BCEG : l’État ne veut plus financer sans exiger un retour.

Le message lancé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à l’occasion de la Fête de la Libération, est sans équivoque : l’argent public destiné à soutenir l’entrepreneuriat ne saurait être considéré comme une ressource sans contrepartie. Les bénéficiaires des financements de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG) doivent désormais honorer leurs engagements.
Derrière cet avertissement présidentiel se dessine une nouvelle philosophie du financement public : l’État aide, mais l’entrepreneur doit aussi prendre ses responsabilités.
Cette orientation est légitime. Mais elle soulève une question essentielle : comment faire en sorte que le crédit accordé aux entrepreneurs produise effectivement de la richesse, des emplois et des entreprises capables de rembourser ?
Du financement à la responsabilité
Pendant longtemps, l’accès au financement a constitué l’un des principaux obstacles au développement de l’entrepreneuriat gabonais. Beaucoup de porteurs de projets disposent d’idées, mais manquent de capitaux pour les transformer en activités économiques viables.
La BCEG entend précisément répondre à cette difficulté. La banque propose des financements aux PME, PMI et entrepreneurs et développe également des dispositifs d’accompagnement. Elle met notamment en avant ses ateliers PME consacrés à la gestion financière, à la gouvernance, à la digitalisation et à la croissance des entreprises.
Mais financer une entreprise ne signifie pas garantir sa réussite.
Un crédit est une relation économique fondée sur la confiance. La banque prend un risque en mettant des ressources à disposition ; l’entrepreneur prend également un engagement en acceptant de rembourser.
Le président de la République entend donc rappeler un principe fondamental : l’argent destiné à financer l’économie doit revenir dans le circuit économique.
Il ne peut devenir une forme de rente.
Le crédit n’est pas une subvention
La confusion entre financement et subvention peut être dangereuse pour l’écosystème entrepreneurial.
Lorsqu’un entrepreneur reçoit un crédit, il bénéficie d’un levier pour développer son activité. Il doit ensuite générer suffisamment de revenus pour faire fonctionner son entreprise, payer ses charges, rémunérer ses employés et respecter ses échéances.
Lorsque les remboursements ne sont pas effectués, le problème dépasse le seul entrepreneur.
C’est la capacité de la banque à financer d’autres projets qui peut être affectée. Le comportement d’un bénéficiaire défaillant peut donc avoir des conséquences sur l’ensemble de l’écosystème.
Le principe doit être clair : l’État peut prendre des risques pour favoriser l’entrepreneuriat, mais il ne peut transformer durablement le crédit en argent sans retour.
Mais responsabiliser l’entrepreneur ne suffit pas
C’est ici que se situe la principale limite d’une politique fondée uniquement sur la sanction des mauvais payeurs.
Tous les échecs entrepreneuriaux ne résultent pas nécessairement d’un refus de rembourser ou d’un manque de sérieux.
Une entreprise peut échouer en raison d’un marché insuffisant, de difficultés d’approvisionnement, de charges élevées, d’une mauvaise gestion, d’un manque de compétences, de retards administratifs ou encore de difficultés de trésorerie.
La responsabilité doit donc être partagée.
L’entrepreneur doit respecter ses engagements, mais les institutions financières et l’État doivent également créer les conditions permettant à l’entreprise financée de réussir.
La BCEG doit aller au-delà du rôle de prêteur
Sur ce terrain, la stratégie affichée par la BCEG est intéressante.
La banque affirme elle-même que son rôle ne se limite pas au financement et met en avant un accompagnement destiné à aider les entrepreneurs à structurer leurs projets. Elle développe notamment des ateliers PME et des actions de proximité auprès des entreprises.
Cette approche doit être renforcée.
Un jeune entrepreneur qui obtient un financement devrait pouvoir bénéficier, avant et après le décaissement, d’un accompagnement portant sur la comptabilité, la gestion de trésorerie, la fiscalité, le marketing, la gouvernance, la digitalisation et l’accès aux marchés.
La question n’est donc plus seulement :
« Combien avons-nous prêté ? »
Elle doit devenir :
« Combien d’entreprises financées sont encore en activité ? Combien d’emplois ont-elles créés ? Combien ont réussi à se développer ? Quel montant a été effectivement remboursé ? »
C’est à partir de ces indicateurs que l’efficacité de la politique de financement pourra être véritablement évaluée.
Le financement doit produire de la richesse
Le véritable objectif de la BCEG ne devrait pas être simplement de distribuer des crédits.
Il devrait être de transformer le crédit en activité économique durable.
Un financement réussi est celui qui permet à une petite entreprise de devenir une PME structurée, de recruter, de payer ses impôts, d’investir et, surtout, de rembourser son crédit.
La banque elle-même insiste désormais sur cette logique d’accompagnement et de pérennisation des projets. Elle présente notamment des initiatives dans lesquelles le financement est associé à la formation, à l’équipement et au suivi des entrepreneurs.
Cette philosophie mérite d’être généralisée.
L’État doit également jouer son rôle
Il serait cependant injuste de faire porter toute la responsabilité de la réussite entrepreneuriale sur le seul bénéficiaire du crédit.
L’environnement économique compte énormément.
Un entrepreneur peut être correctement financé et correctement formé, mais rencontrer des difficultés si l’accès aux marchés publics et privés demeure limité, si les procédures administratives sont longues, si la fiscalité est trop contraignante ou si les coûts de production rendent son activité peu compétitive.
Le soutien à l’entrepreneuriat doit donc reposer sur un écosystème.
Financement + accompagnement  marché + formation + infrastructures + stabilité réglementaire : c’est cette combinaison qui peut transformer un crédit en véritable outil de développement.
Vers une culture du remboursement ?
Le discours présidentiel peut finalement être interprété comme un appel à instaurer une véritable culture du crédit au Gabon.
Obtenir un financement doit être considéré comme une responsabilité économique.
L’entrepreneur doit comprendre qu’il ne reçoit pas seulement de l’argent : il bénéficie de la confiance d’une institution qui mobilise des ressources pour soutenir son projet.
En retour, il doit démontrer sa capacité à gérer ces ressources et à respecter ses engagements.
Cette culture du remboursement est indispensable si le Gabon veut développer durablement le financement des PME.
Mais elle doit aller de pair avec une culture de l’accompagnement et de la transparence.
La BCEG face à son propre devoir de résultats
Le discours présidentiel crée finalement une double obligation.
Les entrepreneurs doivent rembourser. La BCEG doit démontrer que les crédits accordés produisent des résultats.
La banque devra donc elle aussi accepter d’être évaluée.
Combien de projets financés ? Dans quels secteurs ? Avec quels taux de réussite ? Combien d’emplois créés ? Quel niveau de remboursement ? Quel taux de défaut ? Quelle répartition géographique des financements ?
Ces données permettront de savoir si la politique de financement constitue réellement un instrument de transformation économique.
La transparence sur ces indicateurs renforcerait d’ailleurs la confiance entre l’État, la banque et les entrepreneurs.
L’enjeu : passer du crédit à la création de valeur
Le message du 30 août ne doit donc pas être compris uniquement comme une menace adressée aux mauvais payeurs.
Il peut être lu comme une volonté de changer de modèle.
L’État ne veut plus seulement financer. Il veut que ses financements produisent des résultats.
La BCEG ne doit plus seulement être jugée sur le nombre de crédits accordés, mais sur la capacité de ces crédits à faire naître des entreprises solides.
Et les entrepreneurs ne doivent plus seulement être considérés comme des bénéficiaires de la politique publique, mais comme des acteurs économiques responsables.
L’entrepreneuriat ne se décrète pas. Il se construit. Le crédit peut en être le carburant, mais la gestion, la formation, le marché et la discipline financière en sont le moteur.
Le véritable défi de la BCEG sera donc de réussir cette équation : financer davantage, accompagner mieux et recouvrer efficacement.
C’est à cette condition que l’argent public pourra devenir un véritable levier de création de richesse et non une succession de créances difficiles à récupérer.



Assistant Edu Gabon

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