Le séjour du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, dans la province de l’Ogooué-Maritime, aura marqué une nouvelle étape dans la volonté des pouvoirs publics de redonner à Port-Gentil et à son hinterland les moyens de jouer pleinement leur rôle dans l’économie nationale. Pendant plusieurs jours, le chef de l’État a multiplié les visites de terrain, les rencontres avec les forces vives et les opérateurs économiques, ainsi que les séances de travail consacrées aux projets structurants de la province.
Plus qu’un simple déplacement institutionnel, cette présence présidentielle apparaît comme un exercice de suivi et d’impulsion. Santé, éducation, logement, sécurité, formation professionnelle, énergie, mobilité urbaine, commerce et infrastructures économiques figuraient notamment parmi les secteurs passés en revue. Le président de la République s’est rendu sur plusieurs sites afin d’apprécier l’état d’avancement des travaux et, dans certains cas, de demander l’adaptation des projets aux réalités du terrain.
Une province appelée à retrouver son rang
L’enjeu dépasse aujourd’hui la seule modernisation de Port-Gentil.
L’Ogooué-Maritime occupe une place particulière dans l’histoire économique du Gabon. Berceau historique de l’industrie pétrolière, la province a largement contribué à la création de richesses nationales. Pourtant, cette contribution économique s’est accompagnée, au fil des années, d’attentes importantes en matière d’infrastructures, d’emploi, de services publics et de diversification de l’économie locale.
C’est précisément ce paradoxe qui semble désormais placé au cœur de l’action publique. Lors du Conseil des ministres tenu le 18 septembre à Port-Gentil, le chef de l’État a souligné que le développement du Gabon ne pouvait être pensé exclusivement depuis Libreville, mais devait tenir compte des réalités, des potentialités et des aspirations propres à chaque province.
Cette approche traduit une évolution dans la conception de l’aménagement du territoire : il ne s’agit plus seulement de concentrer les investissements dans la capitale politique, mais de faire des provinces de véritables pôles de développement.
2028, une échéance qui doit servir de levier
La désignation de l’Ogooué-Maritime pour accueillir les festivités de la Fête nationale de la Libération du 30 août 2028 donne une dimension supplémentaire à cette dynamique. L’événement constitue une échéance importante, mais sa portée ne devrait pas se limiter à l’organisation de cérémonies officielles.
Les autorités présentent déjà cette échéance comme un accélérateur de transformation. Le président de la République a notamment appelé les opérateurs économiques à se mobiliser autour des projets destinés à accompagner cette transformation, tout en rappelant que les travaux ne doivent pas attendre 2028 pour commencer.
L’enjeu est donc de faire de 2028 un horizon de réalisation et non un simple rendez-vous calendaire.
Les infrastructures qui seront livrées devront continuer à servir les populations bien après les festivités. Hôpitaux, établissements scolaires et universitaires, logements, voiries, équipements commerciaux, infrastructures énergétiques, structures de sécurité et installations touristiques doivent ainsi s’inscrire dans une vision durable du développement provincial.
De la capitale économique à un pôle économique diversifié
La question centrale reste cependant celle de la diversification. La dépendance historique de Port-Gentil à l’activité pétrolière rend nécessaire l’émergence de nouveaux secteurs capables de créer de la valeur et des emplois.
Les échanges du chef de l’État avec les forces vives de la province ont précisément fait ressortir les préoccupations liées aux retombées locales de l’activité économique, au chômage et à l’insertion professionnelle des jeunes.
Dans cette perspective, les investissements dans l’énergie sont particulièrement stratégiques. La modernisation de la centrale thermique de Port-Gentil vise notamment à renforcer progressivement la capacité de production et la régularité de l’alimentation électrique, condition essentielle au fonctionnement des ménages, des services publics et des entreprises.
Le développement des infrastructures de transport et de mobilité constitue également un enjeu majeur. Le projet de voie de contournement reliant Port-Gentil, l’aéroport, le bord de mer et Ntchengué doit notamment contribuer à fluidifier les déplacements et à accompagner l’expansion de la ville.
Le véritable défi : transformer les annonces en résultats
Le séjour présidentiel a donc permis de donner une impulsion politique forte à la transformation de l’Ogooué-Maritime. Mais le véritable indicateur de réussite sera désormais la capacité de l’administration, des entreprises et des différents acteurs locaux à transformer les orientations en réalisations concrètes.
Le défi est double : achever les chantiers engagés et garantir leur qualité, tout en créant les conditions d’une économie locale capable de produire durablement des emplois et des opportunités.
Dans ce processus, le suivi, la transparence dans l’exécution des projets, le respect des délais et l’évaluation régulière des résultats seront déterminants. La méthode affichée par le chef de l’État, fondée sur des visites de terrain et le suivi direct des projets, traduit justement cette volonté de rapprocher la décision publique de la réalité des populations.
Vers un nouvel équilibre territorial
Au fond, l’expérience de l’Ogooué-Maritime pourrait constituer un laboratoire de la nouvelle politique d’aménagement du territoire. Redonner à Port-Gentil les infrastructures nécessaires à son développement, tout en valorisant les potentialités de l’ensemble de la province, revient à rechercher un meilleur équilibre entre les différents territoires du pays.
L’ambition serait alors de passer d’un modèle où les provinces sont principalement considérées comme des espaces de production de richesses à un modèle où elles deviennent également des espaces de création de richesses, d’innovation, d’emploi et de qualité de vie.
Pour l’Ogooué-Maritime, longtemps présentée comme l’une des mamelles de l’économie gabonaise, l’enjeu est donc de retrouver une fière allure à la hauteur de sa contribution historique. Pour le Gabon, l’enjeu est plus large : faire du développement équilibré des provinces un pilier de la transformation nationale.
Si 2028 doit être le rendez-vous symbolique de cette renaissance, les résultats, eux, devront commencer à se mesurer bien avant.

