Avec le décret n°0239/PR du 22 mai 2026, l’État reconnaît enfin ce que beaucoup savaient déjà : l’Iboga est un patrimoine stratégique national. On ne peut qu’être désolé. Désolé qu’il ait fallu attendre si longtemps. Désolé de voir que c’est seulement maintenant que les autorités mesurent la valeur de ce bois sacré.
Pourtant, le Professeur GASSITA avait déjà alerté. Il avait tiré la sonnette d’alarme pour que les pouvoirs publics prennent des dispositions urgentes et arrêtent l’hémorragie. Pendant des années, l’Iboga quittait le Gabon en contrebande pour enrichir des laboratoires et des Américains, pendant que nos villages ne voyaient rien.
Aujourd’hui la loi est là. C’est un pas. Mais un pas qui peut devenir un piège si on se trompe de méthode.
Avant de réprimer, il faut concerter.
Avant de verbaliser, il faut s’asseoir ensemble : Les décideurs, les hommes de sciences, les connaisseurs et surtout les pratiquants, les maîtres initiateurs qui portent ce savoir depuis des générations.
Le but ne doit pas être d’interdire. Le but doit être de protéger en promouvant.
Voici le mécanisme qu’il nous faut :
1. Protéger et cultiver : Recenser l’Iboga sur tout le territoire gabonais. Encourager sa culture par les communautés locales et les maîtres initiateurs.
2. Valoriser pour la recherche et la tradition : Mettre l’Iboga au service de la recherche gabonaise, des centres de santé traditionnelle, et de l’initiation. Que l’argent reste ici.
3. Fermer la porte à l’exportation sauvage : Des conditions draconiennes, des contrôles sévères et des peines d’emprisonnement exemplaires contre les réseaux de biopiraterie et les exportateurs clandestins.
4. Pédagogie avant sanction : La loi a 2 mois. Beaucoup de populations, même dans les parcs nationaux, ignorent encore les nouvelles règles. Il faut 6 mois de sensibilisation dans les langues locales avant de frapper.
L’Iboga n’appartient pas à l’administration. Il appartient au Gabon, à ses rites, à ses guérisseurs, à ses chercheurs.
Un patrimoine qu’on protège sans associer ceux qui le font vivre, c’est un patrimoine qu’on confisque.
Protégeons l’Iboga. Mais faisons-le avec les Gabonais, pas contre eux.

