Propos de l’activiste « Lanlaire » : l’inacceptable franchissement des limites du débat public

Les propos de l’activiste Ange Landry Mbeng, connu sous le pseudonyme de « Lanlaire », à l’encontre du Président de la République, de la Première Dame, de sa famille et de plusieurs personnalités, suscitent une vive indignation et interrogent sur les limites que doit respecter tout acteur du débat public.
Au-delà de la polémique politique, c’est surtout la nature des propos et le choix de leurs cibles qui posent problème. Dans une République, nul ne devrait être placé au-dessus de la critique. Mais la liberté d’expression ne saurait être assimilée à une liberté d’humilier, d’insulter ou de porter atteinte à la dignité d’autrui.
Une ligne rouge franchie
L’activisme, par définition, repose sur la capacité à interpeller, dénoncer, contester et parfois provoquer le débat. Un activiste peut être sévère à l’égard du pouvoir, remettre en cause une décision gouvernementale ou dénoncer avec vigueur ce qu’il considère comme une injustice.
Mais lorsque la contestation quitte le terrain des idées pour s’attaquer à la dignité des personnes, une ligne rouge est franchie.
Dans le cas présent, la gravité des propos rapportés tient notamment au fait qu’ils ne semblent plus relever de la seule critique de l’action publique. Le fait d’étendre les attaques à la Première Dame, à ses parents ou à d’autres membres de son entourage constitue une dérive qui éloigne le débat de sa vocation première : confronter les idées et les projets, et non dégrader les personnes.
L’activisme ne donne pas tous les droits
Il serait dangereux de considérer qu’un engagement militant, aussi légitime soit-il, puisse constituer une forme d’immunité.
L’activiste, comme tout citoyen, bénéficie de la liberté d’expression, mais il est également soumis aux devoirs qui en découlent. La notoriété sur les réseaux sociaux, le nombre d’abonnés ou la capacité à mobiliser une communauté ne confèrent aucun droit supplémentaire à l’injure ou à l’humiliation.
L’activisme gagne d’ailleurs en crédibilité lorsqu’il repose sur des faits, des arguments et des propositions. La violence des mots ne renforce pas nécessairement la force d’une cause ; elle peut, au contraire, en fragiliser la portée.
S’attaquer aux familles : une dérive particulièrement préoccupante
La question devient encore plus préoccupante lorsque les attaques débordent sur les membres de la famille des responsables publics.
Un Président de la République exerce une fonction publique et, à ce titre, son bilan, ses décisions et son action peuvent légitimement être soumis à la critique. Ses proches qui n’exercent aucune responsabilité publique ne devraient cependant pas être entraînés dans les affrontements politiques du moment.
Faire intervenir les parents, les ascendants ou d’autres membres de la famille dans une controverse politique revient à déplacer le débat vers un terrain qui n’est plus celui de la confrontation démocratique.
Les réseaux sociaux ne doivent pas devenir un espace d’impunité
Cette affaire pose également la question de la responsabilité numérique.
Les réseaux sociaux ont démocratisé la parole publique. Ils permettent à chaque citoyen de s’exprimer, d’interpeller les autorités et de participer au débat national. Mais cette démocratisation de la parole doit nécessairement s’accompagner d’une démocratisation de la responsabilité.
Publier un contenu sur Internet ne signifie pas s’affranchir des règles de la République. La viralité d’un message ne lui confère pas davantage de légitimité.
Il appartient donc aux autorités compétentes, dans le strict respect de l’indépendance de la justice, d’apprécier les faits et leur éventuelle qualification juridique. La réponse à l’inacceptable doit elle-même rester dans le cadre de l’État de droit.
Une condamnation nécessaire de la dérive, sans renoncer au débat
Condamner de tels propos ne signifie pas condamner la critique du pouvoir. Il serait même contre-productif de confondre les deux.
Une démocratie a besoin de contradicteurs. Elle a besoin de journalistes qui enquêtent, d’opposants qui contestent, d’activistes qui alertent et de citoyens qui interpellent les dirigeants.
Mais elle a également besoin de règles. La critique doit porter sur les actes, les décisions et les politiques publiques. Elle doit pouvoir être forte, argumentée et même dérangeante, sans basculer dans l’injure ou l’atteinte à la dignité.
C’est précisément cette distinction qui doit être préservée.
Le devoir de responsabilité
L’affaire « Lanlaire » devrait ainsi dépasser la seule personne de l’activiste pour devenir un sujet de réflexion collective sur la qualité du débat public au Gabon.
La liberté d’expression est un droit fondamental. Mais elle n’est pas un permis d’humilier. L’activisme est légitime lorsqu’il contribue à éclairer le débat public ; il devient préoccupant lorsqu’il s’appuie sur la violence verbale et l’attaque personnelle.
Dans un pays qui entend consolider ses institutions et renforcer son vivre-ensemble, la confrontation des idées doit demeurer possible. Elle doit même être encouragée. Mais elle ne peut se construire sur l’injure, l’humiliation ou l’atteinte à la dignité humaine.
L’inacceptable n’est donc pas la critique du Président de la République. L’inacceptable réside dans le franchissement des limites qui transforment la critique en attaque personnelle, l’activisme en provocation et la liberté d’expression en instrument d’humiliation.
Le débat démocratique mérite mieux que cela.


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Paul Essonne

Journaliste

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