C’est un grand évènement dans le monde du syndicalisme enseignant. Le ministre de l’Intérieur, Lambert Noel Matha a annoncé dans l’arrêté numéro 000070/MI Portant réhabilitation de la Convention Nationale des Syndicats du Secteur Education (CONASYSED), daté du 5 février 2020, le retour de l’emblématique mouvement.
Cette information n’est pas si anecdotique que cela. Elle révèle le grand chamboulement que vit actuellement le syndicalisme enseignant. Auparavant, les syndicats jugés représentatifs par la loi participaient de fait aux différentes instances. La nouvelle législation fait désormais des résultats aux élections professionnelles l’unique baromètre de la représentativité.
Ces nouvelles règles du jeu ont entraîné une recomposition du paysage syndical, contraignant les petites et moyennes organisations à sonder leurs rangs et à songer à unir leurs forces pour dépasser cette audience. La seule solution était de passer un accord avec eux, la seule force capable de s’opposer aux grandes fédérations qui n’ont pas réussi jusqu’à aujourd’hui à défendre les enseignants alors qu’elles étaient majoritaires.
La CONASYSED reste la seule grande organisation à avoir refusé de signer la loi de rénovation du dialogue social qui modifie les règles de représentativité aux élections professionnelles. La formation syndicale défend l’autonomie, et souhaite préserver son indépendance et ses valeurs au sein d’une alliance la plus large possible.
En cause, dit-il, le risque d’atomisation et l’opportunisme électoral. A faire des agglomérations d’éléments disparates qui n’ont que peu d’éléments idéologiques en commun, on joue le sort des organisations syndicales à chaque scrutin. L’organisation ne fait pas qu’assurer sa survie.
Ce n’est pas une alliance de circonstances. Elle repose sur un contenu idéologique et une base de points communs qui expriment une vision de l’école républicaine. L’utilité, sinon l’impérieuse nécessité de la CONASYSED, semblent ainsi aller de soi, inscrivant le syndicalisme dans une conjoncture politique et sociale marquée à tous les niveaux par une omniprésente injonction à la formation, depuis l’entreprise jusqu’aux organisations internationales.
Plutôt que d’y voir une influence univoque de l’État sur les organisations syndicales, il semblerait donc plus juste d’appréhender l’institutionnalisation de la formation syndicale comme le résultat d’une transaction entre acteurs syndicaux et étatiques. C’est dans cet échange qu’on peut identifier ce que les activités de formation syndicale ont en commun d’une organisation à l’autre. Ce commun ne se trouve pas dans les méthodes pédagogiques, qui varient dans le temps et d’une organisation à l’autre. Il ne se trouve pas davantage dans les objectifs assignés, dans les contenus idéologiques ou dans la nature des savoirs enseignés, qui sont également divers et peuvent même être radicalement opposés. Penser la formation syndicale comme dispositif attire l’attention sur la façon dont se sont progressivement formalisés et agrégés ces divers éléments, et invite à penser ce mouvement du point de vue de la reconfiguration des relations de savoir et de pouvoir qu’il implique.
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