Dans la majorité des pays où la gouvernance en place n’est pas catholique, les attentes des populations de plus en plus nombreuses, la cohérence entre les promesses, les discours tenus et les actes posés ne sont pas en adéquation, il existe de facto, dans cet espace de vie, une certaine tension latente. Il suffit d’engager une réforme impopulaire ou de vivre un fait divers qui suscite des émotions débordantes pour que l’embrasement soit effectif.
Généralement dans notre pays, les périodes préélectorales ou postélectorales sont des moments propices pour la masse de vomir toutes les frustrations qu’elle a ingurgité durant le mandat ou les mandats accumulés.
Mais ces moments de fortes chaleurs sont souvent alimentés par des discours politiques musclés et très orientés. On retrouve un condensé de mots savamment choisis qui sert à galvaniser les populations en grande désespérance. L’objectif est de les convaincre que leur bonheur est facteur dépendant du changement de pouvoir. Il se crée ainsi des jusqu’au-boutistes, des radicaux voire des terroristes comme ceux qui ont brûlés des édifices publics et privés en août 2009 ou l’assemblée nationale en août 2016.
La situation difficile que traverse le pays nécessite une grande gymnastique de son intelligence ou une diplomatie ultra fine dans la prise des décisions. Or, la mauvaise gouvernance au sommet dénoncée par nos néo gouvernants, visiblement, sans sens de l’État, disqualifie de fait certaines autorités de nomination. Le cas Brice Laccruche Alihanga et tous les hauts cadres emprisonnés sont le symbole même du mépris des codes de conservation du pouvoir.
Alors que les conditions de vie de la majorité des gabonais sont de plus en plus difficiles et déshumanisantes, le gouvernement conduit par Edith Cresson du Gabon s’autorise à créer les conditions d’une explosion sociale en prenant des mesures impopulaires. Or, en toute chose, il faut faire attention à l’état d’esprit qu’on construit.
Les mesures visant à protéger les gabonais des dangers du covid-19 auraient pu être pertinentes si le gouvernement avait mis en place des préalables de développement ou des mesures incitatives pour, facilement, les faire accepter par le plus grand nombre.
De grâce qu’on ne vienne pas nous dire que l’État n’a pas d’argent lorsqu’aujourd’hui les néo gouvernants ont ouverts la boîte de Pandore avec l’épisode des détournements de fonds orchestrés par les hauts cadres en prison. A cela s’ajoute le scandale de corruption impuni de Vincent Massassa qui voulait gratuitement offrir des centaines de millions de francs XAF des caisses de l’État au premier ministre. Toutes ces révélations valent bien des milliards qu’on aurait pu orienter vers les besoins des populations ou les revendications des honnêtes citoyens.
La majorité des secteurs d’activité de notre pays fait grève et ne comptent plus ses frustrés. Une situation qui crée naturellement les conditions d’une explosion sociale. La société dite civile vient de rentrer dans la danse en prenant comme prétexte le vaccin, certes nécessaire, mais hélas, maladroitement rendu quasi obligatoire. Il ne manquerait plus que les politiques ramènent leur fraise et le tour sera joué.
Edith Cresson du Gabon et son équipe ont mangé leur pain blanc. Ils n’ont visiblement plus rien à proposer qui ferait rêver les gabonais. D’abord nombreux dans cette équipe gouvernementale n’ont jamais été légitimes au poste occupé. Leur passé et leur passif manquent de consistance. C’est pourquoi le pays accumule ses difficultés. Ils sont désormais disqualifiés.
L’impopularité de ce gouvernement est devenue un danger pour la stabilité de notre pays. Rappelons nous trois choses fondamentales: (1) une réflexion sortie du Quai d’Orsay affirmait que la crise suscitée par le covid-19 emportera bien des régimes fragiles. Tel que c’est engagé avec ce gouvernement, aucune hypothèse n’est finalement à exclure.
(2) Durant le sommet Afrique-France, Emmanuel Macron a préféré esquiver les chefs d’état africains francophones pour créer une collaboration avec les sociétés civiles. C’est dire… (3) La 4ème édition du Forum sur la Paix organisée par Emmanuel Macron ne sera pas loin, dans son esprit, du discours tranchant de la Baule. Le rappel des fondamentaux sera forcément au rendez-vous. Ce n’est pas la nouvelle crise explosive en Libye qui nous démentira.
Il y a lieu de jouer balle à terre avec les mesures impertinentes prises, bien que nécessaires. Aussi, il revient à tous de commander la sagesse qui semble avoir foutu le camp chez certains dirigeants de notre pays. Une explosion sociale se construit et c’est visiblement la seule chose de concrète qu’aura réalisée le gouvernement d’Édith Cresson du Gabon.
Par Télesphore Obame Ngomo

