« Crise énergétique au Gabon : quand les coupures d’électricité de la SEEG deviennent un enjeu économique et social. » Par Bénédicte NGUI.

Au Gabon, les coupures d’électricité ne peuvent plus être considérées comme de simples incidents techniques venant perturber ponctuellement le quotidien des populations. Leur répétition, leur durée et leur impact sur les ménages comme sur les entreprises posent désormais une question beaucoup plus large : celle de la capacité du système énergétique national à soutenir durablement le développement économique et social du pays.

Une crise qui ne se résume pas à une panne

« Les perturbations récentes dans le Grand Libreville illustrent cette fragilité. L’arrêt temporaire de la centrale flottante Karpowership, pour des travaux de maintenance, a entraîné des délestages sectoriels entre 6 h et 17 h. Cet épisode révèle une réalité préoccupante : lorsqu’une partie importante de la capacité disponible devient indisponible, l’ensemble du réseau se retrouve rapidement sous tension.

La SEEG dispose d’une capacité installée de 452 MW, mais la capacité réellement disponible est souvent inférieure à cause des pannes, de la maintenance et de l’âge des équipements. À cela s’ajoute une demande qui progresse plus vite que les capacités disponibles, ce qui rend le moindre incident plus difficile à absorber.

Les causes : un problème multifactoriel

Plusieurs facteurs expliquent ces coupures : défaillances matérielles et l’usure des équipements, défauts non localisés, conditions atmosphériques, travaux, fausses manœuvres, dépendance à des solutions d’appoint comme Karpowership.

Un défi d’infrastructures

La SEEG a annoncé l’acheminement de cinq nouvelles turbines à gaz vers la centrale d’Akoumassi. Une avancée importante, mais qui pose une question de fond : combien de temps faudra-t-il encore pour passer d’une logique de réaction aux urgences à une véritable stratégie nationale de sécurisation énergétique ? Le Gabon doit anticiper la croissance de la demande, moderniser ses infrastructures et renforcer la maintenance.

Les conséquences macroéconomiques

L’électricité est un facteur de production. Lorsqu’une entreprise subit plusieurs heures de coupure, elle peut être contrainte d’arrêter ses machines, retarder ses livraisons ou utiliser des groupes électrogènes. Ces coûts supplémentaires pèsent sur la productivité, augmentent les coûts de production, freinent l’investissement et affectent l’activité commerciale.

La Banque mondiale a déjà identifié les insuffisances d’électricité comme un obstacle aux activités commerciales au Gabon.

Une crise qui frappe d’abord les ménages

Derrière les chiffres, il y a des familles. Une coupure d’électricité signifie une maison plongée dans l’obscurité, des aliments qui se détériorent, des enfants qui étudient difficilement, une personne âgée ou malade dans des conditions plus difficiles. L’électricité est également essentielle à l’accès à l’information, aux communications et à de nombreux services administratifs et économiques.

La fracture énergétique peut rapidement devenir une fracture sociale. Les ménages les plus modestes sont les moins capables de financer des solutions alternatives. La question énergétique est donc une question d’égalité.

La confiance publique en jeu

Lorsqu’un service public devient irrégulier, la relation entre le citoyen et l’Institution se fragilise. Les populations ne demandent pas l’impossible : elles veulent de la visibilité, de l’information et des résultats. Expliquer la cause d’une coupure, communiquer sur la durée d’une intervention, suivre les investissements et mesurer leur impact : la transparence est une composante essentielle de la politique énergétique.

De la gestion des coupures à la planification énergétique

Le Gabon doit répondre à une question plus ambitieuse : quelle quantité d’électricité aura-t-il besoin dans cinq, dix ou quinze ans, et comment compter-t-il la produire, la transporter et la distribuer ? Cela suppose : la modernisation des centrales, le renouvellement des équipements, le renforcement des réseaux, l’entretien préventif, le développement de l’hydroélectricité, du gaz et des énergies renouvelables, la diversification des sources, l’amélioration de la gouvernance et un meilleur suivi des investissements.

Une priorité économique nationale

Le Gabon ne peut pas prétendre accélérer sa transformation économique en laissant persister une instabilité de son système énergétique. L’énergie est à la base de l’industrie, du commerce, des services, de la santé, de l’éducation et du numérique. Elle doit être disponible, stable, prévisible et compétitive.

Conclusion : l’énergie, une question de souveraineté

La crise électrique dépasse la seule responsabilité d’un équipement. Elle interroge la capacité du Gabon à construire une infrastructure énergétique à la hauteur de ses ambitions. L’électricité n’est pas une simple commodité : elle est une infrastructure stratégique, un facteur de production et une condition essentielle de la cohésion sociale.
Le débat doit sortir du seul registre des coupures pour entrer dans celui de la planification, de l’investissement, de la gouvernance et de la souveraineté économique.

_Car au fond, la question énergétique est simple : quel développement économique voulons-nous construire si nos entreprises ne peuvent pas compter durablement sur l’énergie dont elles ont besoin pour produire ? »

Bénédicte NGUI
Analyste politique





📘 Conçu par un conseiller pédagogique en physique-chimie au Gabon, « La Méthode MPC » donne à votre enfant les six réflexes concrets pour transformer ses révisions en bonnes notes, en Maths, Physique et Chimie.

👉 Découvrez la méthode maintenant : "https://jwztxxls.mychariow.co/mathsphysique"

Assistant Edu Gabon

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *