De Premier ministre de la Transition à observateur critique : quand les paroles d’aujourd’hui interrogent les silences d’hier. Certains hommes politiques changent de discours dès qu’ils perdent le pouvoir. *Raymond Ndong-Sima* , lui par contre semble surtout avoir changé de ton.
Nommé Premier ministre après le 30 août 2023, il fut l’un des principaux visages civils de la Transition. Il ne pouvait donc être un simple spectateur d’une période présentée comme une rupture avec l’ancien système et une occasion historique de refonder les institutions gabonaises.
Pourtant, certaines de ses prises de parole, notamment la plus récente où il critique la discrimination dans une entreprise publique sur la base de l’âge alors même qu’il etait le principal artisan d’une constitution qui consacre de façon explicite l’interdiction de certains compatriotes de participer aux élections politiques sur cette base-même. Il va plus loin jusqu’à exprimer ses réticences quant à l’impartialité du système judiciaire de notre pays qui est dépendant du pouvoir exécutif.
Cela peut amener à se poser la question de savoir *s’il était d’accord du plus profond de son coeur avec les orientations de la Transition ou avait-il simplement choisi de ne pas s’y opposer?*
Cette question est particulièrement intéressante lorsqu’on regarde la nouvelle architecture institutionnelle actuelle du Gabon.
La Transition promettait de restaurer les institutions et de rompre avec les dérives du passé. Pourtant, la Constitution adoptée à son terme a consacré *une concentration importante des pouvoirs autour du président de la République.* C’est un fait vérifiable et assumé et non pas une critique.
Je ne dis pas que Ndong-Sima ’était le président de la Transition ou l’unique artisan de cette Constitution. Mais il était Premier ministre et appartenait donc à l’équipe dirigeante qui a accompagné cette transformation de notre architecture institutionnelle.
*Sa responsabilité est de ce fait bien moins juridique que politique et historique.*
Car lorsqu’on participe à la construction d’un système, on ne peut totalement échapper au bilan de ce système.
Et en homme libre, il parle et dans ces différentes sorties médiatiques, il tacle subtilement la gouvernance du pays tel que dans l’exemple de l’annonce de *sa démission en tant que président du conseil d’administration d’Agropag* dont j’ai fait mention plus haut
*A PARTIR DE LA, PEUT ON CONCLURE QU’IL A FEINT ?*
Soyons justes : rien ne permet d’affirmer qu’il approuvait personnellement toutes les décisions de la Transition.
Un Premier ministre peut être en désaccord avec certaines orientations et choisir de rester au gouvernement pour tenter de les infléchir. Il peut aussi considérer que sa présence constitue une *garantie civile* et *technique* dans une période exceptionnelle.
Cette lecture est parfaitement défendable.
Mais elle laisse une question en suspens :où étaient les limites de son désaccord lorsqu’il était encore Premier ministre ?
Car si certaines dérives qu’il semble aujourd’hui observer existaient déjà hier, pourquoi n’avoir pas parlé plus clairement et milité pour des réformes plus profondes?
C’est ici que le mot « feint » prend tout son sens.
Non pas nécessairement *feindre* d’être d’accord.
Mais peut-être *feindre* de ne pas voir.
Ou simplement choisir de se *taire* lorsque parler aurait pu coûter *politiquement* voire *professionnellement.*
*LE JUGEMENT DE L’HISTOIRE*
Raymond Ndong-Sima a évidemment le droit de critiquer la gouvernance actuelle du Gabon.
Mais ceux qui ont exercé le pouvoir doivent accepter une règle simple : leurs paroles d’aujourd’hui seront toujours confrontées à leurs actes et à leurs silences d’hier.
Le véritable débat n’est donc pas de savoir s’il est aujourd’hui dans l’opposition ou dans la majorité.
La question est plus simple :
que pensait-il réellement lorsqu’il était Premier ministre ?
S’il était en désaccord, pourquoi ne pas l’avoir dit plus clairement ?
S’il était d’accord, pourquoi certaines de ses paroles d’aujourd’hui semblent-elles prendre leurs distances avec certaines orientations de la Transition ?
Et s’il était dans le compromis, qu’il ait simplement le courage politique de l’assumer.
*Car en politique, les silences d’hier deviennent souvent les responsabilités de demain*
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