d’éducation ou d’accès aux services financiers.
En ce sens, l’Ogooué-Ivindo peut devenir un laboratoire du rééquilibrage territorial voulu par le pouvoir.
Mais le véritable défi commence précisément après les inaugurations.
Construire ne suffit plus
L’infrastructure est une condition du développement, mais elle n’en constitue pas la finalité.
Un marché construit doit être occupé par des commerçants. Un lycée doit accueillir des élèves dans de bonnes conditions. Un réseau d’eau doit fonctionner durablement. Une route doit faciliter la circulation des personnes et des marchandises. Une banque doit réellement financer l’économie locale.
Autrement dit, le développement ne se mesure pas seulement au nombre de bâtiments inaugurés, mais à l’activité qu’ils génèrent.
C’est ici que le pari de Makokou devient plus complexe.
Comment transformer les investissements publics en emplois durables ? Comment faire émerger un tissu de PME locales ? Comment permettre aux jeunes de créer leur activité sans être contraints de migrer vers Libreville ? Comment développer les chaînes de valeur liées au bois, à l’agriculture, à l’élevage, au tourisme et aux services ?
Ce sont ces questions qui permettront de mesurer la profondeur du changement.
L’Ogooué-Ivindo face au défi de l’exode
L’un des risques majeurs pour les provinces de l’intérieur demeure l’exode des jeunes.
Lorsqu’un territoire ne dispose pas d’opportunités économiques suffisantes, les infrastructures seules ne suffisent pas à retenir sa population active.
Le Gabon doit donc passer d’une politique de construction d’équipements à une politique de création de pôles économiques territoriaux.
L’Ogooué-Ivindo possède pourtant des atouts considérables : ses ressources forestières, son potentiel agricole, ses paysages, ses cours d’eau, sa biodiversité et sa position stratégique pour certaines activités liées au secteur forestier.
La question est désormais de savoir comment valoriser ces richesses localement, sans reproduire un modèle dans lequel les ressources quittent le territoire tandis que la population demeure confrontée à la précarité.
Le développement territorial comme enjeu de justice sociale
Le rééquilibrage territorial n’est pas uniquement une question économique. Il relève aussi de la justice sociale.
Un Gabonais vivant à Makokou, Mékambo, Booué ou Ovan doit pouvoir accéder à des services publics de qualité comparables à ceux disponibles dans les grandes agglomérations.
L’égalité territoriale devrait donc devenir un indicateur majeur de l’action publique.
La construction d’une école ou d’un centre de santé dans une zone éloignée ne doit pas être perçue comme un acte de faveur, mais comme l’expression normale du principe d’égalité entre les citoyens.
De la province bénéficiaire à la province productrice
C’est probablement le changement de paradigme dont le Gabon a besoin.
L’Ogooué-Ivindo ne doit pas seulement être considérée comme une province à équiper ou à aider. Elle doit devenir une province capable de produire, d’entreprendre et de créer de la valeur.
Le véritable succès du plan annoncé sera donc atteint lorsque les infrastructures publiques permettront l’émergence d’une économie locale autonome.
Il faudra alors mesurer le nombre d’entreprises créées, les emplois générés, les investissements privés réalisés, les revenus distribués et la capacité des collectivités locales à soutenir cette dynamique.
Makokou, une promesse à transformer en modèle
La Fête de la Libération donne ainsi à Makokou une responsabilité particulière.
La ville ne doit pas seulement être le décor d’une célébration nationale. Elle peut devenir le symbole d’une nouvelle conception du développement : un développement qui ne laisse aucun territoire au bord du chemin.
Le défi est immense.
Une route rénovée est nécessaire. Un lycée moderne est indispensable. L’eau potable est un droit. Un marché est utile. Une banque est stratégique.
Mais derrière ces infrastructures, il faut construire une économie.
Car le véritable rattrapage territorial ne sera pas achevé lorsque les bâtiments seront livrés. Il le sera lorsque les populations pourront y vivre, y travailler, y entreprendre et y construire leur avenir.



Assistant Edu Gabon

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