Étonnant, et surtout douloureux !
Je vous le dis, frères et sœurs : l’État gabonais se réveille enfin pour prendre une loi sur l’iboga. Mais à quel prix ? Pour empêcher sa circulation.
Et mon cœur de traditionaliste saigne, parce que ce réveil arrive 20 ans trop tard.
Car il y a 20 ans déjà, mon frère feu le Professeur Georges GASSITA tirait la sonnette d’alarme. Je l’ai entendu. Il l’a dit, il l’a écrit, il l’a crié : l’iboga s’en va, le biopiratage nous dépouille, nos nganga seront les derniers à avoir droit à leur propre bois sacré.
On l’a écouté poliment. On l’a classé « expert ». Et on a laissé faire.
Nous avons tous vu passer les camions. Des tonnes sont parties. Des milliards ont été faits. Pas au Gabon. Pas pour nos communautés. Pas pour nos temples. Aux laboratoires étrangers, notamment aux États-Unis. Ils ont breveté notre mémoire et l’ont revendue en gélule.
Aujourd’hui que la forêt est vide, que l’iboga se raréfie, l’État sort le décret pour… interdire la circulation sur place ?
Je dis : Quel non-sens ! C’est punir le malade après avoir laissé le voleur vider la pharmacie.
Écoutez-moi bien : on ne protège pas un enfant en lui fermant la bouche. L’iboga n’est pas un problème. C’est la solution. C’est la matière première des maîtresses et maîtres initiateurs. C’est l’outil de notre médecine ancestrale. Sans iboga, pas d’initiation. Sans initiation, pas de transmission. Sans transmission, le Bwiti meurt. Et si le Bwiti meurt, une part de l’âme du Gabon meurt.
Alors que faut-il faire maintenant ?
Réparer l’erreur. Faire l’inverse ! Il faut encourager la culture de l’iboga sur notre sol. Organiser sa circulation légale et tracée au Gabon. Créer des centres de recherche gabonais pour étudier les principes curatifs que d’autres ont déjà exploités.
Je lance cet appel solennel : Il est impératif que les autorités s’assoient. Pas avec les accapareurs. Avec les gardiens du temps. Avec les traditionalistes. Avec les nganga. Pour honorer enfin l’alerte que le Pr GASSITA a lancée et que nous avons trop longtemps ignorée.
Car je vous le répète : une loi sans les maîtres initiateurs, c’est un boubou sans tête. Ça n’habille personne.
Le peuple m’écoute. Et le peuple retient avec moi : on ne protège pas le bois sacré en l’enterrant. On le protège en le cultivant. Et en écoutant ceux qui avaient vu venir l’orage.

