Par-delà le béton, les routes et les promenades, une nation se construit aussi dans les gestes quotidiens de ses citoyens.
« Le Gabon connaît aujourd’hui une phase de profonde transformation. Partout dans le pays, et particulièrement à Libreville, les travaux d’aménagement se multiplient.
Le front de mer change de visage, des voies sont réhabilitées, des espaces publics retrouvent une nouvelle attractivité et les investissements dans les infrastructures donnent le sentiment qu’une page est en train de se tourner.
Mais une question mérite d’être posée avec lucidité : à quoi sert de bâtir une ville moderne si ceux qui l’habitent refusent d’en respecter les règles élémentaires ?
Une remarque entendue récemment résume parfaitement le défi : « Le président Oligui Nguema construit et aménage le pays ; il appartient désormais à chacun de nous de faire l’effort de garder nos villes propres. » Cette phrase dépasse le simple commentaire politique.
Elle rappelle une évidence souvent oubliée : la modernité ne se décrète pas, elle s’apprend et se pratique.
Le premier ennemi du développement n’est pas toujours l’absence de moyens financiers. Il réside parfois dans ces milliers de petits actes d’incivisme qui finissent par défigurer une ville : un sachet jeté depuis une voiture, des ordures abandonnées sur un trottoir, des espaces verts transformés en dépotoirs, des garde-fous volontairement dégradés ou encore des équipements publics vandalisés quelques semaines seulement après leur inauguration.
Il suffit d’observer certains quartiers de Libreville de Nzeng-Ayong à Akébé-Ville, en passant par plusieurs secteurs d’Akanda pour mesurer le paradoxe.
D’un côté, des investissements publics importants ; de l’autre, des montagnes de déchets qui s’accumulent parfois à quelques mètres seulement des habitations. Derrière la station-service de Bessieux, à proximité du petit boisement, les dépôts sauvages d’ordures sont devenus une habitude.
Comment accepter qu’un espace naturel soit transformé en décharge à ciel ouvert par ceux-là mêmes qui réclament davantage de services publics ?
Le phénomène est encore plus frappant dans certains espaces récemment aménagés. Les aménagements des ACAE, censés améliorer le cadre de vie, portent déjà les stigmates du manque de civisme : détritus au sol, garde-fous endommagés, équipements détériorés. Faut-il réellement attendre que le chef de l’État revienne lui-même ramasser les déchets ou réparer ce que certains détruisent volontairement ?
La responsabilité est évidemment collective. Les citoyens doivent cesser de considérer l’espace public comme un lieu sans propriétaire. Une rue appartient à tous ; elle ne devrait donc être salie par personne.
Mais il serait tout aussi injuste d’exonérer les collectivités locales. Les mairies ne peuvent se satisfaire d’une gestion essentiellement administrative alors que le terrain appelle une présence quotidienne.
Trop souvent, les élus municipaux donnent le sentiment de consacrer davantage d’énergie à des querelles institutionnelles ou à des opérations de communication qu’à leur mission première : assurer la propreté, l’entretien et la qualité du cadre de vie.
Prenons l’exemple d’Akanda. Aux abords du point de collecte des déchets situé vers Delta-Gabontelecom, les trottoirs sont aujourd’hui envahis par une végétation haute qui témoigne d’un défaut manifeste d’entretien.
Quelques équipes municipales suffiraient pourtant à rendre cet espace plus accueillant. Les espaces verts ne doivent pas seulement être créés ; ils doivent être arrosés, entretenus et valorisés.
Cette situation conduit à une autre réflexion : l’absence de sanctions entretient souvent l’incivisme. Dans de nombreuses villes du monde, jeter un papier au sol, déposer illégalement des déchets ou dégrader un bien public expose immédiatement à une amende.
Cette fermeté n’est pas une atteinte aux libertés ; elle constitue au contraire une protection de l’intérêt général.
Le Gabon gagnerait à instaurer un véritable régime de sanctions contre les comportements antisociaux liés à la salubrité publique.
Une verbalisation systématique des dépôts sauvages, des actes de vandalisme et des dégradations d’espaces publics contribuerait progressivement à changer les habitudes. Une règle n’a de valeur que lorsqu’elle est appliquée.
Cependant, la sanction ne saurait constituer l’unique réponse. Il faut également faciliter les bons comportements. Le coût des sacs-poubelles demeure un frein pour de nombreux ménages.
Leur prix pourrait être revu à la baisse, autour de 500 FCFA, afin d’encourager leur utilisation et de simplifier le travail des éboueurs lors des collectes.
L’école, les familles, les associations de quartiers, les médias et les collectivités devraient également faire du civisme environnemental une véritable cause nationale. Les enfants apprennent en observant les adultes. Un parent qui jette ses déchets dans la rue enseigne inconsciemment ce comportement à ses propres enfants.
Construire une nation moderne ne consiste pas uniquement à inaugurer des routes ou des bâtiments administratifs. Cela suppose aussi d’adopter une culture de la responsabilité où chacun accepte de protéger ce qui appartient à tous.
Le Gabon n’est ni celui du Président, ni celui des maires, ni celui de l’administration. Le Gabon est le bien commun de tous les Gabonais. Chacun en est à la fois bénéficiaire et gardien.
L’avenir du pays ne dépendra donc pas seulement des grands projets d’infrastructures, mais aussi de notre capacité collective à respecter un trottoir, un jardin public, un rond-point ou une simple poubelle.
La grandeur d’une ville ne se mesure pas uniquement à la hauteur de ses immeubles, mais au respect que ses habitants témoignent à leur environnement.
« Une ville propre n’est pas celle où l’on nettoie sans cesse ; c’est celle où chacun refuse de salir ce qui appartient à tous. » »
Le Penseur de l’Espérance Edima Mavoungou Wilson.
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