Faut-il changer l’histoire du Gabon, notre histoire ?

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Dans un contexte de Covid-19 où les luttes contre les discriminations et les violences convergent et vont au-delà de la dénonciation d’actes violents et symboliques, le présent n’est pas là pour accuser l’histoire, bien au contraire. Fort du passé, fort de cette histoire, le présent doit nous permettre d’être dans une intelligence collective afin de mieux aborder le futur. Un futur apaisé qui se dirige vers la paix des mémoires et une orientation politique qui fait société et humanité et non discorde sur des évènements sur lesquels nous n’avons plus prise et que nous ne saurions changer.

Tout est une histoire. Si on veut engager les Gabonais dans un mouvement hyper-fort de changement de société, il faut être capable de raconter une nouvelle histoire qui permette aux Gabonais de se raconter eux-mêmes une nouvelle histoire qui sera autre chose que l’histoire du progrès, du consumérisme et de la révolution industrielle dans laquelle on vit pour l’instant. Faire une révolution, ça ne suffit pas. Il faut aller plus loin pour mettre en place un système démocratique où les gens sont impliqués au quotidien. Le problème, c’est que le filtre politique actuel ne le permet pas. C’est toujours le porte-monnaie qui reste le moteur, pas le changement de la société. Il faut que les gens participent à prendre des décisions politiques et contribuent à des orientations de société, et non pas à servir un parti politique. Aujourd’hui, l’enjeu est celui du partage du pouvoir. Se donner la capacité de voir où on a envie d’aller, ensemble, et partager ensuite le pouvoir pour mettre en place les meilleures dispositions pour y parvenir.

En effet, les enjeux de connaître et de comprendre le passé sont de renforcer les racines, d’éviter les clichés, de rompre avec la reproduction négative et de contribuer à construire le savoir. Car, malgré les nombreuses politiques menées pour enrayer les images négatives véhiculées, il y encore beaucoup de pas à franchir pour tendre vers une unité qui signe le vrai vivre-ensemble, la diversité culturelle et la reconnaissance de l’humanité de l’être humain.

Le vrai problème est la question du confort. Si on ne bouge pas, c’est à cause du confort. C’est tellement confortable de rester comme on est, plutôt que de renoncer à des éléments de confort. Là encore, c’est l’histoire qu’on se raconte aujourd’hui, liée au consumérisme. Etre heureux, c’est avoir toujours plus de confort et de possessions matérielles, c’est être capable d’acheter tout ce qu’on veut quand on veut et avoir une reconnaissance sociale grâce à ça.

Cette histoire reste extrêmement forte, elle est portée par la télé, par la publicité, par les médias en général. Il est très difficile pour la majorité des gens de changer vers une autre histoire qui dirait qu’être heureux, c’est peut-être pas forcément avoir beaucoup d’argent.

Que faire ? Et là les questions animent les débats ! Le Gabon se doit de continuer à assumer son histoire, non pas l’effacer, ni la nier. Il doit se charger de traiter officiellement cette mémoire méconnue voire taboue. Il est donc nécessaire de continuer de donner plus de visibilité, de sens, de clarté à la connaissance de notre histoire. Tant qu’elle ne sera pas suffisamment racontée, expliquée, transmise par les historiens, et autres structures républicaines et associatives, cette mémoire sera toujours ambiguë. De facto, certains Hommes politiques qui voudront instrumentaliser cette histoire à leurs fins ne cesseront pas, les luttes et les revendications ne cesseront pas et créeront des conflits.

Mais il demeure capital de se souvenir qu’il ne nous appartient pas de juger l’histoire mais qu’il est tout simplement de notre devoir de contribuer à la faire connaître afin qu’elle soit une source de revendications tournées vers l’avenir afin d’apporter des éléments de réponses pour une société plus juste, égalitaire, solidaire et inclusive. Nous ne devons pas fuir l’histoire, nous devons l’assumer pour ne plus perpétuer les inégalités. Pour mieux construire demain, il ne faut ni accuser l’histoire ni cacher les vérités historiques. Pour mieux construire demain, il faut probablement cesser de focaliser l’énergie mobilisatrice de chacun contre des faits appartenant au passé même si nous pouvons le comprendre chez certains ! Les Gabonais doivent honorer la mémoire de leurs ancêtres. Ils doivent s’inspirer de leur histoire. Les Gabonais ont besoin, non pas de détruire mais de construire.

Plus que jamais, mettons toute notre énergie créatrice au sein d’une entreprise de construction historique nouvelle d’égalité et de reconnaissance de chacun dans ce qu’il a de plus enrichissant à offrir : sa différence.

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