Le débat de Misséléeba’a: A d’autres, pas à nous…

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Le chef de l'Etat Ali Bongo Ondimba (à droite) et Brice Laccruche Alihanga son ancien directeur de cabinet (à gauche). C'était à une autre époque.

Alors que le régime d’Abdellaziz Bouteflika tenait encore droit debout malgré son état de santé fragilisé, son frère cadet Saïd, puissant et influent conseiller à la présidence de la République, s’est cru le droit de bousculer ce qu’en Algérie on appelle les grands fauves du pouvoir, notamment les responsables de l’armée et des institutions républicaines.

Bien mal lui en est pris car, il semble avoir mal apprécié les codes du pouvoir et ses réalités insoupçonnées. Ce n’est qu’une fois, noyé dans cette sorte de tourmente quasiment irréversible qu’il découvrit les réelles forces en présence du pouvoir, simplement prêté à son grand frère Abdellaziz. C’est à ce moment qu’il sût que la mission de ce dernier ne dépassait pas celle de gestionnaire momentané d’un pouvoir collectif et collégial. Aussi, il dût subir à ses dépens la violence que pouvait vivre ceux qui avaient choisi de trahir la République au nom d’un minable égocentrisme injustifié.

Dans son livre intitulé ” Histoire secrète de la chute de Bouteflika “, paru aux éditions L’Archipel, Naoufel Brahimi El Mili y décrit, avec précision, les fautes politiques et stratégiques commises par Saïd Bouteflika. Puis, la lâcheté de ceux qui, tout en profitant allègrement des avantages du régime, lui faisait croire qu’il pouvait succéder aussi facilement à son frère avant de l’abandonner en pleine éruption de volcan. Enfin, il connut la violence des coups mortels que pouvait donner un régime agressé par des profils préfabriqués ou des existences publiques par décret.

En s’investissant de façon aussi épidermique dans la gestion de la chose publique, où les émotions tendent, le plus  souvent, à prendre la place de la raison, tout observateur objectif ou avisé pourra constater les graves incongruités de ce qui se passe actuellement au sommet de l’État de notre pays.

De l’arrestation brutale de l’ancien directeur de cabinet du président de la République, Brice Laccruche Alihanga et ses compagnons, à la production de deux arrêtés venus de la planète Mars, à la démission de deux maires de la principale ville du pays en moins de 2 ans, à l’exil maquillé de la garde prétorienne du chef de l’État quand il était valide, au fonctionnement bancal de l’administration, sans omettre les indélicatesses diplomatiques sans cesse répétées envers la France et le royaume chérifien qui pourtant nous ont toujours suivi, rattrapé et soutenu, on tend à arriver à une zone de non retour où la fin de la récréation semble inéluctable.

Qui avait dit à certains que n’importe qui pouvait s’amuser à faire n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment dans notre pays? La République gabonaise comme tous les pays du monde peut vivre des moments d’errements. Mais de là à penser que c’est sur le bord d’une terrasse, au goût excentrique, qu’on pouvait sceller le sort de tout un peuple sans aucune réflexion sérieuse à la clé, alors nous disons non et stop. Si c’est pas ou plus Ali Bongo, alors c’est le peuple qui décide. Etre au même niveau d’informations impose qu’on se gouverne dans le respect des espaces de chacun. La République des émotions doit disparaître. C’est non négociable.

Un proverbe bien connu nous enseigne que “Les animaux à écailles savent bien où se mordre”. Par conséquent, à d’autres, pas à nous. Ali Bongo Ondimba, nous avons eu la chance ou l’opportunité de l’approcher, de travailler avec lui, de maîtriser son fonctionnement, ses codes et son ADN langagier. De cet état de fait,  personne ne pourra alors s’investir dans une imposture qui ne sera ni démasquée ni relevée. D’ailleurs, un fin connaisseur de la vie politique et publique de notre pays, président d’un parti politique structuré, disait récemment ” méfiez vous des fameux messagers intimes, on sait désormais où et comment ils finissent”.

Ce qui voudrait dire que le chef de l’État a toujours eu une manière de communiquer avec les autres pouvoirs. Cet exercice est connu voire maîtrisé. Par conséquent, si le format utilisé n’est pas jugé régulier, alors c’est qu’il y a l’émergence d’une imposture. Il faut alors savoir dire NON au nom de la République. C’est un classique face à toute forme d’occupation étrangère ou malsaine. Qui l’a mieux expliqué aux jeunes générations que Daniel Cordier, l’avant-dernier résistant français à l’occupation allemande? Et Stéphane Hessel, résistant français également, de marteler “indignez vous”. Le temps de la mystification avec ce fameux ” le président a dit ” est terminé.

Et dire que l’histoire est pourtant riche d’enseignements sur ce genre de situation. En effet, en Octobre 2021, s’est ouvert à Alger le procès de Saïd Bouteflika, le frère de l’ex président Abdellaziz Bouteflika et conseiller à la présidence de la République, de TayebLouh, ancien ministre de la justice, d’Ali Haddad, ancien dirigeant du patronat algérien et bien d’autres accusés. Ils furent poursuivis pour ” incitation à la falsification de documents officiels “, “abus de fonction”,  “entrave à la justice “,”incitation à la partialité de la justice “, et “outrage à magistrat”.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ceux qui ont décidé de s’amuser avec l’autorité de l’Etat doivent prendre de la graine des expériences vécues sous d’autres cieux. Le mécanisme du déchaînement des enfers ne sera pas une option, malheureusement. A d’autres, pas à nous. Notre niveau d’informations sur certaines réalités est certes égal, mais notre légitimité elle, légale. Ce qui n’est pas le cas de cette imposture constatée et démasquée au sommet.

Si la situation du président de la République nécessite un déclenchement du processus de vacances du pouvoir, alors que la loi soit appliquée au lieu qu’un spectacle désolant soit offert à la face du monde. Il faut arrêter maintenant ce tohu-bohu ridicule.

C’est pourquoi, avant de prendre une quelconque décision dans ce pays, même en conseil de ministre, instance suprême de l’Exécutif, il convient de maîtriser la Loi fondamentale en vigueur en République gabonaise. Son respect ou son application aux allures de revers peut s’avérer très amer. Il faut savoir libérer le peuple avant que l’heure fatidique ne sonne. Pour le moment, on constate que Dieu semble avoir endurci le cœur des semi pharaons de notre pays. La suite est donc prévisible. Tout est désormais une question de temps.

Par Télesphore Obame Ngomo

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