L’action pour le climat est vitale pour la sécurité mondiale et l’Europe le sait, par Josep Borrell et Wopke Hoekstra

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Josep Borrell à droite et Wopke Hoekstra à gauche

«Les tendances actuelles entraînent notre planète vers un point de non-retour
à une hausse de température de trois degrés», a récemment averti le secrétaire général des Nations unies António Guterres. Il a raison. Si nous n’agissons pas de manière décisive – en commençant lors de la conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28) qui se déroule actuellement à Dubaï – la menace que le changement climatique fait peser sur l’humanité deviendra ni plus ni moins qu’existentielle.

 

Le changement climatique est déjà un multiplicateur de risque majeur pour les conflits et
l’instabilité. Les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les inondations et les vagues de chaleur ont entraîné le déplacement forcé de plus de 20 millions de personnes chaque année depuis 2008. D’ici 2050, plus d’un milliard de personnes pourraient avoir un accès insuffisant à l’eau et plus de 200 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer.

 

La rareté de l’eau et les pénuries alimentaires entretiennent des conflits violents au Sahel,
dans la Corne de l’Afrique et dans d’autres parties du monde. Sur les 20 pays les plus
vulnérables au changement climatique, 12 sont touchés par des conflits. Les pays autoritaires profitent des turbulences et tentent d’exercer une influence sur des gouvernements fragiles et de s’assurer un accès aux matières premières. Si nos efforts d’atténuation et d’adaptation ne sont pas à la hauteur de la crise climatique, ces tendances s’accéléreront et se propageront, avec des résultats réellement catastrophiques.

 

L’Union européenne participe à l’effort destiné à éviter un tel résultat. Avec le pacte vert
pour l’Europe, nous entendons, d’ici à 2030, réduire nos émissions de gaz à effet de serre
d’au moins 55 %, faire en sorte que plus de 42,5 % de notre énergie provienne de sources
renouvelables et accroître l’efficacité énergétique d’au moins 11,7 %. Nous nous efforçons de parvenir à la neutralité climatique d’ici à 2050.

 

La fixation d’un prix pour les émissions de dioxyde de carbone est au cœur de la stratégie que nous appliquons pour atteindre ces objectifs. Mais imposer un prix du carbone uniquement à la production européenne risque de simplement pousser les activités à forte intensité de carbone au-delà de nos frontières. Une telle «fuite de carbone» signifierait une perte d’emplois dans l’Union européenne sans aucune réduction des émissions mondiales.
C’est pourquoi nous avons mis en œuvre le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières(MACF), qui garantit que les importations à plus forte intensité de carbone sont soumises à un prix conforme à celui appliqué aux marchandises européennes. Ce n’est pas du protectionnisme. Il s’agit plutôt d’une étape nécessaire pour faire en sorte que nos mesures ambitieuses de décarbonation soient utiles au climat mondial.

 

Nous tenons également à assumer la responsabilité des émissions de gaz à effet de serre
provoquées en dehors de l’Union européenne par notre consommation de biens importés,
raison pour laquelle nous «verdissons» notre politique commerciale. Plus particulièrement,
nous voulons faire en sorte que les produits que nous importons ne contribuent plus à la
déforestation – l’une des plus grandes menaces pour le climat et la biodiversité. Nous savons que les exigences découlant de cette législation de l’Union sont à l’origine de tensions avec certains de nos partenaires. Nous sommes prêts à les soutenir dans la mise en œuvre de ces mesures et à relever ensemble le défi de la déforestation.

 

La transition écologique bouleversera l’équilibre des pouvoirs au niveau mondial. Pour
l’Union européenne, ce processus comporte à la fois des avantages et des risques. D’une part, il permettra de réduire notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles – une
dépendance qui, comme l’a démontré la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine,
entraîne des coûts politiques et économiques élevés. D’autre part, il pourrait créer de
nouvelles dépendances, par exemple à l’égard des producteurs de matières premières
critiques. Pour éviter cette issue – et contribuer à notre sécurité –, il faudra que nous
garantissions la diversité de l’approvisionnement. À cette fin, nous devons renforcer nos liens avec l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud, en mettant en place des partenariats surmesure qui permettent la création de valeur ajoutée et d’emplois dans nos pays partenaires.

 

S’il est vrai que l’Europe doit assumer une responsabilité historique importante en matière de changement climatique, nous ne sommes responsables que de 7,5 % des émissions mondiales à l’heure actuelle, ce qui signifie que les mesures que nous prenons sur notre territoire ne peuvent avoir qu’une incidence limitée sur le climat mondial. La seule solution au changement climatique est une solution mondiale. Alors que le multilatéralisme est soumis à une pression croissante, un accord sur la manière d’atteindre les objectifs fixés lors de la COP21 à Paris permettrait non seulement de garantir un avenir sûr à nos enfants, mais aussi de montrer que les institutions multilatérales peuvent encore produire des résultats.

La COP28 doit amener le monde à passer à la vitesse supérieure. L’Union européenne est
déterminée à plaider pour l’élimination progressive des combustibles fossiles sans dispositif
d’atténuation et de toutes les subventions en faveur des combustibles fossiles, pour le
doublement des mesures d’efficacité énergétique et pour le triplement des capacités en
matière d’énergies renouvelables dans le monde entier. Pour y parvenir, nous avons
cependant besoin de l’adhésion des autres économies industrialisées, ainsi que de la Chine,
qui, malgré ses progrès considérables en matière d’énergies renouvelables, brûle encore plus de charbon que tous les autres pays du monde réunis.

 

La transition écologique ne sera un succès que si elle est juste et profite à tous. Les pays les plus vulnérables au changement climatique ont peu contribué à ce phénomène, mais ils
risquent d’en être les principales victimes. S’ils doivent effectivement participer à la course
mondiale à la neutralité carbone, ils ont besoin d’un soutien accru, et le méritent, en ce qui
concerne l’adaptation au changement climatique et la transition vers une énergie verte.
L’Union européenne est prête à apporter ce soutien – et à aider nos partenaires à éviter de
répéter nos erreurs du passé.

 

L’Union, ses États membres et les institutions financières européennes sont déjà les
principaux bailleurs de fonds publics consacrés à l’action climatique en faveur des économies en développement, ayant fourni 28,5 milliards d’euros (30 milliards de dollars) en 2022.

 

En outre, les économies développées sont enfin sur la bonne voie pour atteindre l’objectif
consistant à mobiliser 100 milliards de dollars par an en faveur de l’adaptation au
changement climatique et de l’atténuation de ses effets dans les pays en développement. Mais nous devons aller au-delà de cet engagement, qui prend fin en 2025.

 

Il est temps d’aligner les flux financiers tant publics que privés sur les objectifs fixés dans
l’accord de Paris sur le climat, et de faire passer le chiffre du financement de l’action climatique des milliards aux milliers de milliards. Dans le même temps, les institutions
financières internationales et les banques multilatérales de développement doivent être
réformées afin qu’elles puissent en faire davantage pour soutenir la fourniture de biens
publics mondiaux. Quant au nouveau fonds pour les pertes et dommages, il a besoin d’une
force de frappe financière appropriée. Les premières annonces de contributions importantes
sont encourageantes. Ici aussi, la Chine sera un partenaire indispensable.

 

Dans un monde de plus en plus multipolaire, façonné par le retour de la politique des grandes puissances, l’idée d’une coopération internationale concertée pourrait sembler saugrenue. Mais face à un tel défi existentiel mondial, nous devons réussir.

 

Josep Borrell est haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique
de sécurité et vice-président de la Commission européenne pour une Europe plus forte sur
la scène internationale. Wopke Hoekstra est commissaire européen chargé de l’action pour le climat.

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