Le paysage politique gabonais est, depuis quelques jours, le théâtre d’une mise en scène qui interpelle autant qu’elle questionne.
« Sous couvert de célébrations familiales et de générosité sociale, nous assistons au déploiement d’un dispositif logistique et médiatique d’une ampleur inhabituelle.
Ce « Ngori des Vacances » emprunte les codes des grandes fêtes culturelles qui, jadis, sur le Boulevard Jean-Paul II, célébraient la richesse des neuf provinces du pays dans une émulation vibrante de nos diversités.
Ces festivités, loin d’être de simples moments de réjouissance privée, marquent, de manière limpide, une volonté de réinscription dans l’espace public en puisant dans une nostalgie collective soigneusement entretenue.
LA CONFUSION DES GENRES COMME STRATÉGIE
Lorsqu’un événement privé mobilise des concerts, des campagnes médicales et des inaugurations d’infrastructures au profit des populations, il franchit la frontière ténue qui sépare la sphère privée de l’action d’intérêt général.
Cette « confusion des genres » est une stratégie classique de communication politique.
Prenons, par exemple, l’inauguration de forages d’eau. Alors que l’accès à l’eau potable est aujourd’hui la préoccupation centrale et quotidienne des Gabonais, cette réponse privée, aussi spectaculaire soit-elle, n’est que ponctuelle.
Et, Le danger est réel : il ne s’agit plus de bâtir des solutions durables pour tous, mais de créer une dépendance locale où la population devient redevable à un bienfaiteur plutôt qu’à une politique publique de développement.
En occupant ce terrain, ces initiatives cherchent à transformer un patronyme — dont l’héritage politique reste fortement contesté — en un bienfaiteur indispensable.
LE RETOUR DE LA QUESTION DES MOYENS
Derrière la générosité affichée, une question lancinante demeure : qui paye ?
De tout temps, le clan a été pointé du doigt pour des enrichissements illicites, ayant fait l’objet de nombreuses plaintes à l’international.
Dans une nation qui aspire à la transparence et à la rupture avec les pratiques de l’ancien régime, l’opacité entourant le financement d’opérations d’une telle envergure est problématique.
La question n’est pas de condamner la charité, mais d’interroger le capital politique que l’on cherche à convertir.
Face à une opinion publique parfois malléable, le risque est grand que, séduit par ces gestes, le citoyen s’exclame : « Il n’est pas comme les autres ! » — marquant ainsi le début d’une acceptation tacite du retour de l’ancien système.
UN MIROIR TENDU AUX AUTORITÉS
Ce retour, sous les atours de la bienfaisance, agit comme un miroir tendu aux autorités actuelles. Le succès apparent de ces opérations met cruellement en lumière les carences de notre action publique et. Ici l’État Laissera un boulevard à ceux qui, hier, étaient comptables de la gestion du pays, et qui utilisent aujourd’hui le mécénat pour se redonner une virginité politique.
LE CASTING POLITIQUE QUI NE DIT PAS SON NOM
Il est difficile de ne pas y voir un « casting » politique en préparation. Pour une famille dont la présence dans le débat national demeure sensible, la solidarité devient le vecteur d’une réhabilitation d’image calculée.
C’est une politique de l’ombre qui teste sa popularité, évalue sa capacité de mobilisation et réoccupe le terrain, méthodiquement. »
Jean Frédéric Ndong Ondo. Acteur de la Société Civile.
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