Hommage Pape Diouf : Adieu à un autre monstre sacré de l’Afrique.

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Pape Diouf

Pape Diouf, l’ancien président de l’Olympique de Marseille, est décédé à l’âge de 68 ans. Il souffrait  du coronavirus et avait été d’abord hospitalisé sous assistance respiratoire à Dakar au Sénégal. Il devait être rapatrié ce mardi 31 mars à Nice.

Né à Abéché au Tchad le 18 décembre 1951, il passe toute son enfance au Sénégal. À 18 ans, il arrive à Marseille, avec comme recommandation paternelle d’embrasser une carrière de militaire. Esprit libre, il n’entend pas céder à cette injonction et souhaite conduire son chemin à sa guise. Il commence, alors, par suivre des études de sciences politiques à Aix-en-Provence. Il exerce parallèlement des petits boulots afin de boucler des fins de mois difficiles. Il décide, ensuite, de cesser ses études pour rejoindre La Poste.

Il y côtoie un collègue de travail qui va lui ouvrir les portes du journal communiste « La Marseillaise » où il signe ses premiers articles. Il se fait rapidement remarquer par sa plume alerte et parfois acérée. D’abord embauché en qualité de pigiste, il va, vite, rendre compte au quotidien, de l’actualité tumultueuse de l’OM. Douze ans plus tard, en 1987, il vient étoffer les équipes rédactionnelles de quotidien national sportif Le Sport, lancé par Xavier Couture. Mais l’aventure tourne court car le titre dépose le bilan.

De rencontres en concours de circonstances, il devient journaliste sportif, puis agent de joueurs, avant de prendre la tête du club de football de l’Olympique de Marseille (OM). Un rêve devenu réalité pour celui dont la première visite dans la cité phocéenne avait été celle du stade Vélodrome. Il a appris à lire dans les journaux sportifs, comme Football Magazine. C’est le sport qui m’a donné le goût de la lecture. Il était davantage guidé par la réussite que par les acquis qu’elle apporte.

Il choisit de mettre à profit ses relations dans le monde du football et un entregent certain pour devenir un agent de joueurs reconnu. Il s’occupe des intérêts de l’ancien gardien de but Camerounais Joseph-Antoine Bell, avant de présider notamment aux intérêts de Basile Boli, Marcel Desailly, Samir Nasri, Grégory Coupet ou encore Didier Drogba, à la tête de sa société Mondial Promotion.

En mai 2004, il abandonne cette activité pour répondre favorablement aux propositions de Marseille d’abord en qualité de manager général, puis de président en 2005. Sa connaissance du milieu et des hommes, son intransigeance sur bien des dossiers vont amener de la stabilité à un club souvent présenté comme ingérable. Sous sa présidence, l’OM redevient une valeur sûre de la Ligue 1 (5e en 2005-2006, puis 2e en 2006-2007, 3e en 2007-2008, et 2e en 2008-2009), en accédant très régulièrement à la Ligue des champions. Le club se hisse, aussi, à deux reprises, pour autant d’échecs, en finale de la Coupe de France contre Paris en 2006, puis Sochaux un an plus tard. Au passage, il contribue à assainir les comptes du club et sa réputation.

En 2006, il est à l’origine d’une décision abondamment commentée et pour le moins controversée d’aligner une équipe bis face au PSG en Ligue 1. Il avait motivé ce choix en estimant que le quota de places réservé aux supporteurs phocéens était insuffisant et que leur sécurité ne serait pas assurée. Au Parc des Princes, les « minots » arrachent un résultat nul 0-0. Le lendemain, ils sont accueillis en héros par les fans en gare Saint-Charles.

En raison de divergences de vues avec le président du conseil de surveillance, Vincent Labrune, Robert Louis-Dreyfus décide de se séparer de Pape Diouf le 17 juin 2009. Au préalable, ce dernier avait conclu la venue de Didier Deschamps en remplacement d’Eric Gerets au poste d’entraîneur. En 2012, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur par le président François Hollande.

Qui aurait destiné Pape Diouf à devenir président d’un grand club de football ? Le seul Noir à avoir occupé ce poste en France, et en Europe ? Beaucoup ne songeaient pas que quelqu’un comme lui soit capable d’assumer ce poste. Avec ses cinq ans à la présidence du club, cette ignorance-là est tombée.

Etant le premier président d’origine africaine d’un grand club, il voulait montrer à la majorité que si on ne s’arrête pas à la surface, alors, oui, chacun, selon ses dispositions, peut occuper une place où on ne le voit pas ou qu’on lui refuse. Il voulait démystifier les clichés et montrer que les Noirs ne sont ni meilleurs, ni pires que les autres. Car la médiocrité, c’est faire semblant de pouvoir et de connaître, sans pouvoir ni connaître.

De fait, il ne se concevait pas comme un homme politique, mais un comme un homme d’action publique. C’était un homme de conviction entier et passionné. Pour Pape Diouf, une certaine ambition, familiale, amicale ou sportive, n’a de sens que collective. Le collectif était pour lui une seconde nature, qui allait bien au-delà de l’esprit d’équipe pour cet habile meneur de sportifs professionnels.

Même s’il était Français par son père. Il se sentait aussi profondément Sénégalais. La double culture, représentait pour lui, deux mondes différents qui s’interpénètrent.

Homme de conviction, tombé depuis des décennies amoureux de Marseille, il avait été pressenti fin 2013 pour conduire une liste lors des élections municipales de 2014. Courtisé par le PS et EELV, il prend finalement la tête de la liste « Changer la donne » composée de membres du « Sursaut », un collectif comprenant des dissidents écologistes et des associations, et de personnalités issues de la société civile. Ses listes terminent à la cinquième position, avec 5,63 % des voix.

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