Le gouvernement a annoncé une réforme ambitieuse de la fonction publique. Son objectif est clair : moderniser l’administration, accélérer les carrières, récompenser les agents les plus performants et faire de l’efficacité le nouveau moteur du service public.
Dans son esprit, cette réforme est salutaire. Elle répond à une attente ancienne des fonctionnaires gabonais, lassés par la lenteur des avancements et l’absence de perspectives dans de nombreuses administrations.
Mais une réforme ne vaut que par son application.
Et c’est précisément là que se trouve le véritable défi.
Depuis des années, les fonctionnaires constatent que les carrières n’évoluent pas partout au même rythme. Dans certains corps de l’État, notamment les Forces de défense et de sécurité, la Présidence de la République, le Budget, les Finances ou le Trésor public, les perspectives d’évolution apparaissent souvent plus rapides et plus attractives que dans d’autres administrations, où des agents peuvent passer de très nombreuses années sans véritable progression.
Cette réalité alimente une interrogation légitime : la réforme permettra-t-elle enfin d’offrir les mêmes chances à tous les fonctionnaires ou consacrera-t-elle des disparités déjà existantes ?
Au-delà de ces différences de rythme, des critiques récurrentes s’expriment également sur les critères qui président parfois aux nominations et aux promotions. Beaucoup d’agents estiment que, dans certaines administrations stratégiques, le mérite n’est pas toujours perçu comme l’unique facteur de progression.
Aux yeux de nombreux fonctionnaires, d’autres considérations semblent parfois peser dans les parcours professionnels : l’origine géographique, les solidarités ethniques, les réseaux d’influence ou encore la proximité avec le pouvoir politique. Que cette perception corresponde ou non à toutes les situations, elle est suffisamment répandue pour nourrir un profond sentiment d’injustice et affaiblir la confiance dans l’impartialité de l’État.
Or, une administration moderne ne peut prospérer sur le doute.
Le véritable obstacle à la réussite de cette réforme n’est donc pas juridique. Il est institutionnel, culturel et politique.
Aussi longtemps que les fonctionnaires auront le sentiment que leur avenir dépend davantage de leur carnet d’adresses que de leurs compétences, la réforme ne produira pas les effets attendus.
Le Gabon ne peut plus se permettre une fonction publique à deux vitesses : d’un côté, des administrations où les carrières semblent progresser rapidement ; de l’autre, des milliers d’agents qui ont le sentiment de simplement exister dans l’administration, sans perspective d’évolution malgré leur engagement.
La République ne peut accepter que deux fonctionnaires ayant les mêmes diplômes, la même ancienneté et les mêmes résultats connaissent des destins professionnels radicalement différents en raison de facteurs étrangers à leur compétence.
<< PENSONS A NOTRE JEUNESSE>> tel que *Omar BONGO* aimait à le marteler. Qu’en est-il réellement?
Cette réforme intervient à un moment charnière de notre histoire. Le Gabon est un pays jeune. Sa population est majoritairement composée de jeunes femmes et de jeunes hommes porteurs d’un état d’esprit nouveau : celui du dépassement de soi, de l’innovation, de la créativité et de la performance. Cette génération est plus instruite, plus ouverte sur le monde et maîtrise les nouveaux outils numériques qui transforment déjà les méthodes de travail dans les administrations publiques comme dans les entreprises privées.
Elle ne réclame pas des privilèges. Elle réclame une chance.
Elle souhaite être jugée sur la qualité de son travail, sur son engagement, sur ses résultats et sur sa capacité à servir efficacement la Nation.
Pour cette jeunesse, cette réforme représente une formidable espérance. Elle y voit l’opportunité de se distinguer par son dévouement, son professionnalisme, son sens de l’initiative et sa capacité à apporter des solutions nouvelles aux défis de notre administration.
Elle est prête à servir.
Elle est prête à innover.
Elle est prête à moderniser l’État.
Mais elle attend en retour une administration qui récompense réellement le mérite.
Si les pesanteurs héritées du passé continuent de peser sur les carrières, si les réseaux d’influence, les appartenances ethniques, les considérations géographiques ou les fidélités politiques continuent d’être perçus comme des facteurs déterminants dans les promotions, alors cette réforme produira l’effet inverse de celui recherché.
Elle découragera les meilleurs.
Elle démotivera les plus compétents.
Elle convaincra une nouvelle génération que l’effort, l’excellence et le talent ne suffisent pas pour réussir dans la fonction publique.
Or, un pays qui décourage sa jeunesse compromet son propre avenir.
Le Gabon ne peut pas demander à ses jeunes d’être innovants, compétitifs, performants et intègres tout en leur donnant le sentiment que leur avenir dépend davantage de leurs relations que de leurs compétences.
Faire de cette réforme un véritable acte de refondation
La réforme doit donc être l’occasion de rompre définitivement avec toutes les pratiques qui, ou qui sont perçues comme, favorisant le favoritisme, le clientélisme ou les appartenances particulières.
Elle doit instaurer des critères de promotion transparents, des évaluations objectives, des décisions motivées, des voies de recours crédibles et une véritable culture de la reddition de comptes.
Le mérite doit devenir la seule monnaie de l’administration.
Le Président de la République et son gouvernement disposent aujourd’hui d’une occasion historique. Ils peuvent faire de cette réforme un simple ajustement administratif ou un véritable acte fondateur de la refondation de l’État.
Les Gabonais ne jugeront pas cette réforme à la qualité de ses décrets. Ils la jugeront à une seule chose : verront-ils enfin des femmes et des hommes progresser parce qu’ils sont les meilleurs, et non parce qu’ils sont les mieux introduits ?
Car la véritable rupture ne consiste pas à accélérer les carrières de quelques-uns.
Elle consiste à garantir à tous les fonctionnaires, quels que soient leur origine, leur région, leur nom, leurs convictions ou leur administration d’affectation, les mêmes droits, les mêmes opportunités et la même reconnaissance.
Le jour où un jeune Gabonais sera convaincu que son intelligence, son travail, sa créativité et son intégrité constituent les seuls passeports pour réussir dans la fonction publique, alors cette réforme aura atteint son objectif.
*Le Gabon gagnera bien plus qu’une unième réforme, mais une administration plus performante comme moteur de son développement*
Il gagnera une République plus juste.
*Et c’est sans doute la plus grande réforme que notre pays puisse accomplir.*
Merci
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