L’ancien porte-parole de la présidence de la République, Ike Ngouoni, a été condamné à huit ans de prison ferme, le mardi 26 juillet dernier, pour » détournement de fonds publics » et « délit de blanchiment des capitaux ». La Cour criminelle Spécialisée de Libreville l’a aussi condamné à 50 millions de francs CFA d’amende et de 5 milliards de francs CFA à titre de dommages et intérêts avec confiscation de tous les biens litigieux. Le Parquet avait requis contre l’ex-politique vingt ans de réclusion criminelle au plus et de 100 millions de francs CFA d’amende au plus conformément à l’article 141 du code pénal gabonais.
Les faits étant établis et la culpabilité reconnue, le seul enjeu de ce procès en appel était de savoir si la cour allait confirmer la peine d’incarcération effective et non aménageable pour sanctionner une faute pénale d’une rare et exceptionnelle gravité, destructrice du lien social et de la confiance des Gabonais dans les institutions de l’Etat et de ses représentants. Ainsi, eu égard aux responsabilités politiques exercées par Ike Ngouoni, ses avocats ne pouvaient espérer que celui-ci, qui encourait vingt ans d’emprisonnement, soit condamné à la même peine que son ex-assistante Sandy Tsame Obame. La Cour a condamné cette dernière à 5 ans de prison avec sursis et 500 millions de dommages et intérêts. Toutefois, elle est en liberté. Rappelons que l’ancien porte-parole de la présidence de la République a avoué que le chef d’orchestre de tous ces détournements est Brice Laccruche Alliangha, l’ancien directeur de cabinet du président de la République. Ce scandale ponctué par la condamnation d’ Ike Ngouoni est un symbole pour la moralisation de la vie politique. Il y a une ironie terrible de voir que sa plus grande contribution à la lutte contre la corruption, c’est son procès. En définitive, Ike Ngouoni est une jurisprudence.
Cette décision était attendue. Pour autant, elle ne solde pas les comptes en matière de lutte contre la corruption. Au-delà de la personne de l’ancien porte-parole de la présidence de la République et de conseiller spécial en charge de la communication auprès du chef de l’État condamné aujourd’hui, c’est à tout le système de corruption qu’il faut résolument s’attaquer. Il est plus que jamais nécessaire d’établir une liste crédible des personnalités qui en sont responsables. C’est un enjeu majeur, pour l’avenir du pays et des Gabonais. Car, les sommes englouties sont l’argent nécessaire pour construire un Gabon nouveau, de justice et de paix.
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