Enlèvements d’enfants : A quand la fin de la psychose ?

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les parents brandissant les photos de leurs enfants.

La semaine du 20 au 25 janvier 2020, restera un mauvais souvenir pour le  peuple gabonais qui vient de vivre la terreur et la peur enregistrées dans les différents quartiers et carrefour. Finalement quel sont  les réels mobiles d’une telle agitation inhabituelle avec à la clé des conséquences.  

Tel un bateau ivre, le peuple gabonais vient de livrer en mondovision, un scénario bien peu reluisant de sa paisible et coquette image. Laquelle image a toujours été traduite par un esprit de convivialité et de paix.

Parler de la psychose aujourd’hui c’est ouvrir un débat sur la psychiatrie tout entière. La psychose présente des caractéristiques sociales et familiales qui surgissent au cours du temps.

La psychose est un domaine privilégié pour suivre les modifications qui s’opèrent un peu partout sans que l’on sache d’où viendront des éléments déterminants.

En effet, depuis plusieurs jours, voire des semaines, des bruits d’enlèvements d’adolescents circulent. Elles se répandent via les réseaux sociaux et ont parfois de graves conséquences avec le lynchage ces derniers jours, que dis-je, la mort même de certaines personnes à Libreville. A la sortie de l’école le sujet revient souvent au cœur des discussions des mères de famille. Ces dernières sont toutes très inquiètes.

Des histoires de kidnapping circulent très régulièrement sur les réseaux sociaux jusqu’à déboucher, parfois, sur des violences physiques. Y a-t-il eu des enlèvements ou des tentatives d’enlèvement d’enfants à Libreville ou ailleurs au Gabon ?

La recrudescence de cette rumeur ces derniers jours a eu des conséquences bien réelles pour ceux que la vindicte désignait comme coupables. Plusieurs internautes, en commentaires, disent avoir été témoins directs d’enlèvements ou de tentatives d’enlèvements dans le quartier. Et d’évoquer des trafics d’organes derrière ces rapts. Les lieux et les cibles supposés varient, mais l’essence de la rumeur est analogue.

Alors que plusieurs villes ont lancées des messages de vigilance à l’attention des parents d’élèves, rappelant les consignes de sécurité à suivre pour leurs enfants, les alertes pour des individus suspects repérés à proximité d’établissements scolaires se multiplient sur les réseaux sociaux, mais également auprès des forces de l’ordre. Et souvent pour pas grand-chose.

Alors, d’où ces informations, relayées parfois dans le seul but d’effrayer les habitants, ont elles bien pu partir ? Un événement, survenu début janvier pourrait bien avoir mis le feu aux poudres. Depuis, sur Facebook notamment, des alertes sur un enlèvement ont tourné. Donnant apparemment des idées à des malins…

Cette pratique aura coûté la vie ce 24 janvier à un compatriote, Stanislas MbaNgoua, qui a eu le malheur d’être au mauvais endroit et au mauvais moment.

Plusieurs victimes de ces manipulateurs assassins dont Patrick Eyeghe se trouve actuellement au Centre Hospitalier Universitaire de Libreville.

Quelle que soit la réalité des faits, les vidéos et divers postes sur le sujet continuent de circuler massivement. Des avis de recherche d’enfants sont d’ailleurs partagés, accompagnés de consignes : « attention trafic d’enfants, ne laissez jamais vos enfants seuls. »

Hoax, rumeurs, photos ou vidéos truquées… les fausses informations abondent sur internet. Parfois la désinformation va plus loin, et prend la forme de pseudo-théories à l’apparence scientifique qui vous mettent en garde : « On te manipule ! » A en croire ces « théoriciens » du complot, États, institutions et médias déploieraient des efforts systématiques pour tromper et manipuler les citoyens. Il faudrait ne croire personne… sauf ceux qui portent ces thèses complotistes ! Étrange, non ? Et si ceux qui dénoncent la manipulation étaient eux-mêmes en train de nous manipuler ? Oui, quand on invente des complots, quand on désigne des boucs émissaires, et quand on demande d’y croire, sans aucune preuve.

La police gabonaise doit donc lancer une campagne de sensibilisation via le ministère de l’intérieur pour inciter les victimes ou témoins d’enlèvements à se rendre au commissariat pour porter plainte. Un mécanisme d’auto-défense naturel visant à réprimer ce qui s’est passé pour y survivre. Le silence des victimes libère les agresseurs de leurs responsabilités, et favorise l’amplification de la psychose.

Ladite psychose a une certaine emprise psychologique sur les citoyens.  Plus elle peut contrôler des aspects de leur vie, et plus elle a le temps de construire son impunité. Ceci permet à la psychose d’instaurer un climat de peur, d’insécurité, d’isoler la victime, de déjouer ses tentatives de protection et séduire l’entourage.

Il est nécessaire de porter plainte. En effet, de jour comme de nuit, des policiers spécialement formés doivent accueillir les victimes dans les commissariats.

Face à la psychose qui secoue actuellement le Gabon, le président d’Ensemble Pour la République (EPR) et ancien candidat aux élections présidentielles de 2016, Dieudonné Minlama Mintogo s’est exprimé. Il condamne avec vigueur et fermeté ces actes tristes,  ignobles et funestes ; des pratiques étrangères et inconnues de nos us et coutumes.

En effet, cette situation, non seulement crée un climat généralisé de psychose au sein de la population mais en plus, elle amène celle-ci  à appliquer la justice populaire avec des grands risques de dérapages.

Les forces de l’ordre sont-elles là pour nous protéger des kidnappeurs? Depuis le temps, la vigilance est de mise à Libreville. Mais la psychose a gagnée d’autres villes du pays. Il ne faut pas tomber dans la phobie, mais les gens ont besoin de savoir, d’être rassurés. Pourtant, les règles de vigilance sont les mêmes qu’hier et aujourd’hui. C’est l’affaire de tous.

Les forces de l’ordre ont des signalements, mais parfois elles n’ont pas de preuves. C’est très difficile de faire la part des choses dans ces moments-là. Le but n’étant pas de créer la psychose.

Les forces de l’ordre ont sans doute fait face à une épidémie d’appels pour d’autres tentatives d’enlèvement. Elles n’ont pas le droit à l’erreur. Tous les appels sont donc vérifiés, recoupés et rapprochés des faits. Toutes les personnes sont entendues. Cela est bénéfique pour la poursuite de l’enquête.

C’est regrettable tout de même ce phénomène viral qui s’autoalimente via les réseaux sociaux. Il faut retrouver de la sérénité. Il faudra que les réseaux sociaux, les plateformes se donnent les moyens d’être très transparents sur ces sujets-là.

Le Gouvernement de la République condamne avec la plus grande énergie ces actes manipulatoires et déplore la perte de ce jeune compatriote. Pour tous ces cas, des enquêtes ont été ouvertes.

Le Gouvernement tient à préciser que du 1er janvier 2020 à ce jour, aucun service de Police ni de Gendarmerie n’a enregistré de plaintes pour enlèvement d’enfants, à l’exception de celle de la famille du jeune Ngoua Abagha Anderson Rinaldi, enregistrée à Bitam dans la province du Woleu-Ntem et dont les enquêtes sont en cours.

Face à cette psychose savamment entretenue, le Gouvernement annonce un déploiement conséquent des Forces de Sécurité et de Défense sur toute l’étendue du territoire national avec une plus grande concentration aux abords des établissements scolaires.

Des fouilles systématiques des véhicules seront effectuées par les Forces de l’ordre dans le respect des droits humains et des Conventions internationales.

Le Gouvernement rappelle par ailleurs que la propagation des fausses nouvelles via les réseaux sociaux ou tout autre moyen, qui trouble l’ordre public expose son ou leurs auteurs et complices à des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 5 ans, conformément aux dispositions de l’article 227, alinéa 1er du Code Pénal.

Le Gouvernement de la République appelle les uns et les autres au devoir de vigilance et de responsabilité.

L’énorme chantier concernant les fake news, le complotisme, la manipulation, doit être attaqué par petits bouts. Les parlementaires doivent voter une proposition de loi sur les propos haineux sur internet. C’est une première étape. En effet, la publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende.

Et si certains semblent se complaire dans cet univers aux antipodes du contrat social et partant de l’Etat de droit, il y a également lieu de signifier que le lourd tribut engendré par ces tristes événements doit être réglé. Car, face au tribunal de l’histoire, chacun se doit d’assumer ses actes. Question de servir d’exemple à tous les autres éventuels récidivistes.

Dans tous les cas, l’on est en droit de s’interroger sur les réelles motivations de ces événements. Les auteurs de ces actes ne nourrissaient-ils pas des intentions bien avouées en optant pour cette  stratégie du chao, souvent à l’origine des soulèvements pour renverser les institutions ? Seule la suite des enquêtes diligentées pourra permettra certainement d’établir les responsabilités des uns et des autres.

Mais en attendant, chacun devrait effectuer sa propre introspection afin de tirer les enseignements de cette récente vague de violences. Victime de la folie meurtrière de ses compatriotes, Stanislas Mba Ngoua s’en est allé innocemment tandis que d’autres honnêtes citoyens sont encore internés dans des institutions sanitaires.

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