Lettre ouverte de Janis OTSIEMI à Monsieur Président de la République Gabonaise, Ali Bongo Ondimba.

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Janis OTSIEMI, écrivain gabonais

Monsieur le Président de la République,

J’aurais bien voulu vous adresser cette correspondance par le biais de votre cabinet. Mais je doute fort que vos conseillers vous en auraient fait lecture. C’est donc pour quoi je me permets de vous écrire par la voie des réseaux sociaux.

Dans moins d’un an, les Gabonais seront appelés aux urnes pour élire leur prochain Président de la République. Vos proches et les militants de votre parti, le Parti démocratique gabonais (PDG), vous appellent à vous présenter à votre propre succession et vous promettent une « victoire cash ». La Constitution vous autorise à solliciter un nouveau mandat de 7 ans auprès de vos compatriotes.

Monsieur le Président de la République,

De grâce, je vous exhorte à ne pas vous présenter à la prochaine élection présidentielle.

Quand vous avez été élu en 2009, vous aviez tout pour réussir : le temps, les moyens, les ressources humaines, la volonté. Vous nous séduisiez par votre âge, par vos discours, vos ambitions et votre volonté de marquer une rupture avec les pratiques et la gouvernance du passé. Vos actions vous ont même valu le surnom de « Tsunali » en référence au Tsunami qui avait ravagé l’Indonésie en 2010. Mais vous avez fini par réussir à ne pas réussir après tant de manœuvres ourdies, des batailles fratricides menées au sein de votre propre famille et votre propre camp politique, après des combats livrés dague à la main avec vos adversaires déclarés ou pas pour conquérir le pouvoir, l`objet de toutes vos convoitises et vos obsessions.

En plus de 13 ans, vous avez usé 6 premiers ministres, nommé autant de ministres et de conseillers experts en des domaines bien précis. Les Gabonais constatent avec regret que votre bilan est assez mitigé. Vous avez perdu la bataille contre la corruption. Les réformes engagées n`ont pas donné les résultats escomptés. Plusieurs projets sont restés inachevés, des chantiers abandonnés, les fameux éléphants blancs. Vos promesses sont restées des vœux pieux. Les Gabonais voudraient bien croire que votre bilan mitigé est en partie dû à un mauvais casting sur le choix des hommes et des femmes devant conduire votre politique. Mais ils ont fini par comprendre que vous en êtes le premier responsable devant l’Eternel.

En octobre 2018, vous avez été victime d’un accident vasculaire cérébral qui a réduit de moitié votre motricité. Depuis cette date vous ne vous êtes jamais adressé publiquement à vos concitoyens, vous adressant à eux par des vidéos montées par vos communicants. Dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, nous vous avons vu vaciller sur le perron de l’Elysée lorsque vous avez été dernièrement reçu par le président français, Emmanuel Macron. Cette image nous bouleversés. Dans la tradition Bantou, un chef ne doit pas faire pitié. Beaucoup d’entre nous le pensent : – vous n’avez plus les capacités physiques pour diriger notre pays.

Monsieur le président de la République,

De grâce, je vous exhorte à ne pas vous présenter à la prochaine élection présidentielle. En le faisant, vous rendrez un grand service à la nation, à vos concitoyens, à vous-même, à votre famille et à vos partisans. Vous vous éviterez une fin de règne qui prend des allures d`un chemin de croix. Je serais le premier à vous féliciter pour votre courage politique.

Prenez votre retraite, reposez-vous et profitez de vos proches et de vos petits-enfants.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, en l’assurance de ma profonde considération.

Janis OTSIEMI, écrivain

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